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Paul Eluard
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L’amour la poésie

Paul Eluard

13 poèmes

Je te l’ai dit pour les nuages

Paul Éluard

Je te l’ai dit pour les nuages Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles Pour les cailloux du bruit Pour les mains familières Pour l’œil qui devient visage ou paysage Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur Pour toute la nuit bue Pour la grille des routes Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles Toute caresse toute confiance se survivent.

Toi la seule et j’entends les herbes de ton rire

Paul Éluard

Toi la seule et j’entends les herbes de ton rire Toi c’est ta tête qui t’enlève Et du haut des dangers de mort Sous les globes brouillés de la pluie des vallées Sous la lumière lourde sous le ciel de terre Tu enfantes la chute.
Les oiseaux ne sont plus un abri suffisant Ni la paresse ni la fatigue Le souvenir des bois et des ruisseaux fragiles Au matin des caprices Au matin des caresses visibles Au grand matin de l’absence la chute. Les barques de tes yeux s’égarent Dans la dentelle des disparitions Le gouffre est dévoilé aux autres de l’éteindre Les ombres que tu crées n’ont pas droit à la nuit.

Mon amour pour avoir figuré mes désirs

Paul Éluard

Mon amour pour avoir figuré mes désirs Mis tes lèvres au ciel de tes mots comme un astre Tes baisers dans la nuit vivante Et le sillage de tes bras autour de moi Comme une flamme en signe de conquête Mes rêves sont au monde Clairs et perpétuels.
Et quand tu n’es pas là Je rêve que je dors je rêve que je rêve.

D’une seule caresse

Paul Éluard

D’une seule caresse Je te fais briller de tout ton éclat.

La terre est bleue comme une orange

Paul Éluard

La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent pas Ils ne vous donnent plus à chanter Au tour des baisers de s’entendre Les fous et les amours Elle sa bouche d’alliance Tous les secrets tous les sourires Et quels vêtements d’indulgence A la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert L’aube se passe autour du cou Un collier de fenêtres Des ailes couvrent les feuilles Tu as toutes les joies solaires Tout le soleil sur la terre Sur les chemins de ta beauté.

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin

Paul Éluard

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin Ciel dont j’ai dépassé la nuit Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes Dans leur double horizon inerte indifférent Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin Je te cherche par-delà l’attente Par-delà moi-même. Et je ne sais plus tant je t’aime Lequel de nous deux est absent.

Les corbeaux battent la campagne

Paul Éluard

Les corbeaux battent la campagne La nuit s’éteint Pour une tête qui s’éveille Les cheveux blancs le dernier rêve Les mains se font jour de leur sang De leurs caresses Une étoile nommée azur Et dont la forme est terrestre
Folle des cris à pleine gorge Folle des rêves Folle aux chapeaux de sœur cyclone Enfance brève folle aux grands vents Comment ferais-tu la belle la coquette
Ne rira plus L’ignorance l’indifférence Ne révèlent pas leur secret Tu ne sais pas saluer à temps Ni te comparer aux merveilles Tu ne m’écoutes pas. Mais ta bouche partage l’amour Et c’est par ta bouche Et c’est derrière la buée de nos baisers Que nous sommes ensemble.

Seconde nature

Paul Éluard

En l’honneur des muets des aveugles des sourds À la grande pierre noire sur les épaules Les disparitions du monde sans mystère.
Mais aussi pour les autres à l’appel des choses par leur nom La brûlure de toutes les métamorphoses La chaîne entière des aurores dans la tête Tous les cris qui s’acharnent à briser les mots
Et qui creusent la bouche et qui creusent les yeux Où les couleurs furieuses défont les brumes de l’attente Dressent l’amour contre la vie les morts en rêvent Les bas-vivants partagent les autres sont esclaves De l’amour comme on peut l’être de la liberté.

Aux grandes inondations de soleil

Paul Éluard

Aux grandes inondations de soleil Qui décolorent les parfums Aux confins des saisons magiques Aux soleils renversés Beaux comme des gouttes d’eau Les désirs se dédoublent Voici qu’ils ont choisi Les tortures les plus contraires Visage admirable tout nu Ridicule refusé comme rebelle Dépaysé Tournure secrète Chemins de chair et ciel de tête Et toi complice misérable Avec des larmes entre les feuilles Et ce grand mur que tu défends Pour rien Parce que tu croiras toujours Avoir fait le mal par amour Ce grand mur que tu défends Inutilement.
Sous les paupières dans les chevelures Je berce celles qui pensent à moi Elles ont changé d’attitude Depuis les temps vulgaires Elles ont leur part de refus sur les bras Les caresses n’ont pas délivré leur poitrine Leurs gestes je les règle en leur disant adieu Le souvenir de mes paroles exige le silence Comme l’audace engage toute la dignité.
Entendez-moi Je parle pour les quelques hommes qui se taisent Les meilleurs.

Armure de proie

Paul Éluard

Armure de proie le parfum noir rayonne Les arbres sont coiffés d’un paysage en amande Berceau de tous les paysages les clés les dés Les plaines de soucis les montagnes d’albâtre Les lampes de banlieue la pudeur les orages Les gestes imprévus voués au feu Les routes qui séparent la mer de ses noyés Tous les rébus indéchiffrables.
La fleur de chardon construit un château Elle monte aux échelles du vent Et des graines à tête de mort. Des étoiles d’ébène sur les vitres luisantes Promettent tout à leurs amants Les autres qui simulent Maintiennent l’ordre de plomb.
Muet malheur de l’homme Son visage petit matin S’ouvre comme une prison Ses yeux sont des têtes coupées Ses doigts lui servent à compter À mesurer à prendre à convaincre Ses doigts savent le ligoter.
Ruine du public Son émotion est en morceaux Son enthousiasme à l’eau Les parures suspendues aux terreurs de la foudre Pâturages livides où des rochers bondissent Pour en finir Une tombe ornée de très jolis bibelots Un voile de soie sur les lenteurs de la luxure Pour en finir Une hache dans le dos d’un seul coup.
Dans les ravins du sommeil Le silence dresse ses enfants Voici le fruit fatal qui crève les tympans La poussiéreuse mort des couleurs L’idiotie Voici le premier paresseux Et les mouvements machinaux de l’insomnie L’oreille les roseaux à courber comme un casque L’oreille exigeante l’ennemie oubliée dans la brume Et l’inépuisable silence Qui bouleverse la nature en ne la nommant pas Qui tend des pièges souriants Ou des absences à faire peur Brise tous les miroirs des lèvres.
En pleine mer dans des bras délicats Aux beaux jours les vagues à toutes voiles Et le sang mène à tout C’est une place sans statue Sans rameurs sans pavillon noir Une place nue irisée Où toutes les fleurs errantes Les fleurs au gré de la lumière Ont caché des féeries d’audace C’est un bijou d’indifférence À la mesure de tous les cœurs Un bijou ciselé de rires C’est une maison mystérieuse Où des enfants déjouent les hommes.
Aux alentours de l’espoir En pure perte Le calme fait le vide.

Je sors des caves de l’angoisse

Paul Éluard

Je sors des caves de l’angoisse Des courbes lentes de la peur Je tombe dans un puits de plumes Pavots je vous retrouve Sans y songer Dans un miroir fermé Vous êtes aussi beaux que des fruits Et si lourds ô mes maîtres Qu’il vous faut des ailes pour vivre Ou mes rêves.
L’enfance reste chez elle À rougir de ses devoirs À mériter la vie Avec ses jeux de toutes les couleurs Ses cahiers tondus ses plumiers acides Une main se ferme se pose Les mains de l’enfant Comme des grenouilles.
Mais voici que s’abat se dresse se dandine La poussière arrogante Sans carcasse toute de charmes La toute pelée la curieuse Un palais la salue la reçoit l’accompagne Avec sa façade avec le grand livre d’origine Avec les clés qui sont une offense aux murailles Les rideaux soulevés du sourire À croire aussi que le triple dedans N’est pas mesuré par les rides.
La plus petite course du lézard Dément toutes les précautions La plus petite mort du bois Quand la hache casse le fil Et délivre un oiseau Le coup d’ailes de la surprise.
L’armature des rousses éclatante parure Et ce mépris pour toutes les plantes souterraines Pour bénir les poisons pour honorer les fièvres Les sources sont couronnées d’ombre Le corps partage ses conquêtes Mais sa jeunesse est au secret.
Pavots renoncez-vous Au dur trajet des graines.

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Je te l’ai dit pour les nuagesPaul Éluard · Voix de synthèse
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