Après moi le sommeil
Paul Éluard
à Max Ernst
1
Au déclin de la force
Un feu très sombre déambule à Max Ernst
2
J’entrai dans cet état qui joue sa fin
3
Corbeaux menus minuits rapaces
Dentelle à ternir tous les ors
4
Par brassées de murmures la lande et ses fantômes
Répétaient les discours dont je m’étourdissais
5
Lacs de cire et les chênes moisis
À l’odeur de cellier
Carré d’étoiles vertes
Les oiseaux desséchés
Prenaient des poses immortelles
6
Plusieurs douceurs entrevues
Toutes plus mignonnes
Que le cri de la fleur amie
Avaient fondu dans la nuit
Comme clés dans leur serrure
Comme boisson dans la chaleur
7
De l’autre côté des maisons invisibles
Au-delà du sommeil qui brouille les visages
De longues feuilles continuaient mon amertume
Sous leurs aisselles
8
Chemins ligneux
Chemins paralysés
Incohérents
9
Corbeaux menus et l’enfant noir
Ouvrit ses yeux de neige
10
Je me tournai le brouillard avec moi
Tourna
11
J’eus tout mon poids horizontal
12
Un rien de temps et ce sera le jour entier
La pierre mâche des semblants d’épées
Sur des charnières de verdure l’azur bat
La tête secoue son aurore
Un rien de temps et le soleil prête serment.