Rien sinon cette clartéLa clarté de ce matinQui te mènera sur terre La clarté de ce matinUne aiguille dans du satinUne graine dans le noirŒil ouvert sur un trésor Sous les feuilles dans tes paumesLe jeu grisant des aumônesChaudesLe grand risque des refusBlêmes Sur les routes du hasardLe Mur dur perdra ses pierres La clarté de ce matinDévêtus de tous mes regards tes seinsTous les parfums d’un bouquet De la violette au jasminEn passant par le soleilEn passant par la pensée Le bruit de la mer le bruit des galetsLa mousse et l’odeur de la fleur du boisLe miel l’odeur du pain chaudDuvet des oiseaux nouveaux La clarté de ce matinLa flamme qui t’enfantaQui naît bleue et meurt en herbePremier regard premier sang Dans un champ de chair touchanteLes premiers mots du bonheurRafraîchissent leur ferveurSous des voiles de rosée Et le ciel est sur tes lèvres.
Je tiens la rue comme un verrePlein de lumière enchantéePlein de paroles légèresEt de rires sans raisonLe plus beau fruit de la terre Les promeneurs sont de pailleLes oiseaux d’absence bleueUne fille étroite et pâleToujours aussi soucieuseNe manque pas d’apparaître Petite fille ancienneElle justifie mes rêvesElle cède à mes désirsEt veille reflet d’enfanceSur le flot d’or de la rue.
Le soleil des champs croupitLe soleil des bois s’endortLe ciel vivant disparaîtEt le soir pèse partout Les oiseaux n’ont qu’une routeToute d’immobilitéEntre quelques branches nuesOù vers la fin de la nuitViendra la nuit de la finL’inhumaine nuit des nuits Le froid sera froid en terreDans la vigne d’en dessousUne nuit sans insomnieSans un souvenir du jourUne merveille ennemiePrête à tout et prête à tousLa mort ni simple ni double Vers la fin de cette nuitCar nul espoir n’est permisCar je ne risque plus rien.
IJ’étais celui qui se promèneLe nez en l’airAvec son chien le nez par terreJ’étais aussi celui qui cueille des violettesEt qui se fait des baguettesPour faucher les hautes herbesJe jouais je criaisJe m’attaquais aux fillettesMes mains petites et légèresNe connaissaient que leur mystère La mort n’avait jamaisTranché de rien je l’ignoraisElle ne passait pas encore par mes oreillesLa vie était parfaite. IILe buisson où la bête est vraieLa bataille où la bête est fausse La campagne où la terre est belleLa caverne où la terre est laide Le pays où le bonheur gagneLe désert où la mort s’impose La nuit où l’homme se soumetLa nuit où l’homme se libère La nuit où l’homme fait le jour.
La prison pendait lamentablementLa prison dormaitD’implacables négresses glissaient dans les tenturesDescendaient les torrentsArdente laine en vrac menée par la nuit lourdeAinsi qu’en barque à peine adroite une aventure La prison petit bois des îlesAux confins du linge humideDe la sueur de la peurCorne penchée sur les femmesEt sous la voûte au cœur sombre Sur les femmes dansant finesLeurs seins nus cachant l’étéLe ciel où le drapeau de l’été est plantéDans la prison des paroles à vifDes paroles aujourd’hui fortes et dangereusesDes paroles demain fortes et exigeantesJustes nous triomphons distraits nous périssons Mais rire sous couleur de ne pas prendre feuRire au seul souvenir des femmesChaudes et veuves dans la nuit molle.
Ils ignoraientQue la beauté de l’homme est plus grande que l’homme Ils vivaient pour penser ils pensaient pour se taireIls vivaient pour mourir ils étaient inutilesIls recouvraient leur innocence dans la mort Ils avaient mis en ordreSous le nom de richesseLeur misère leur bien-aimée Ils mâchonnaient des fleurs et des souriresIls ne trouvaient de cœur qu’au bout de leur fusil Ils ne comprenaient pas les injures des pauvresDes pauvres sans soucis demain Des rêves sans soleil les rendaient éternelsMais pour que le nuage se changeât en boueIls descendaient ils ne faisaient plus tête au ciel Toute leur nuit leur mort leur belle ombre misèreMisère pour les autres Nous oublierons ces ennemis indifférentsUne foule bientôtRépétera la claire flamme à voix très douceLa flamme pour nous deux pour nous seuls patiencePour nous deux en tout lieu le baiser des vivants.
à Gérard Vulliamy Tout se résout dit-elle en s’éveillantCar le sommeil m’a donné à penserEt ma mémoire est un fruit savoureuxPlus savoureux que le soleil nouveauQui doucement éclaire mes draps chauds Mémoire et même du désert et du silence Joli désert où la mort est légionLe cœur parcelle et le temps dispersionSilence noir où tout se contredit Elle s’éveille et ses yeux ne sont plusCes îles loin à l’horizon du corpsOn y pénètre on y chante on y ritLe jour bâillonne le silence.
Le feu réveille la forêtLes troncs les cœurs les mains les feuillesLe bonheur en un seul bouquetConfus léger fondant sucréC’est toute une forêt d’amisQui s’assemble aux fontaines vertesDu bon soleil du bois flambant Garcia Lorca a été mi à mort Maison d’une seule paroleEt des lèvres unies pour vivreUn tout petit enfant sans larmesDans ses prunelles d’eau perdueLa lumière de l’avenirGoutte à goutte elle comble l’hommeJusqu’aux paupières transparentes Saint-Pol-Roux a été mis à mortSa fille a été suppliciée Ville glacée d’angles semblablesOù je rêve de fruits en fleurDu ciel entier et de la terreComme à de vierges découvertesDans un jeu qui n’en finit pasPierres fanées murs sans échoJe vous évite d’un sourire Decour a été mis à mort.