Une pour toutes
Paul Éluard
La mieux connue l’aimée on la voit à peine
Mais sa suite surgit dans des robes ingrates
Pour prendre tout au corps et laisser tout au cœur
La première la seule elle est enfermée
Comme au fond du jour noir un faux soleil de foudres
Comme dans l’herbe fraîche un ruisseau persistant
La plus belle le rêve où la vue est vaine
Sans voile sans secret mais l’intime raison
Toutes les forces de ma vie sans un effort
Mais ses suivantes mais ses images en foule
Se coiffent gentiment et brûlent les pavés
Leurs seins lires mêlant la rue à l’éternel
Leurs charmes justifiant le seul amour possible.