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Paul Eluard
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Chanson complète

Paul Eluard

9 poèmes

Nous sommes

Paul Éluard

Tu vois le feu du soir qui sort de sa coquille Et tu vois la forêt enfouie dans la fraîcheur
Tu vois la plaine nue aux flancs du ciel traînard La neige haute comme la mer Et la mer haute dans l’azur
Pierres parfaites et bois doux secours voilés Tu vois des villes teintes de mélancolie Dorée des trottoirs pleins d’excuses Une place où la solitude a sa statue Souriante et l’amour une seule maison
Tu vois les animaux Sosies malins sacrifiés l’un à l’autre Frères immaculés aux ombres confondues Dans un désert de sang
Tu vois un bel enfant quand il joue quand il rit Il est bien plus petit Que le petit oiseau du bout des branches
Tu vois un paysage aux saveurs d’huile et d’eau D’où la roche est exclue où la terre abandonne Sa verdure à l’été qui la couvre de fruits
Des femmes descendant de leur miroir ancien T’apportent leur jeunesse et leur foi en la tienne Et l’une sa clarté la voile qui t’entraîne Te fait secrètement voir le monde sans toi.
*
C’est avec nous que tout vivra
Bêtes mes vrais étendards d’or Plaines mes bonnes aventures Verdure utile villes sensibles À votre tête viendront des hommes
Des hommes de dessous les sueurs les coups les larmes Mais qui vont cueillir tous leurs songes
Je vois des hommes vrais sensibles bons utiles Rejeter un fardeau plus mince que la mort Et dormir de joie au bruit du soleil.

Nulle rupture : la lumière et la conscience m’accablent d’autant de mystères, de misères que la nuit et les rêves

Paul Éluard

Naissance de la nuit Étoile de la rose Secouant ses reflets Voici dans un miroir Qu’une lampe comme un matin d’hiver s’avance Trébuchante Bientôt brisée Ayant laissé tomber sa toilette de fauve La tempête la prend mourante au sein d’un fou Roi des marais Roi des brouillards Qui chantait les vendanges d’une lune immense
Dans le four du miroir cuit le pain de la lampe La peur de ne pouvoir conserver dans la nuit Ce qui bouge et qui change La peur de ne pouvoir vivre la nuit Dans des draps éternels Lumière propre aux rêves d’être malgré soi Laborieux espoir de ne pas dire l’heure Mais le temps innocent.
Aveugle imaginaire sans mémoire Le fou dans l’ombre fidèle au sang Aux flammes d’ombre Œil de brouillard Œil de marais Albâtre mûr Et les reflets de la chaleur La lumière qui s’enferme Fenêtre Sous la peau du miroir bat le cœur de la lampe Fenêtre Hier encore Des portraits Étaient à la fenêtre À guetter l’arrivée de la lumière reine Fenêtre
Hier encore Des portraits défendaient les murs de la maison Barrant tous les chemins nocturnes du délire Retenant le fou en proie au vertige Parmi ses pierres
Choisir Ou ce refuge sans couleurs Ou le sable fin de la chute Et le ruisseau de sang qui va s’éteindre Et le ruisseau de nuit qui bercera sous terre Des mains seules des yeux seuls Le crâne comme une montagne Que personne ne gravira
Ou ce refuge sans vertu Qu’envoûte une lampe inutile Cette inondation de rides de manies De regards mornes partagés par un miroir infâme Ces monotones pas du cœur dans l’avenir Les peurs les doutes l’ignorance imperméable
Plus rien qu’un méchant crépuscule.

À l’ombre de ma porte

Paul Éluard

Le dernier chant d’oiseau donne des ailes noires Aux heures de silence aux heures de sommeil Le dernier bec d’oiseau se ferme sur mon œil Logis sans fondations sans murs d’où je rayonne
Je me souviens du redoutable océan de midi Je me souviens de la campagne bâillonnée Par le soleil duvet de plomb sur un orage d’or Je vis bien en été la chaleur m’émerveille
Je me souviens de cette fille aux cheveux jaunes aux yeux gris Le front les joues les seins baignés de verdure et de lune De cette rue opaque et dure où le ciel pâle Se creusait un chemin comme on creuse un baiser
Je me souviens des mouvements hésitants de mes songes Sur des lits incertains et d’un corps de nuages Sortait un corps violent couvert de désirs et de chaînes
La chaleur tour à tour m’isole et me dénude
Il n’y a de fête qu’ici Dans cet œuf que la terre et le jour ont couvé Le repos dans la nuit d’été.

Poème perpétuel

Paul Éluard

De l’œil du doigt j’étudie des sourires Le petit jour l’herbe endormie Qui se lève à la vue des bêtes La poitrine qui n’a plus faim Qui n’a plus honte
La femme qui se fait complice D’amours sans force et d’amours forcenées La femme attentive à la vie À la tempête d’un sanglot À l’île verte du silence
De l’œil du doigt j’étudie des sourires Je les reflète Quels sont ces êtres caressants Qui parlent selon mon repos Sourires selon la rosée
Le soleil doux comme une taupe Une boucle sur un front bas La longue nuit immobile est rompue Le beau masque désarçonné La chaîne usée
Une feuille qui se déplie Un sourire qui continue Mes yeux mes doigts Notre jeunesse tendrement Fait naître l’aurore sur terre.

Fin d’un monstre

Paul Éluard

Il faut que tu te voies mourir Pour savoir que tu vis encore La mer est si haute et ton cœur bien bas Fils de la terre mangeur de fleurs fruit de la cendre Dans ta poitrine les ténèbres pour toujours couvrent le ciel
Soleil lâche la corde les murs ne dansent plus Soleil laisse aux oiseaux des voies impénétrables.

Vertueux solitaire

Paul Éluard

Je nommerai ton front J’en ferai un bûcher au sommet de tes sanglots Je nommerai reflet la douleur qui te déchire Comme une épée dans un rideau de soie
Je t’abattrai jardin secret Plein de pavots et d’eau précieuse Je te ligoterai de mon fouet
Tu n’avais dans ton cœur que lueurs souterraines Tu n’auras plus dans tes prunelles que du sang
Je nommerai ta bouche et tes mains les dernières Ta bouche écho détruit tes mains monnaie de plomb Je briserai les clés rouillées qu’elles commandent
Si je dois m’apaiser profondément un jour Si je dois oublier que je n’ai pas su vaincre Qu’au moins tu aies connu la grandeur de ma haine.

À peine une part de souffle

Paul Éluard

Nous de l’avenir Pour un petit moment pensons au passé Vertu pense au malheur Mon passé mon présent Nous n’en avons plus peur
Nous disions amour et c’était la vie Parmi les tours et sur les plages de l’enfance C’était un sang léger aérien Et d’aveux en aveux nous devenions les autres Plaisir faire plaisir Nous inventions le feu Jamais rien que le feu
Quand je parlais seul Je disais amour et c’était la vie Je parlais j’écoutais encore mon semblable Les mille rames de son cœur fendaient ma chair Je parlais Je ne veux pas voir cette ombre au soleil Donne-moi ma peine rends-moi mon souci Je ne veux pas voir Ce fardeau de pluie sur l’eau de ton front Sur l’eau sans fond de notre union.

Ne pas aller au cœur des autres : en sortir

Paul Éluard

I Monte descends je ne prends part qu’à ton plaisir Idole pâquerette giroflée pervenche Aime pour moi dresse les fleurs abats les fruits Cerne les roses fais mûrir les pommes loin de l’arbre Assouplis l’or de la longue rivière Bon cœur verse la chair Dans les formes que j’aime Beaux yeux ordonnez la lumière À travers toute vie nouvelle.
II Ton corps chante son assurance Tout vouloir tout pouvoir à jamais Ton espoir calme était un trésor fabuleux Ta fièvre lente armait un soleil bienveillant Son cortège de flammes tendres Et d’oiseaux adroits agiles légers Le jour n’est pas vide tes mains N’étaient pas vides
Ce n’est pas seulement ta force qui l’habite
Mais la gloire de lire un bonheur sans limites Dans la simplicité des lignes du présent.

Les vainqueurs d’hier périront

Paul Éluard

Front de fer front de singe
Ils perdront de vue la mer.
1 Des décombres soutiennent un agneau pourri Les arbres aux pendus donnent couleur fraîcheur Les diamants crus du jour polissent du sang dur 2 Ils ne rêvaient pas de combler leur tombe De passer à la boue
3 Seul le feu pousse bien dans la terre des maîtres 4 Un visage amer De lait bleu de miel noir Confit dans la fièvre Gelé de misère Un visage sans honte Un visage assiégé Ouvrant de grands yeux Vivants comme un peuple Et qui sauront veiller à tout 5 Seul le feu pousse bien dans ces yeux malheureux 6 Veiller à tout à faire peur À faire perdre pour avoir plus chaud au cœur 7 Mais nos désirs sont moins lancinants dans la nuit Frères que cette étoile rouge Qui gagne malgré tout du terrain sur l’horreur.

À propos de Paul Eluard

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Nous sommesPaul Éluard · Voix de synthèse
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