Tu vois le feu du soir qui sort de sa coquilleEt tu vois la forêt enfouie dans la fraîcheur Tu vois la plaine nue aux flancs du ciel traînardLa neige haute comme la merEt la mer haute dans l’azur Pierres parfaites et bois doux secours voilésTu vois des villes teintes de mélancolieDorée des trottoirs pleins d’excusesUne place où la solitude a sa statueSouriante et l’amour une seule maison Tu vois les animauxSosies malins sacrifiés l’un à l’autreFrères immaculés aux ombres confonduesDans un désert de sang Tu vois un bel enfant quand il joue quand il ritIl est bien plus petitQue le petit oiseau du bout des branches Tu vois un paysage aux saveurs d’huile et d’eauD’où la roche est exclue où la terre abandonneSa verdure à l’été qui la couvre de fruits Des femmes descendant de leur miroir ancienT’apportent leur jeunesse et leur foi en la tienneEt l’une sa clarté la voile qui t’entraîneTe fait secrètement voir le monde sans toi. * C’est avec nous que tout vivra Bêtes mes vrais étendards d’orPlaines mes bonnes aventuresVerdure utile villes sensiblesÀ votre tête viendront des hommes Des hommes de dessous les sueurs les coups les larmesMais qui vont cueillir tous leurs songes Je vois des hommes vrais sensibles bons utilesRejeter un fardeau plus mince que la mortEt dormir de joie au bruit du soleil.
Naissance de la nuitÉtoile de la roseSecouant ses refletsVoici dans un miroirQu’une lampe comme un matin d’hiver s’avanceTrébuchanteBientôt briséeAyant laissé tomber sa toilette de fauveLa tempête la prend mourante au sein d’un fouRoi des maraisRoi des brouillardsQui chantait les vendanges d’une lune immense Dans le four du miroir cuit le pain de la lampeLa peur de ne pouvoir conserver dans la nuitCe qui bouge et qui changeLa peur de ne pouvoir vivre la nuitDans des draps éternelsLumière propre aux rêves d’être malgré soiLaborieux espoir de ne pas dire l’heureMais le temps innocent. Aveugle imaginaire sans mémoireLe fou dans l’ombre fidèle au sangAux flammes d’ombreŒil de brouillardŒil de maraisAlbâtre mûrEt les reflets de la chaleurLa lumière qui s’enfermeFenêtreSous la peau du miroir bat le cœur de la lampeFenêtreHier encoreDes portraitsÉtaient à la fenêtreÀ guetter l’arrivée de la lumière reineFenêtre Hier encoreDes portraits défendaient les murs de la maisonBarrant tous les chemins nocturnes du délireRetenant le fou en proie au vertigeParmi ses pierres ChoisirOu ce refuge sans couleursOu le sable fin de la chuteEt le ruisseau de sang qui va s’éteindreEt le ruisseau de nuit qui bercera sous terreDes mains seules des yeux seulsLe crâne comme une montagneQue personne ne gravira Ou ce refuge sans vertuQu’envoûte une lampe inutileCette inondation de rides de maniesDe regards mornes partagés par un miroir infâmeCes monotones pas du cœur dans l’avenirLes peurs les doutes l’ignorance imperméable Plus rien qu’un méchant crépuscule.
Le dernier chant d’oiseau donne des ailes noiresAux heures de silence aux heures de sommeilLe dernier bec d’oiseau se ferme sur mon œilLogis sans fondations sans murs d’où je rayonne Je me souviens du redoutable océan de midiJe me souviens de la campagne bâillonnéePar le soleil duvet de plomb sur un orage d’orJe vis bien en été la chaleur m’émerveille Je me souviens de cette fille aux cheveux jaunes aux yeux grisLe front les joues les seins baignés de verdure et de luneDe cette rue opaque et dure où le ciel pâleSe creusait un chemin comme on creuse un baiser Je me souviens des mouvements hésitants de mes songesSur des lits incertains et d’un corps de nuagesSortait un corps violent couvert de désirs et de chaînes La chaleur tour à tour m’isole et me dénude Il n’y a de fête qu’iciDans cet œuf que la terre et le jour ont couvéLe repos dans la nuit d’été.
De l’œil du doigt j’étudie des souriresLe petit jour l’herbe endormieQui se lève à la vue des bêtesLa poitrine qui n’a plus faimQui n’a plus honte La femme qui se fait compliceD’amours sans force et d’amours forcenéesLa femme attentive à la vieÀ la tempête d’un sanglotÀ l’île verte du silence De l’œil du doigt j’étudie des souriresJe les reflèteQuels sont ces êtres caressantsQui parlent selon mon reposSourires selon la rosée Le soleil doux comme une taupeUne boucle sur un front basLa longue nuit immobile est rompueLe beau masque désarçonnéLa chaîne usée Une feuille qui se déplieUn sourire qui continueMes yeux mes doigtsNotre jeunesse tendrementFait naître l’aurore sur terre.
Il faut que tu te voies mourirPour savoir que tu vis encoreLa mer est si haute et ton cœur bien basFils de la terre mangeur de fleurs fruit de la cendreDans ta poitrine les ténèbres pour toujours couvrent le ciel Soleil lâche la corde les murs ne dansent plusSoleil laisse aux oiseaux des voies impénétrables.
Je nommerai ton frontJ’en ferai un bûcher au sommet de tes sanglotsJe nommerai reflet la douleur qui te déchireComme une épée dans un rideau de soie Je t’abattrai jardin secretPlein de pavots et d’eau précieuseJe te ligoterai de mon fouet Tu n’avais dans ton cœur que lueurs souterrainesTu n’auras plus dans tes prunelles que du sang Je nommerai ta bouche et tes mains les dernièresTa bouche écho détruit tes mains monnaie de plombJe briserai les clés rouillées qu’elles commandent Si je dois m’apaiser profondément un jourSi je dois oublier que je n’ai pas su vaincreQu’au moins tu aies connu la grandeur de ma haine.
Nous de l’avenirPour un petit moment pensons au passéVertu pense au malheurMon passé mon présentNous n’en avons plus peur Nous disions amour et c’était la vieParmi les tours et sur les plages de l’enfanceC’était un sang léger aérienEt d’aveux en aveux nous devenions les autresPlaisir faire plaisirNous inventions le feuJamais rien que le feu Quand je parlais seulJe disais amour et c’était la vieJe parlais j’écoutais encore mon semblableLes mille rames de son cœur fendaient ma chairJe parlaisJe ne veux pas voir cette ombre au soleilDonne-moi ma peine rends-moi mon souciJe ne veux pas voirCe fardeau de pluie sur l’eau de ton frontSur l’eau sans fond de notre union.
IMonte descends je ne prends part qu’à ton plaisirIdole pâquerette giroflée pervencheAime pour moi dresse les fleurs abats les fruitsCerne les roses fais mûrir les pommes loin de l’arbreAssouplis l’or de la longue rivièreBon cœur verse la chairDans les formes que j’aimeBeaux yeux ordonnez la lumièreÀ travers toute vie nouvelle. IITon corps chante son assuranceTout vouloir tout pouvoir à jamaisTon espoir calme était un trésor fabuleuxTa fièvre lente armait un soleil bienveillantSon cortège de flammes tendresEt d’oiseaux adroits agiles légersLe jour n’est pas vide tes mainsN’étaient pas vides Ce n’est pas seulement ta force qui l’habite Mais la gloire de lire un bonheur sans limitesDans la simplicité des lignes du présent.
Front de fer front de singe Ils perdront de vue la mer. 1Des décombres soutiennent un agneau pourriLes arbres aux pendus donnent couleur fraîcheurLes diamants crus du jour polissent du sang dur2Ils ne rêvaient pas de combler leur tombeDe passer à la boue 3Seul le feu pousse bien dans la terre des maîtres4Un visage amerDe lait bleu de miel noirConfit dans la fièvreGelé de misèreUn visage sans honteUn visage assiégéOuvrant de grands yeuxVivants comme un peupleEt qui sauront veiller à tout5Seul le feu pousse bien dans ces yeux malheureux6Veiller à tout à faire peurÀ faire perdre pour avoir plus chaud au cœur7Mais nos désirs sont moins lancinants dans la nuitFrères que cette étoile rougeQui gagne malgré tout du terrain sur l’horreur.