Je fus homme je fus rocherJe fus rocher dans l’homme homme dans le rocherJe fus oiseau dans l’air espace dans l’oiseauJe fus fleur dans le froid fleuve dans le soleilEscarboucle dans la rosée Fraternellement seul fraternellement libre. ITout au long des branchesMes feuilles renaissentMon chemin est couronnéDe bien-être ensoleillé. IIPauvre chaleur grande lumièreRegard s’éclairant du dehorsPetite terre feu sublimeQui nourrit la vue au lointain. IIISur l’herbe j’oublie ma terreMa voix a changé d’espoirFleurs et bêtes tremblent dans l’airOù retentit le premier chant. IVLe froid le ciel diluent le ventLe soleil blanc me fait sourireComme un filet d’eauFait sourire un pré.VMa fenêtre aux belles plumesAllume la porte sècheEt je verse l’innocenceSur la tête de mon chien. VIRetraite brouilléeDe l’herbe charnueDu ciel clair refluxDe la sève des routes. VIIQue je vive pour que l’arbreNe perde pas ses feuillesPour que le cœur de l’eau battePour que le jour revienne. VIIIL’astre ou l’aube voir ou toucherLes visages qui se marientSuivre d’un trait illuminéLe cours d’un masque variable. IXUn pilier entre douzeS’est abattu splendeurD’un habit portéUne seule fois. XJe n’ai pas de mémoireEt je suis maladroitAutour du lit fatalChaque objet est nouveau. XIAmertume écume morteL’ombre comble le fosséGlacé qui coupe le mondeJe défends la part gagnée. XIIJe t’enferme chaque soirFlamme naine souveraineDe l’humide maison noire Tu me rends à mon espaceÀ la forme de mon corps.
à Jean Paulhan À mi-chemin du fruit tenduQue l’aube entoure de chair jeuneAbandonnéeDe lumière indéfinieLa fleur ouvre ses portes d’or Pomme pleine de frondaisonsPerle morte au temps du désir Rose pareille au parricideDescend de la toile du fondEt tout en flammes s’évapore Groseille de mendicitéDahlia moulin foyer du ventQuetsche taillée dans une valseTulipe meurtrie par la lune Alise veuve de caressesColchique veilleuse nacréeNèfle castor douce paupièrePensée immense aux yeux du paon Marguerite l’écho faiblitUn sourire accueillant s’effeuille Noué rouillé comme un falotEt cahotant comme un éclairLe coing réserve sa saveur Goyave clou de la paresseMuguet l’orgueil du maître pauvrePrunelle épiant le front du lynxTubéreuse agneau des sentiers Poire le fer de la folieAnémone carnier d’hiverCitron porteur de plâtre et d’encreNarcisse porteur de nuées Dans le filet des violettesLa fraise adore le soleil Raisin grenier des politessesTour nue et froide jeu hautain Glycine robe de fuméeŒillet complice de la rueChâtaigne une foule pillardeBrise l’émail des sans remords Digitale cristal soyeuxLilas lèvres multipliées Amarante hache repueBrugnon exilé jusqu’aux ongles Myrtille cigale invisibleClochette de poussière intime Mûre fuyant entre les roncesAster tout saupoudré de guêpes Orange sur un tableau noirMuraille de l’enfer du blé Souci la route est achevéeCytise les joncs se délassentJacinthe la rainette rêveNigelle le portail s’abat Chrysanthème cheval brutalSauge bague de mousselineFigue corail d’un faux tombeauPêche colonne de rosée Pavot traîné par des infirmesReflet de fête sans repos Noisette aux ciseaux enfantinsDétachant le gourmand de l’arbre Iris aux mains de la maréePassiflore livrée aux hommesClématite jeunesse combleChèvrefeuille biche au galop Zinnia bouclier de douleursManteau de plaies manteau d’erreurs Ananas prêchant l’avalancheBruyère mangeant le renardQui refuse une proie facileEt pour le loup souffle dans l’herbe À menacer le ciel le lisUse le tain de son miroir Le sein courbé vers un baiserLe jasmin se gonfle de lait Capucine rideau de sableBergamote berceau de mielRenoncule théâtre blancPamplemousse l’œil de la cible Banane le parc à refrainsRésonne de chansons nouvelles Verveine chevalet fragileGrenade rocher d’allégresseAncolie vierge inaniméeOlive paume de faïence Cassis inscrit au cœur des junglesBouchant de son sang noir leurs veines Seringa masque de l’aveugleÉcorce de la nuit d’été Églantine vin du matinSapotille ordonnée ardentePrimevère ivresse d’argileMandarine métal d’injures Datura roi honteux d’avoirRégné sans dire son secret Argémone ombre déliéeAbricot gerbe de fortuneOrchidée chaîne de désastresAmande golfe de tendresse Lavande bonnet du bergerTempes fines et boucles blondes Giroflée boussole endormieCerise cuve de candeurs Sur une bouche négligenteBien passé l’âge de raisonLe phlox sera un gros village Le trèfle une poule pondeuseLe pourpier une empreinte obscureL’aubépine écluse une fugue La mangue sera une allianceLa datte une pierre soumiseLa mirabelle une alouetteEt la framboise une bouée Pour le destin de l’immortelleLa fleur faite comme une morteLa piètre fleur de perfection. * Fleurs à l’haleine coloréeFruits sans détours câlins et pursFleurs récitantes passionnées Fruits confidents de la chaleurJ’ai beau vous unir vous mêlerAux choses que je sais par cœurJe vous perds le temps est passéDe penser en dehors des murs.
à Yvonne Zeruos Bouche folle ou sageIl te faut parlerBouche ouverte ou closeIl te faut rêverPlus haut que ton souffle Paroles paroles penduesAux plumes vérités des nids Entre les branches dessinéesDu mur sans fin de la forêtLes étoiles des œufs s’amassent C’est le bouleau la coquilleEt les roues fusées en ailes De douces devenant subtilesLes bouches tremblent de savoirLégère brise sur les îles Et mille plages c’est l’auneOu le saule sans ruptureLa caresse s’éterniseDans ce globe de verdurePiétiné par les oiseaux Il a plu sur les acaciasPoitrines que la fraîcheur mêleSeins libérés des jours des heuresTempes marquant un pas fidèleGrand’route éprouvant son pouvoir Une autre nuit que notre nuitLa chaleur aveuglante et crueSûre de retrouver sa forceEntre les doigts entre les brasEntre les membres du platane C’est le cyprès sur les tombeauxEt pour tout dire il faut mentirLes mots les morts découronnésPlongent leur ombre dans son ombreSans sortir d’un sommeil de pierre Vite comblez-moi cette ornièreCar une autre ornière vous guetteLe plus bel astre perd racineLa nuit vous moulera la têteL’if en flammes n’allume rien Le sapin aux lèvres duresLe pin qui sait bien se taireLe noyer à son ouvrageLe tilleul à son parfumComme un sourd à son silence L’arbre en cercle des voyagesL’arbre des sentiers communsL’arbre d’émail roux et blancL’arbre aux lianes bouillonnantesL’arbre des maisons en ruines Le hêtre aux paniers trouésLe frêne aux épaules calmesL’orme redoutable aux hommesLe prisme du peuplierEt le saule au bout d’un fil L’orage honnête s’épuiseÀ contredire l’espaceQu’ils se chargent de comblerL’aune envoûte la rivièreLe charme adoucit le chêne Le chêne adoucit l’amourSes os orientent ses veinesLe miel dort dans sa fourrureEt la houle de la mousseRecouvre ses vieilles graines L’océan tout est préservéC’est la cloche le chêne sonne Le vent fait battre son cœurChaque vague chaque feuilleChange voit clair et rayonne Les ailes ont quitté le corpsDe la forêt l’arbre s’envole Il règne de la terre au cielIl s’éclaircit il prend des forcesIl chante et peuple le désert Un plus tendre boisUn miroir plus vertUne seule voix Reflètent l’azurSous toutes ses faces.
à Francis Poulenc De velours et d’orange la maison senséeD’argent détruit de cuir de planchesLa maison accueillante Quatre murs pleins de grâce et gravés à l’aiguilleOuvrant leurs yeux visionnairesSous le front du plafond Plantes et fleurs toutes à l’heure et gorgées d’airDe sève et de graines ardentesLa seule route de la forcePasse par notre repos Sous la mousse du ciel notre toit nous accordeDes mots légers des rires d’ambreEt le chant d’un grand feu rêveurMûrit entre nos paupières.
Je t’aide à enjamber les haiesA ne pas suivre les sentiersÀ ne rien céder de nos rêves Nous oublions le sable mouLa mer épaisse le ciel basLes heures lourdes de patienceEt ces distances dans le noirQui sont un défi à ton front Notre soleil nous a livréSa chaude chair de libertéNous embrassons la bouche bleueL’odeur le souffle la clartéDu champ le plus mystérieux Et dans ta bouche nos parolesComme l’air pur dans ta poitrineFondent les cloches du plaisir.
Les tapis les propos roulés dans leur poussièreLa famille mariée en immense toiletteLes cavaliers du rire enfouis dans leur galopEt l’enfant sans sommeil cassant comme une vitre.
Les requins attardés dans la dernière eau pureLe germe de blé noir qui fixe le soleilLa roue au pied du temple ambulant de midiEt les pauvres qui sont des quinquets sur le mur.
Le corail imprévu de la fureur d’attendreLes forêts sont en cage et la rosée est bueRancune j’oublierai j’aurai d’autres ivressesMais quelle vie les mains fermées sur une absence.
Toi ma patiente ma patience ma parenteGorge haut suspendue orgue de la nuit lenteRévérence cachant tous les ciels dans sa grâcePrépare à la vengeance un lit d’où je naîtrai.
À l’origine de mes forces ma mémoireDe tout son poids brille sur l’herbe de l’enfanceHerbe déserte herbe d’azur sans un pas d’hommeOù les jours moins les jours n’ont pas laissé de nuit.
Il n’y aurait rienPas un insecte bourdonnantPas une feuille frissonnantePas un animal léchant ou hurlantRien de chaud rien de fleuriRien de givré rien de brillant rien d’odorantPas une ombre léchée par la fleur de l’étéPas un arbre portant des fourrures de neigePas une joue fardée par un baiser joyeuxPas une aile prudente ou hardie dans le ventPas un coin de chair fine pas un bras chantantRien de libre ni de gagner ni de gâcherNi de s’éparpiller ni de se réunirPour le bien pour le malPas une nuit armée d’amour ou de reposPas une voix d’aplomb pas une bouche émuePas un sein dévoilé pas une main ouvertePas de misère et pas de satiétéRien d’opaque rien de visibleRien de lourd rien de légerRien de mortel rien d’éternel Il y aurait un hommeN’importe quel hommeMoi ou un autreSinon il n’y aurait rien.