Au mal : Répétons cloches de poisonLes raisonsDe la plus hideuse des peines Elles sont gravées dans le marbreDe la mère des tombeaux Gravées sur les palmes de pierreDe la mort qui me travaille J’aime la mère des tombeauxD’un amour voué au malUn vieil amour mauvais au goût * On arrive à son lit par une rue tranquilleBordée de maisons grises comme toutes les maisons Une tranquille rue rouilléeQui n’a jamais été jeune Et là le désespoir poèteLe désespoir qui se respecteA le visage comme un œuf Et de se voir dans le ruisseauSon cœur noble se soulève Le poète n’a plus de germePour tricher avec le temps Le poète n’a plus de languePour lécher sa mélancolieLes images sont au secret * Ma fausse perle fineSi tu pouvais mendier ton pain Pour être humain la voix te manqueNul ne te voit riche ni pauvreTu n’as ni fièvre ni santé Tu n’es pas mieux que rien mais que veux-tu tu esTa solitude vide l’urne de ton corps Tu es aux yeux des autres comme un figurantLa façade le gant le monument le masque Encore si c’était vengeance de la vieMais non le mal ne tient ni à toi ni aux autres Et dans la douceur triste de ton passé closL’amour le plus mortel n’égale que son deuil * Mère la mort est authentique et véritableSes rayons font les morts éternellement mortsIls sont autour de mon amour voué au malNul aviron sous terre et nul fleuve à franchirPour comprendre l’espace et marquer la présence Vivre n’est que d’aller d’un corps à son néantDe la forme à la nuit et du sens à l’oubli Vivre c’est tout manquer et manquer à soi-mêmePuisque je meurs dans ce que j’aime à tout instant Je ne me suis jamais tué mais on me tueJe laisse l’illusion aux pleutres aux profanes Et la démence est faite fée par le chagrinL’aveugle a vu sa chair décroître Ruines vous êtes entièresDans le champ de ma visionComme à plaisir décharnéeComme à douleur annulée. Au bien : De sa bouche bâillonnéeL’heure embrasse le silence Une abeille roule au solAvec mille de ses sueurs Et mille abeilles remontentVers la fleur qui les convoque * Douloureuses langoureusesLes hirondelles du soir Perpétuent une familleQui ne connaît que chaleur Une seule saison sonneUn seul souci de bonheur * La lune se multiplieDans un arbre en proie au gui Au gui qui se multiplieAu ventre qui reproduit Et l’arbre en est rajeuniEt la vie est infinie * L’homme arrache le bâillonEt son cœur combat les heures Et sa tête les confond.
Au mal : Pacotille de joie vaut le foin de la vieTous deux aussi légers que la résignationLégers comme un sourire morne après les larmesL’on en reste imprégné d’une fine poussière Moi j’ai ma peau mes draps ma peine et mon réveilMes liens et mon travail mes doutes et ma honteAlors j’exhausse mort détail devient le toutÀ jamais j’ai le temps qui passe à travers tout Et j’ai la terre épaisse où la racine fonceOù le jour sombre en avalanche vers mon cœurJe vois d’en bas d’où le hibou connaît son ombreDans le noir de ma nuit qui divise le monde. Au bien : Être unis c’est le bout du mondeLe cœur de l’homme s’agranditLe bout du monde se rapproche Le cœur des peuples bat plus fortLe cœur des peuples bat la terreEt la moisson sera parfaite Notre travail est un défiJeté aux maîtres aux frontièresNous voulons travailler pour nous Nous prendrons jour malgré la nuitNous oublierons nos ennemisLa victoire est éblouissante Nous avons pénétré le feuIl faut qu’il nous soit la santéNous nous levons comme les blés Et nous ensemençons l’amour.
Au mal : Nous étions deux à nous chauffer au même feuFeu qui brûla le sang des forêts tropicalesEt qui faisait au ciel monter les feuilles sèchesFlammes lourdes d’en bas la terre pour tanièreEt danse dans les yeux au-delà des étoiles Nous étions deux à nous chauffer au même feuChargé d’amour comme de plomb comme de plumesDans la douleur et dans la joie nous n’étions qu’unMême couleur et même odeur même saveurMêmes passions même repos même équilibre Nos gestes notre voix se détendaient ensembleL’or de notre mémoire avait la même gangueEt nos baisers suivaient une route semblableJe t’embrassais tu m’embrassais je m’embrassaisTu t’embrassais sans bien savoir qui nous étions Tu tremblais tout entière entre mes mains tremblantesNous descendions la même pente vers le feuDe la présence et de l’absence vers le feuVers son délire et vers ses cendres vers la finDe notre union la fin de l’homme avec la femme Comment aurions-nous pu nous penser séparésNous qui filions nos jours et nos nuits en rêvantAmants d’un temps commun amants de chair jumelleRien ne changeait de sens ni d’accent pour nous deuxDans les plis de nos draps nous nous croyions utiles Et dans les plis des rues nous n’étions pas en vainNous luttions sans douter pour la vie fraternelleNous faisions corps avec le vent avec la voileAvec l’espoir sans frein des hommes malheureuxIls sont au bout de tout et chantent leur naissance Mais toi tu es bien morte et moi je suis bien seulJe suis mal amputé j’ai mal j’ai froid je visEn dépit du néant je vis comme on renieEt si ce n’était pas pour toi qui as vécuComme un être parfait comme je devrais être Je n’aurais même pas à respecter nos ombres. Au bien : Ombres sur terre ombres tournantesFilles dociles du soleilDanseuses fraîches reposantesAmies des hommes et des bêtes Ombres sur terre de la nuitLa plus profonde va vers l’aubeComme les autres et la luneEst très légère aux dormeurs pâles Ombres sous terre du mineurMais son cœur bat plus fort que l’ombreSon cœur est le voleur du feuIl met au jour notre avenir * Outrage sous les ombresSe développe une ombreDe dégoût de misèreDe honte et de courroux Travailler sans espoirCreuser sa propre tombeAu lieu d’illuminerLes yeux de ses semblables Les mineurs ont dit nonÀ la défaite aux cendresIls veulent bien donnerDonner mais qui reçoit Le cœur n’a pas de bornesMais la patience en aNul ne doit avoir faimPour que d’autres se gavent D’autres qui sont apôtresDe la terre engloutie. * Camarades mineurs je vous le dis iciMon chant n’a pas de sens si vous n’avez raison Si l’homme doit mourir avant d’avoir son heureIl faut que les poètes meurent les premiers.
Au mal : Je cherche un faux semblant d’amourUn aveu plus grand que mon cœurUn sourire à fondre le mielUn baiser à donner aux chiens Je cherche un corps rien moins que corpsComme charogne pour les hyènesUne table où la loi s’inscrivePour un corps nu rien moins que nu Et je m’enfonce dans la nuitVoulant la terre j’ai son ombreEt quant aux fêtes plus complètesLa mort y prendra mon visage. Au bien : Amour j’entends une fouleCrier amour à en perdre la voixAmour cela ne fait qu’un criTous les vivants font un vivant Amour moi je suis au-delàAmour je suis désenlacéAmour j’ai buté sur ton ombre Amour je t’avais trop priéTrop caressé trop exposéAmour tu n’as laissé que cendres Il n’y a plus de profondeursNi de sommets il n’y a plusAu fond des temps qu’un inconnu Uni aux hommes par devoir.
Je vous connais couleurs des hommes et des femmesFleurs fraîches fruits pourris halos décomposésPrismes musiciens brouillards fils de la nuitCouleurs et tout est vif qui m’ouvre grand les yeuxCouleurs et tout est gris qui me donne à pleurer Couleurs de la santé du désir de la peurEt la douceur d’aimer répond de l’avenirCouleurs crime et folie et révolte et courageEt le rire partout dénudant le bonheurEt parfois la raison qui nous vomit stupides Et toujours la raison qui nous recrée sublimesLe battement du sang par les chemins du mondeCouleurs le désespoir a beau creuser la nuitLes mystères noircir jusqu’à l’os l’insomnieDes rêves se font jour qui sont beauté bonté D’un côté de mon cœur la misère subsisteDe l’autre je vois clair j’espère et je m’iriseJe reflète fertile un corps qui se prolongeJe lutte je suis ivre de lutter pour vivreDans la clarté d’autrui j’érige ma victoire.
Tout est détruit je vois d’avance le désastreUn rat est sur le toit un oiseau dans la caveLes lèvres dans les livres ne bourdonnent plusTous les tableaux sont à l’envers en épaisseurSouvenirs et témoins s’obscurcissent ensemble Un vieillard gît poupée de rien près d’un berceauUn enfant croque les débris d’un engrenageAu creux d’un cimetière un mort a résisté Et les mots doux des amoureux et les berceusesEt les travaux font un silence à tout casserLes hirondelles de la vue se sont ferméesUn petit feu violet a désossé MarieUn souffle excrémentiel effacé Max et Pierre L’enfer défunt sèche à la pointe des clochersUne auréole d’ombre étrangle tous les frontsUn héros baigne dans le sang d’un criminel L’heure se fige sur l’égout et sur la vagueUne lèpre d’azur mange les derniers arbresIl pleut il ne pleut pas et le beau temps grimacePeut-être n’y a-t-il jamais rien eu sur terrePuisque la mort s’affiche comme une naissance Tout est détruit je vois d’avance les chantiersOù tout est terminé la charrue et la faulxOnt saisi de leur bec des pelotes de nerfs Le miroir du génie coquet coquin cocasseReflète dans sa lave une arme ridiculeA-t-on comparé l’aube au premier des désirsA-ton jamais su lire au flanc d’un ventre pleinL’homme était-il de pierre et la femme de cendres Un sein qui fut glorieux supporte la caresseDes pavés d’une rue fréquentée disparueEt le plan de la ville est couvert de poussière Fiançailles le mal cherchait son partenaireIl l’a trouvé c’est le désert à tout jamaisJe l’imagine on me le montre noir sur blancNé en hiver je peux tout voir en négatifJe suis né pour mourir et tout meurt avec moi Les étoiles éteintes m’apparaissent miennesLe deuil unit les murs qui séparaient les hommesPersonne pour tirer la morale du conte. * Rien n’est détruit tout est sauvé nous le voulonsNous sommes au futur nous sommes la promesseVoici demain qui règne aujourd’hui sur la terre Il y a de grands rires sur de grandes placesDes rires de couleur sur des places doréesLes barques des baisers explorent l’universLes enfants les moissons justifient l’ambitionLes hommes fortifient la conscience des mères L’éclat de la passion attendrit les visagesDans les yeux la fraîcheur tourne sa roue de plumesLes rêves insouciants vont par tous les chemins Les besoins sont gracieux et les causes solublesLe cœur a tant d’espace qu’il défie les astresIl est comme une vague qui n’a pas de finIl est comme une source éternisant la chairLa majesté de vivre désavoue la mort Je parle de ce temps que nous avons atteintNous le voulons et rien ne nous en fait démordreNous allions en avant nous sommes en avant Des mineurs ont chanté contre l’injuste peineDes forçats ont secoué leurs chaînes en chantantNos frères ont lutté partout et sans douterEt les bourgeons sortaient du bois sec et des roncesEt le courage allait de pair avec l’amour S’éveiller opprimé accentuait le combatNous étions moins que rien mais nous devenions toutLe monde étant à nous nous étions à nous-mêmesLa langue de la vie nous fondait dans la boucheNous ne connaissions pas d’oasis ni d’abriNous cherchions le réel fraternel sans ruptureLa vérité concrète la vertu sensibleDu fond de la douleur nous dénoncions le mal Nos frères avaient faim étaient pillés meurtrisPoussés au désespoir conduit à l’abattoirMais la rose de feu de leur sang survivait Les hommes survivaient nous en étions garantsEt les fils de leurs fils éclairaient l’avenirNos comptables brisaient les zéros du néantNos paysans comptaient les mois de la genèseVoir s’étendait au loin comme un corps rayonnant Nos forces par en bas étaient illimitéesLa beauté la confiance ne pesaient pas lourdNéanmoins aujourd’hui leur rosée est féconde Voici demain qui règne aujourd’hui sur la terreAu jour de la durée l’homme est indispensableEt voici que le monde est un objet utileObjet voluptueux indestructible et roiQue la vie a comblé en même temps que l’homme.
Les herbes et les fleurs ne m’abandonnent pasLeur odeur suit le vent Les chevreaux jouent de leur jeunesseUn aigle fait le point dans le ciel sans secrets Le soleil est vivant ses pieds sont sur la terreSes couleurs font les joues rougissantes d’amourEt la lumière humaine se dilate d’aise L’homme en grandeur au cœur d’un monde impérissableInscrit son ombre au ciel et son feu sur la terre. V
Le mont Grammos est un peu rudeMais les hommes l’adoucissent Les barbares nous les tuonsNous abrégeons notre nuit Plus bêtes que poudre à canonNos ennemis nous ignorent Ils ne savent rien de l’hommeNi de son pouvoir insigne Notre cœur polit la pierre. VI
À la fontaine il lui donna un baiser dans la boucheSous le ciel vide il lui donna ses dix doigts et ses yeuxAu cours du temps il lui donna sa vie et des enfants L’écho fidèle répéta sans fin cette chansonLe miroir clair du corps humain en fit tout un bouquetFaçon de vivre façon d’être et l’unique raison De se défendre sans douter de son éternité. VII
Comme un flot d’oiseaux noirs ils dansaient dans la nuitEt leur cœur était pur on ne voyait plus bienQuels étaient les garçons quelles étaient les filles Tous avaient leur fusil au dos Se tenant par la main ils dansaient ils chantaientUn air ancien nouveau un air de libertéL’ombre en était illuminée elle flambait L’ennemi s’était endormi Et l’écho répétait leur amour de la vieEt leur jeunesse était comme une plage immenseOù la mer vient offrir sous les baisers du monde Peu d’entre eux avaient vu la mer Pourtant bien vivre est un voyage sans frontièresIls vivaient bien vivant entre eux et pour leurs frèresLeurs frères de partout ils en rêvaient tout haut Et la montagne allait vers la plaine et la plageReproduisant leur rêve et leur folle conquêteLa main allant aux mains comme source à la mer