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Paul Eluard
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Mourir de ne pas mourir

Paul Eluard

11 poèmes

L’égalité des sexes

Paul Éluard

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres, Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,
Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue, Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir Et s’il semble obéir aux puissances du soir C’est que ta tête est close, ô statue abattue
Par mon amour et par mes ruses de sauvage. Mon désir immobile est ton dernier soutien Et je t’emporte sans bataille, ô mon image, Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.

Au cœur de mon amour

Paul Éluard

Un bel oiseau me montre la lumière Elle est dans ses yeux, bien en vue, Il chante sur une boule de gui Au milieu du soleil.
*
Les yeux des animaux chanteurs Et leurs chants de colère ou d’ennui M’ont interdit de sortir de ce lit. J’y passerai ma vie.
L’aube dans des pays sans grâce Prend l’apparence de l’oubli. Et qu’une femme émue s’endorme, à l’aube, La tête la première, sa chute l’illumine.
Constellations, Vous connaissez la forme de sa tête. Ici, tout s’obscurcit : Le paysage se complète, sang aux joues, Les masses diminuent et coulent dans mon cœur Avec le sommeil Et qui donc veut me prendre le cœur ?
Je n’ai jamais rêvé d’une si belle nuit. Les femmes du jardin cherchent à m’embrasser — Soutiens du ciel, les arbres immobiles Embrassent bien l’ombre qui les soutient.
Une femme au cœur pâle Met la nuit dans ses habits. L’amour a découvert la nuit Sur ses seins impalpables.
Comment prendre plaisir à tout ? Plutôt tout effacer. L’homme de tous les mouvements, De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes
Dort. Il dort, il dort, il dort. Il raye de ses soupirs la nuit minuscule, invisible.
Il n’a ni froid, ni chaud. Son prisonnier s’est évadé — pour dormir. Il n’est pas mort, il dort.
Quand il s’est endormi Tout l’étonnait, Il jouait avec ardeur, Il regardait, Il entendait. Sa dernière parole : « Si c’était à recommencer, je te rencontrerais sans te chercher. »
Il dort, il dort, il dort. L’aube a eu beau lever la tête, Il dort.

L’Amoureuse

Elle est debout sur mes paupières Et ses cheveux sont dans les miens, Elle a la forme de mes mains, Elle a la couleur de mes yeux, Elle s’engloutit dans mon ombre Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts Et ne me laisse pas dormir. Ses rêves en pleine lumière Font s’évaporer les soleils, Me font rire, pleurer et rire, Parler sans avoir rien à dire.

Giorgio de Chirico

Paul Éluard

Un mur dénonce un autre mur Et l’ombre me défend de mon ombre peureuse. Ô tour de mon amour autour de mon amour. Tous les murs filaient blanc autour de mon silence.
Toi, que défendais-tu ? Ciel insensible et pur Tremblant tu m’abritais. La lumière en relief Sur le ciel qui n’est plus le miroir du soleil, Les étoiles de jour parmi les feuilles vertes,
Le souvenir de ceux qui parlaient sans savoir, Maîtres de ma faiblesse et je suis à leur place Avec des yeux d’amour et des mains trop fidèles Pour dépeupler un monde dont je suis absent.

Denise disait aux merveilles

Paul Éluard

Le soir traînait des hirondelles. Les hiboux Partageaient le soleil et pesaient sur la terre Comme les pas jamais lassés d’un solitaire Plus pâle que nature et dormant tout debout.
Le soir traînait des armes blanches sur nos têtes. Le courage brûlait les femmes parmi nous. Elles pleuraient, elles criaient comme des bêtes, Les hommes inquiets s’étaient mis à genoux.
Le soir, un rien, une hirondelle qui dépasse, Très peu de vent, les feuilles qui ne tombent plus, Un beau détail, un sortilège sans vertus Pour un regard qui n’a jamais compris l’espace.

Sans rancune

Paul Éluard

Larmes des yeux, les malheurs des malheureux, Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs. Il ne demande rien, il n’est pas insensible, Il est triste en prison et triste s’il est libre.
Il fait un triste temps, il fait une nuit noire À ne pas mettre un aveugle dehors. Les forts Sont assis, les faibles tiennent le pouvoir Et le roi est debout près de la reine assise.
Sourires et soupirs, des injures pourrissent Dans la bouche des muets et dans les yeux des lâches. Ne prenez rien : ceci brûle, cela flambe ! Vos mains sont faites pour vos poches et vos fronts.
*
Une ombre... Toute l’infortune du monde Et mon amour dessus Comme une bête nue.

Nudité de la vérité

Paul Éluard

Je le sais bien.
Le désespoir n’a pas d’ailes, L’amour non plus, Pas de visage, Ne parlent pas, Je ne bouge pas, Je ne les regarde pas, Je ne leur parle pas Mais je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir.

Le monstre de la fuite hume même les plumes

Paul Éluard

Le monstre de la fuite hume même les plumes De cet oiseau roussi par le feu du fusil. Sa plainte vibre tout le long d’un mur de larmes Et les ciseaux des yeux coupent la mélodie Qui bourgeonnait déjà dans le cœur du chasseur.

Sur ce ciel délabré, sur ces vitres d’eau douce,

Paul Éluard

Sur ce ciel délabré, sur ces vitres d’eau douce, Quel visage viendra, coquillage sonore, Annoncer que la nuit de l’amour touche au jour, Bouche ouverte liée à la bouche fermée.

Inconnue, elle était ma forme préférée,

Paul Éluard

Inconnue, elle était ma forme préférée, Celle qui m’enlevait le souci d’être un homme, Et je la vois et je la perds et je subis Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.

À propos de Paul Eluard

Tous les recueils de Paul Eluard

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

L’égalité des sexesPaul Éluard · Voix de synthèse
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