Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraireOù nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regardNi connu la beauté des yeux, beauté des pierres,Celle des gouttes d’eau, des perles en placards, Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue,Le soleil aveuglant te tient lieu de miroirEt s’il semble obéir aux puissances du soirC’est que ta tête est close, ô statue abattue Par mon amour et par mes ruses de sauvage.Mon désir immobile est ton dernier soutienEt je t’emporte sans bataille, ô mon image,Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.
Un bel oiseau me montre la lumièreElle est dans ses yeux, bien en vue,Il chante sur une boule de guiAu milieu du soleil. * Les yeux des animaux chanteursEt leurs chants de colère ou d’ennuiM’ont interdit de sortir de ce lit.J’y passerai ma vie. L’aube dans des pays sans grâcePrend l’apparence de l’oubli.Et qu’une femme émue s’endorme, à l’aube,La tête la première, sa chute l’illumine. Constellations,Vous connaissez la forme de sa tête.Ici, tout s’obscurcit :Le paysage se complète, sang aux joues,Les masses diminuent et coulent dans mon cœurAvec le sommeilEt qui donc veut me prendre le cœur ? Je n’ai jamais rêvé d’une si belle nuit.Les femmes du jardin cherchent à m’embrasser —Soutiens du ciel, les arbres immobilesEmbrassent bien l’ombre qui les soutient. Une femme au cœur pâleMet la nuit dans ses habits.L’amour a découvert la nuitSur ses seins impalpables. Comment prendre plaisir à tout ?Plutôt tout effacer.L’homme de tous les mouvements,De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes Dort. Il dort, il dort, il dort.Il raye de ses soupirs la nuit minuscule, invisible. Il n’a ni froid, ni chaud.Son prisonnier s’est évadé — pour dormir.Il n’est pas mort, il dort. Quand il s’est endormiTout l’étonnait,Il jouait avec ardeur,Il regardait,Il entendait.Sa dernière parole :« Si c’était à recommencer, je te rencontrerais sans te chercher. » Il dort, il dort, il dort.L’aube a eu beau lever la tête,Il dort.
Elle est debout sur mes paupièresEt ses cheveux sont dans les miens,Elle a la forme de mes mains,Elle a la couleur de mes yeux,Elle s’engloutit dans mon ombreComme une pierre sur le ciel. Elle a toujours les yeux ouvertsEt ne me laisse pas dormir.Ses rêves en pleine lumièreFont s’évaporer les soleils,Me font rire, pleurer et rire,Parler sans avoir rien à dire.
Un mur dénonce un autre murEt l’ombre me défend de mon ombre peureuse.Ô tour de mon amour autour de mon amour.Tous les murs filaient blanc autour de mon silence. Toi, que défendais-tu ? Ciel insensible et purTremblant tu m’abritais. La lumière en reliefSur le ciel qui n’est plus le miroir du soleil,Les étoiles de jour parmi les feuilles vertes, Le souvenir de ceux qui parlaient sans savoir,Maîtres de ma faiblesse et je suis à leur placeAvec des yeux d’amour et des mains trop fidèlesPour dépeupler un monde dont je suis absent.
Le soir traînait des hirondelles. Les hibouxPartageaient le soleil et pesaient sur la terreComme les pas jamais lassés d’un solitairePlus pâle que nature et dormant tout debout. Le soir traînait des armes blanches sur nos têtes.Le courage brûlait les femmes parmi nous.Elles pleuraient, elles criaient comme des bêtes,Les hommes inquiets s’étaient mis à genoux. Le soir, un rien, une hirondelle qui dépasse,Très peu de vent, les feuilles qui ne tombent plus,Un beau détail, un sortilège sans vertusPour un regard qui n’a jamais compris l’espace.
Larmes des yeux, les malheurs des malheureux,Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs.Il ne demande rien, il n’est pas insensible,Il est triste en prison et triste s’il est libre. Il fait un triste temps, il fait une nuit noireÀ ne pas mettre un aveugle dehors. Les fortsSont assis, les faibles tiennent le pouvoirEt le roi est debout près de la reine assise. Sourires et soupirs, des injures pourrissentDans la bouche des muets et dans les yeux des lâches.Ne prenez rien : ceci brûle, cela flambe !Vos mains sont faites pour vos poches et vos fronts. * Une ombre...Toute l’infortune du mondeEt mon amour dessusComme une bête nue.
Je le sais bien. Le désespoir n’a pas d’ailes,L’amour non plus,Pas de visage,Ne parlent pas,Je ne bouge pas,Je ne les regarde pas,Je ne leur parle pasMais je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir.
Le monstre de la fuite hume même les plumesDe cet oiseau roussi par le feu du fusil.Sa plainte vibre tout le long d’un mur de larmesEt les ciseaux des yeux coupent la mélodieQui bourgeonnait déjà dans le cœur du chasseur.
Sur ce ciel délabré, sur ces vitres d’eau douce,Quel visage viendra, coquillage sonore,Annoncer que la nuit de l’amour touche au jour,Bouche ouverte liée à la bouche fermée.
Inconnue, elle était ma forme préférée,Celle qui m’enlevait le souci d’être un homme,Et je la vois et je la perds et je subisMa douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.