De tout ce que j’ai dit de moi que reste-t-ilJ’ai conservé de faux trésors dans des armoires videsUn navire inutile joint mon enfance à mon ennuiMes jeux à la fatigueUn départ à mes chimèresLa tempête à l’arceau des nuits où je suis seulUne île sans animaux aux animaux que j’aimeUne femme abandonnée à la femme toujours nouvelleEn veine de beautéLa seule femme réelleIci ailleursDonnant des rêves aux absentsSa main tendue vers moiSe reflète dans la mienneJe dis bonjour en souriantOn ne pense pas à l’ignoranceEt l’ignorance règneOui j’ai tout espéréEt j’ai désespéré de toutDe la vie de l’amour de l’oubli du sommeilDes forces des faiblessesOn ne me connaît plusMon nom mon ombre sont des loups. * Filles de rien prêtes à toutSœurs des fleurs sans racinesSœurs des enfants rebellesMinusculesIndifférentesRéduites à l’intelligenceÀ la raison à en mourirRéduites dans vos secretsÉtrangères délaisséesMes lointaines compagnesAux chairs sentimentalesBelles à peine belles mais toujours bellesPlus simples que le malheurPlus précieuses que la beautéDe vos lèvres abattuesDe votre sourire effondréVous me confiez vos poisonsÔ mithridatisées Et j’oppose à l’amourDes images toutes faitesAu lieu d’images à faire.
TOUJOURS NOUVELLE, TOUJOURS DIFFÉRENTE, L’AMOUR AUX SEXES CONFONDUS DANS LEUR CONTRADICTION, SURGIT SANS CESSE DE LA PERFECTION DE MES DÉSIRS. TOUTE IDÉE DE POSSESSION LUI EST FORCÉMENT ÉTRANGÈRE Je n’ai pas souvent le courage de penser au lendemainJe ne suis pas une épée qui mêle d’un seul coup la vie et la mortJ’ai vu bien des grands satisfaits j’ai connu des rêveurs ponctuelsDes écorchés luisants de dignité des hommes dont les mains n’étaient pas des nourricesMais des horloges de naissanceDes femmes incommunicablesDes enfants sans âge Devant leur assiette cervicaleIls dévidaient leur appétitIls ne donnaient rien en échangeIls vivaient sur leur propre fondsD’un geste brusque j’interromps tous ces mauvais souvenirsQui mettaient la nuit en veilleuseJe n’ai plus d’expérienceD’autres mouches viennent se prendre au plus noir de mon cœurLes bracelets d’un baiser autour d’un bras interminableLa rosace de l’ivresse à la pointe d’un seinLe remous des regards honteux ne me fait pas honteJ’embrasse avec ferveur la chair des arbres sous leur écorceJe cherche dans la terre les flammes de la pluie Les agates de la chaleurLes plus petites graines du soleil d’hiverÀ l’odeur de cendres et couleur de lysRecherches bariolées sous le couvert de l’ignoranceOn m’a libéré du logis où la poussièreEst conservée par modestie par goût de l’ordreIl y a trop de trous trop d’ornièresSur le chemin du retourJ’apprends des jeux qui n’en finissent pasDes jeux à tout casserDes chants qui crèvent les rideaux de la hauteurRevenir serait une chute écrasante. Couronnée de mes yeuxVoici la tête la plus précieuseElle apparaît petite elle est jeuneNous sommes face à face et rien ne nous est invisibleDélire perpétuel nous nous sommes tout ditEt nous avons tout à nous dire Cambrée, câline, tu vacilles Dans notre miroir au cœur doubleNos désirs vont bâtir ton corpsEn faire la soif des oiseauxUn bateau de velours d’orageUn geyser de mains démentesUne arme contre l’habitude Que pèse une vitre qu’on briseLes épis de ta nudité coulent dans mes veinesLe souffle bref de l’ambre dans le videLe frisson des sillons sur un abîmeLe sang ne quitte plus sa proieSa raison d’être sans passé. Toute ma confianceÀ celle qui mentait à la multipleÀ bout de souffle elle m’accorda la véritéLa vérité que je lui apprenaisLa triste et douce véritéQue l’amour est semblable à la faim à la soifMais qu’il n’est jamais rassasiéIl a beau prendre corps il sort de la maisonIl sort du paysageL’horizon fait son lit Comment ma vie disait-elleUne autre ai-je été moi-mêmeQui dans la vie qui en moi-mêmeEt moi les autresPourtant mon corps mon visage mes yeuxCe que j’ai vuOu bien ce que les autres ont vuCe que tu vois J’ai vu le soleil quitter la terreEt la terre se peupler d’hommes et femmes endormis J’ai vu le sablier du ciel et de la mer se renverserLe sablier d’une robe qui tombeEt d’un corps nu qui se redressePorte ouverte dehors est roiIl chante partout à tue-têteUne vigne s’accroche au ventLes murs sont chargés d’espaceDe solitude transparente J’ai vu une femme regarder son enfant nouveau-néComme une tuile enlevée d’un toitSon enfant en progrès sur l’homme J’ai vu mon meilleur amiCreuser dans les rues de la villeDans toutes les rues de la ville un soirLe long tunnel de son chagrinIl offrait àToutes les femmesUne rose privilégiéeUne rose de roséePareille à l’ivresse d’avoir soifIl les priait humblementD’accepterCe petit myosotisUne rose étincelante et ridiculeDans une main pensanteDans une main en fleur La peur la gêne la misèreDe petits riresAu lieu de rire passionnéQui aurait permis de passer au lendemainToutes les femmes aucune femmeCe soir inépuisableLe jour était une inconnueOu une morte Sur ses seins sur ses yeux on avait bâtiLa ville lourde et laideSa chevelure un bouclierRompue éteinteSa chevelure toute une foule disperséePar l’horreur des rues inutiles Et j’ai vu naître l’imperceptibleLa nuit rêvée. * Des couteaux si tranchants si forts qu’ils n’aient plus de poidsÉparpillés dans la mêlée étonnant les plus fatigués les plus fiersDes couteaux comme des statues de la fureurComme des chasseurs sur les traces de mendiants immondesDes couteaux comme des astres définitifsComme des barreaux de prison au ventDes couteaux pour pleurer et pour ne plus jamais pleurerDes couteaux pour aller à l’assaut du papier à fleurs de l’aubePour saccager les fondations de la vie blanche et noire comme un painDes couteaux comme un verre de poison dans l’haleineComme les bras nus d’un deuil éblouissantPour veiller l’agonie des déluges Pour connaître la fin de l’absurde.
Le long des murailles meublées d’orchestres décrépitsDardant leurs oreilles de plomb vers le jourÀ l’affût d’une caresse corps avec la foudre Le sourire faucheur des têtes bassesL’odeur du sonLes explosions du temps fruits toujours mûrs pour la mémoire. * Et tes mains de pluie sur des yeux avidesFloraison nourricièreDessinaient des clairières dans lesquelles un couple s’embrassait.Des boucles de beau temps des printemps lézardsUne ronde de mères lumineusesRetroussées et précisesDes dentelles d’aiguilles des touffes de sableDes orages dénudant tous les nerfs du silenceDes oiseaux de diamant entre les dents d’un litEt d’une grande écriture charnelle j’aime. * Tant de rêves en l’airTant de fenêtres en boutonsTant de femmes en herbeTant de trésors enfantsEt la justice enceinteDes plus tendres merveillesDes plus pures raisons Et pourtantLes heureux dans ce monde font un bruit de fléau Des rires à perdre la têteDes sanglots à perdre la vieLes yeux la bouche comme des rides Partout des taches de vertuPartout des ombres à midi. * Colère miel qui dépéritL’abri des flammes se consumeC’en est fini de voler au secours infâme des images d’hierLa perfection sylvestre la fine mangeoire du soleilLes fondantes médailles de l’amourLes visages qui sont des miettes de souhaitsLes enfants du lendemain le sommeil de ce soirLes mots les plus fidèlesTout porte de noires blessures Même la femme qui me manque.
Un hiver tout en branches et dur comme un cadavreUn homme sur un banc dans une rue qui fuit la fouleEt que la solitude comblePlace à l’appareil banal du désespoirÀ ses miroirs de plombÀ ses bains de caillouxÀ ses statues croupissantesPlace à l’oubli du bienAux souvenirs en loques de la véritéLumière noire vieil incendieAux cheveux perdus dans un labyrinthe Un homme qui s’est trompé d’étage de porte de cléPour mieux connaître pour mieux aimer Où commence le paysageÀ quelle heureOù donc se termine la femmeLe soir se pose sur la villeLe soir rejoint le promeneur dans son litLe promeneur nuMoins gourmand d’un sein viergeQue de l’étoile informe qui nourrit la nuit Il y a des démolitions plus tristes qu’un souIndescriptibles et pourtant le soleil s’en évade en chantantPendant que le ciel danse et fait son mielIl y a des murs déserts où l’idylle fleuritOù le plâtre qui se découdBerce des ombres confonduesUn feu rebelle un feu de veinesSous la vague unique des lèvresPrenez les mains voyez les yeuxPrenez d’assaut la vue Derrière les palais derrière les décombresDerrière les cheminées et les citernesDevant l’hommeSur l’esplanade qui déroule un manteau de poussièreTraîne de fièvreC’est l’invasion des beaux joursUne plantation d’épées bleuesSous des paupières écloses dans la foule des feuillesC’est la récolte grave du plaisirLa fleur de lin brise les masquesLes visages sont lavésPar la couleur qui connaît l’étendue Les jours clairs du passéLeurs lions en barre et leurs aigles d’eau pure.Leur tonnerre d’orgueil gonflant les heuresDu sang des aubes enchaînéesTout au travers du cielLeur diadème crispé sur la masse d’un seul miroirD’un seul cœur Mais plus bas maintenant profondément parmi les routes aboliesCe chant qui tient la nuitCe chant qui fait le sourd l’aveugleQui donne le bras à des fantômesCet amour négateurQui se débat dans les soucisAvec des larmes bien trempéesCe rêve déchiré désemparé tordu ridiculeCette harmonie en fricheCette peuplade qui mendie Parce qu’elle n’a voulu que de l’orToute sa vie intacteEt la perfection de l’amour.
Une sublime chaleur bleueS’appuie aux tempes des fenêtresBelle alignée de plumes jusqu’aux limbesLa parfumée la rose adulte le pavot et la fleur vierge de la torchePour composer la peau enrobée de femmes nues Des vannes luisent dans la porteIl faut passer malgré le tour câlin qu’a pris la luttePasser les coteaux les grands lits végétauxSaupoudrés de soleil Et continuer L’orage de la belle saison est comme une main sans doigtsComme un chat dans un sacUne fumée d’autruche annonce l’été tumultueuxÉmaillé de poisons Les soifs varient vont par des brumes dégradéesJusqu’à l’auberge au flotDe pierres brûlantes à cheval sur des buveurs enragés.
Un taillis de nuages sur un rond-point solaireUn navire chargé de paille sur un torrent de quartzUne petite ombre qui me dépasse Une femme plus petite que moiPesant autant dans la balance des pygméesQu’un cerveau d’hirondelle sur le vent contraireQue la source à l’œil vague sur la marée montante Un jour plus loin l’horizon ressusciteEt montre au jour levant un jour qui n’en finissait plusLe toit s’effondre pour laisser entrer le paysageHaillons des murs pareils à des danses désuètes.La fin maussade d’un duel à mort où naissent des retraites des ciergesLa mise au tombeau comme on tue la vermineRire aux éclats une palette qui se constitueLa couleur brûle les étapesCourt d’éblouissements en aveuglementsMontre aux glaciers d’azur les pistes du sang Le vent crie en passant roule sur ses oreillesLe ciel éclatant joue dans le cirque vertDans un lac sonore d’insectesLe verre de la vallée est plein d’un feu limpide et douxComme un duvetCherchez la terreCherchez les routes et les puits les longues veines souterrainesLes os de ceux qui ne sont pas mes semblablesEt que personne n’aime plusJe ne peux pas deviner les racinesLa lumière me soutient Cherchez la nuitIl fait beau comme dans un litArdente la plus belle des filles adorantesSe prosterne devant les statues endormies de son amantElle ne pense pas qu’elle dortIl fait de plus en plus beau nuit et jour La plus belle des amantesOffre ses mains tenduesPar lesquelles elle vient de loinDu bout du monde de ses rêvesPar des escaliers de frissons et de lune au galopÀ travers des asphyxies de jungleDes orages immobilesDes frontières de ciguëDes nuits amèresDes eaux livides et désertesÀ travers des rouilles mentalesEt des murailles d’insomnieTremblante petite fille aux tempes d’amoureuseOù les doigts des baisers s’appuient contre le cœur d’en hautContre une souche de tendresseContre la barque des oiseauxLa fidélité infinieC’est autour de sa tête que tournent les heures sûres du lendemainSur son front les caresses tirent au clair tous les mystèresC’est de sa chevelureDe la robe bouclée de son sommeilQue les souvenirs vont s’envolerVers l’avenir cette fenêtre nue Une petite ombre qui me dépasseUne ombre au matin.