Nous approchonsDans les forêtsPrenez la rue du matinMontez les marches de la brume Nous approchonsLa terre en a le cœur crispé Encore un jour à mettre au monde. * Le ciel s’élargiraNous en avions assezD’habiter dans les ruines du sommeilDans l’ombre basse du reposDe la fatigue de l’abandon La terre reprendra la forme de nos corps vivantsLe vent nous subiraLe soleil et la nuit passeront dans nos yeuxSans jamais les changer Notre espace certain notre air pur est de tailleÀ combler le retard creusé par l’habitudeNous aborderons tous une mémoire nouvelleNous parlerons ensemble un langage sensible. * Ô mes frères contraires gardant dans vos prunellesLa nuit infuse et son horreurOù vous ai-je laissésAvec vos lourdes mains dans l’huile paresseuseDe vos actes anciensAvec si peu d’espoir que la mort a raisonÔ mes frères perdusMoi je vais vers la vie j’ai l’apparence d’hommePour prouver que le monde est fait à ma mesure Et je ne suis pas seulMille images de moi multiplient ma lumièreMille regards pareils égalisent la chairC’est l’oiseau c’est l’enfant c’est le roc c’est la plaineQui se mêlent à nousL’or éclate de rire de se voir hors du gouffreL’eau le feu se dénudent pour une seule saisonIl n’y a plus d’éclipse au front de l’univers. * Mains par nos mains reconnuesLèvres à nos lèvres confonduesLes premières chaleurs floralesAlliées à la fraîcheur du sangLe prisme respire avec nousAube abondanteAu sommet de chaque herbe reine Au sommet des mousses à la pointe des neigesDes vagues des sables bouleversésDes enfances persistantesHors de toutes les cavernesHors de nous-mêmes.
Le torrent son petit tonnerreLa forêt aux îles plus bellesQue les ailes des paradisLes lampes éteintes des maresLes mousses la nouvelle neigeLes joncs cambrés aux regards lissesLes parfums des champs par boufféesLe pain la poitrine en avant Les nids ravagés des armoiresLes guenilles pâles du litLes palissades d’un pianoQui n’est pas là depuis longtempsMa plume ce soutien débileLe langage des fleurs du murLe portrait de Nusch sur la tableImposant rythme couleurs santéAux cloches sourdes des paupières Animaux sous le fouet volantDu cirque qui gonfle ses toilesVillages bien peuplés eau pleineAir teinté d’ombres d’astres d’hommesFeux des marins et des bergersRues et maisons tendues de feux Lampes de pain enfants de feuillesPain des enfants parfum des femmesMoulins des miroirs et des yeuxÎles des seins sillons des motsNeige câline de la forceMares fanées de la fatigueTorrents d’animaux lourds de sangTravail secret miel noir des songesTrésors noués par des désastresSang commun sur toute la terre.
à André Breton Le mot cimetièreAux autres de rêver d’un cimetière ardent Le mot maisonnetteOn le trouve souventDans les annonces des journaux dans les chansonsIl a des rides c’est un vieillard travestiIl a un dé au doigt c’est un perroquet mûr PétroleConnu par des exemples précieuxAux mains des incendies Neurasthénie un mot qui n’a pas honteUne ombre de cassis entre deux yeux pareils Le mot créole tout en liège sur du satinLe mot baignoire qui est traînéPar des chevaux parfaits plus laids que des béquilles Sous la lampe ce soir charmille est un prénomEt maîtrise un miroir où tout s’immobilise Fileuse mot fondant hamac treille pillée Olivier cheminée au tambour de lueursLe clavier des troupeaux s’assourdit dans la plaine Forteresse malice vaine Vénéneux rideau d’acajou Guéridon grimace élastique Cognée erreur jouée aux dés Voyelle timbre immenseSanglot d’étain rire de bonne terre Le mot déclic viol lumineuxÉphémère azur dans les veines Le mot bolide géranium à la fenêtre ouverteSur un cœur battant Le mot carrure bloc d’ivoirePain pétrifié plumes mouillées Le mot déjouer alcool flétriPalier sans portes mort lyrique Le mot garçon comme un îlot Myrtille lave galon cigareLéthargie bleuet cirque fusionCombien reste-t-il de ces motsQui ne menaient à rienMots merveilleux comme les autresÔ mon empire d’hommeMots que j’écris iciContre toute évidenceAvec le grand souciDe tout dire.
La mieux connue l’aimée on la voit à peineMais sa suite surgit dans des robes ingratesPour prendre tout au corps et laisser tout au cœur La première la seule elle est enferméeComme au fond du jour noir un faux soleil de foudresComme dans l’herbe fraîche un ruisseau persistant La plus belle le rêve où la vue est vaineSans voile sans secret mais l’intime raisonToutes les forces de ma vie sans un effort Mais ses suivantes mais ses images en fouleSe coiffent gentiment et brûlent les pavésLeurs seins lires mêlant la rue à l’éternel Leurs charmes justifiant le seul amour possible.
Il se fait tard le ciel quitte la chambreCe soir je vais vendre mes chèvresJe marche derrière un troupeauDe clartés délicatesLes arbres qui me guidentSe fermentIls n’en sont que plus sûrCe soir je vais construire une nuit d’exceptionLa mienneInforme comme le soleilToute en collines rondes sous des mains paysannesToute en perfection en oubli de moi-même La danseuse immobile et le poids de ses jambesSi j’allais l’embrasserSes complices frivoles tournent autour d’ellesElles ondulent haut dans les linges du lustreJe marquerai de noir le plancher et le toitDe noir et de repos d’absence de bonheurEntre paume et paupière la foule du plaisirJusque dans le sommeil tient tout entière Ce soir je ferai du feu dans la neige.
à Max Ernst 1 Au déclin de la forceUn feu très sombre déambule à Max Ernst 2J’entrai dans cet état qui joue sa fin3Corbeaux menus minuits rapacesDentelle à ternir tous les ors4Par brassées de murmures la lande et ses fantômesRépétaient les discours dont je m’étourdissais5Lacs de cire et les chênes moisisÀ l’odeur de cellierCarré d’étoiles vertesLes oiseaux desséchésPrenaient des poses immortelles6Plusieurs douceurs entrevuesToutes plus mignonnesQue le cri de la fleur amieAvaient fondu dans la nuitComme clés dans leur serrureComme boisson dans la chaleur 7De l’autre côté des maisons invisiblesAu-delà du sommeil qui brouille les visagesDe longues feuilles continuaient mon amertumeSous leurs aisselles8Chemins ligneuxChemins paralysésIncohérents9Corbeaux menus et l’enfant noirOuvrit ses yeux de neige10Je me tournai le brouillard avec moiTourna11J’eus tout mon poids horizontal 12Un rien de temps et ce sera le jour entierLa pierre mâche des semblants d’épéesSur des charnières de verdure l’azur batLa tête secoue son auroreUn rien de temps et le soleil prête serment.
à Lise Deharme Ce jardin donnait sur la merGorge d’œilletIl imitait le bruit de l’eauOn sous-entendait la forêt Son cœur débitait l’air du largeEn massifs calmesSes fleurs montaient à pas de feuillesVers les racines du jour tendre Ce jardin donnait sur la terreSes caresses pesaient si peuQue des allées en jaillissaientD’elles-mêmes à chaque instant Une gamme de perspectivesS’offrait aux courants de la vueEt le soleil couleur d’avrilAnimait un ciel végétal.
Beauté d’argent cinglantLongtemps assiseFatiguéeJarrets fardés de roseTête cernée par un ciel faible finissant Absurde glace obscure aux regards prisonniersServante d’agonieServante agonisanteToute en heures d’absenceToute en chansons trop bassesLèvres noires et dents serréesServante du sommeil bonne à toute besognePour vaincre le désirBête aux douceurs rognéesJe t’ai prise pour une femmeJe t’ai prise par la mainTu m’as suivi nichée en joieParmi les rues les bois les champs Les nuages les ruisseauxLes arbres soupirs de la terreM’étaient moins légers que toi.
à Pablo Picasso Pour tout comprendreMêmeL’arbre au regard de proueL’arbre adoré des lézards et des lianesMême le feu même l’aveugle Pour réunir aile et roséeCœur et nuage jour et nuitFenêtre et pays de partout Pour abolirLa grimace du zéroQui demain roulera sur l’or Pour trancherLes petites manièresDes géants nourris d’eux-mêmes Pour voir tous les yeux réfléchisPar tous les yeux Pour voir tous les yeux aussi beauxQue ce qu’ils voientMer absorbante Pour que l’on rie légèrementD’avoir eu chaud d’avoir eu froidD’avoir eu faim d’avoir eu soif Pour que parlerSoit aussi généreuxQu’embrasser Pour mêler baigneuse et rivièreCristal et danseuse d’orageAurore et la saison des seinsDésirs et sagesse d’enfance Pour donner à la femmeMéditative et seuleLa forme des caressesQu’elle a rêvées Pour que les déserts soient dans l’ombreAu lieu d’être dansMonOmbre DonnerMonBienDonnerMonDroit.
Œil ennemi des épines ta tristesse est entièreApprends à dissimuler que la tortureTe fasse reculer les bornes du désertLaisse à leurs bonnes œuvres les bourreaux hilares À grands coups de chaleur dans l’été de ta soifQu’un soleil morne arrête les moulinsCourage égale bavardageQue le piment des bons conseils pourrisse sur pied La vieille boue est sèche ils ne peuvent saisir ces esclavesEntre leurs doigts liés que ta poussièreTu supportes le feu tu contredis l’espoir infâmeSeul demain est rival n’y pense pas tais-toi. * Garde-toi puis attaqueSous des pavés de honteÉcrase comme un éphémèreLe front pur insoucieuxLe beau front quotidienFais jaillir sous le joug de ta lame inflexibleUn jet de sang dépaysé et grelottant Voleur d’ennui voleur de joie l’ennui la joieSont sur la terre au niveau des bouquetsQui parfument le champ des soumis et des mortsChange le rythmeDes larmes et des rires prêts à toute besogneSépare à tout jamaisLes navires en souffrance des navires dressésLes perles inutiles de leurs coquilles pleinesFais sentir aux monstres bénévolesPain bénit leur charogne Au crible de la vie fais passer le ciel pur. * Aimer la peur des autres quand elle a l’éclatDu bois tranché mouillé du miroir tailladéDes nudités vivantes dans un éclairDe l’œuf jeté par l’astre du désirAimer à se venger pour se survivre.
Fais à cet homme de pardon une blessurePlus profonde que la solitude Crève ses yeux qui lui servaient à t’ignorerSes yeux plus dangereux que des sables mouvants Livre ses fils aux fauvesEt ses songes aux fousQu’ils les digèrent. * De long en large comme une croixS’étend ce qui est accepté Portes-y le feu de ta haine.
Regardez travailler les bâtisseurs de ruinesIls sont riches patients ordonnés noirs et bêtesMais ils font de leur mieux pour être seuls sur terreIls sont au bord de l’homme et le comblent d’orduresIls plient au ras du sol des palais sans cervelle. * On s’habitue à toutSauf à ces oiseaux de plombSauf à leur haine de ce qui brilleSauf à leur céder la place. * Parlez du ciel le ciel se videL’automne nous importe peuNos maîtres ont tapé du piedNous avons oublié l’automneEt nous oublierons nos maîtres. * Ville en baisse océan fait d’une goutte d’eau sauvéeD’un seul diamant cultivé au grand jourMadrid ville habituelle à ceux qui ont souffertDe cet épouvantable bien qui nie être en exempleQui ont souffertDe la misère indispensable à l’éclat de ce bien. * Que la bouche remonte vers sa véritéSouffle rare sourire comme une chaîne briséeQue l’homme délivré de son passé absurdeDresse devant son frère un visage semblable Et donne à la raison des ailes vagabondes.
1Beau monde des masuresDe la mine et des champs 2Visages bons au feu visages bons au froidAux refus à la nuit aux injures aux coups3Visages bons à toutVoici le vide qui vous fixeVotre mort va servir d’exemple4La mort cœur renversé5Ils vous ont fait payer le painLe ciel la terre l’eau le sommeilEt la misèreDe votre vie6Ils disaient désirer la bonne intelligenceIls rationnaient les forts jugeaient les fousFaisaient l’aumône partageaient un sou en deuxIls saluaient les cadavresIls s’accablaient de politesses 7Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde8Les femmes les enfants ont le même trésorDe feuilles vertes de printemps et de lait purEt de duréeDans leurs yeux purs9Les femmes les enfants ont le même trésorDans les yeuxLes hommes le défendent comme ils peuvent10Les femmes les enfants ont les mêmes roses rougesDans les yeuxChacun montre son sang11La peur et le courage de vivre et de mourirLa mort si difficile et si facile 12Hommes pour qui ce trésor fut chantéHommes pour qui ce trésor fut gâché13Hommes réels pour qui le désespoirAlimente le feu dévorant de l’espoirOuvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir14Parias la mort la terre et la hideurDe nos ennemis ont la couleurMonotone de notre nuitNous en aurons raison.