Ici à un coupable
Paul Éluard
Œil ennemi des épines ta tristesse est entière
Apprends à dissimuler que la torture
Te fasse reculer les bornes du désert
Laisse à leurs bonnes œuvres les bourreaux hilares
À grands coups de chaleur dans l’été de ta soif
Qu’un soleil morne arrête les moulins
Courage égale bavardage
Que le piment des bons conseils pourrisse sur pied
La vieille boue est sèche ils ne peuvent saisir ces esclaves
Entre leurs doigts liés que ta poussière
Tu supportes le feu tu contredis l’espoir infâme
Seul demain est rival n’y pense pas tais-toi.
*
Garde-toi puis attaque
Sous des pavés de honte
Écrase comme un éphémère
Le front pur insoucieux
Le beau front quotidien
Fais jaillir sous le joug de ta lame inflexible
Un jet de sang dépaysé et grelottant
Voleur d’ennui voleur de joie l’ennui la joie
Sont sur la terre au niveau des bouquets
Qui parfument le champ des soumis et des morts
Change le rythme
Des larmes et des rires prêts à toute besogne
Sépare à tout jamais
Les navires en souffrance des navires dressés
Les perles inutiles de leurs coquilles pleines
Fais sentir aux monstres bénévoles
Pain bénit leur charogne
Au crible de la vie fais passer le ciel pur.
*
Aimer la peur des autres quand elle a l’éclat
Du bois tranché mouillé du miroir tailladé
Des nudités vivantes dans un éclair
De l’œuf jeté par l’astre du désir
Aimer à se venger pour se survivre.