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Paul Eluard
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Paul Eluard

10 poèmes

Crépuscule

Paul Éluard

Désert vertical, le verrier creusait la terre, le fossoyeur voulait se pendre et dans la fumée de ma tête s’organisait l’oubli. C’était l’heure entre chien et loup, entre suie et poix. Un joli vertige. Avant de disparaître, le ciel fit une grimace cornue. Je vivais, petit, tranquille, bien au chaud, car j’avais enchâssé ma précieuse fureur diurne dans la dure poitrine de mes ennemis vaincus.

Été

Paul Éluard

C’est le matin que je voyage, c’est le matin que je souris aux femmes et aux enfants, que je travaille. L’accent posé sur le scandale. Et souvent je bois du vin blanc, et parfois je mange un croissant.

Gaieté

Paul Éluard

Quelque suite dans les idées, et ce n’est pas assez dire ; un bras passé par la fenêtre : au revoir à qui vient d’arriver. Le très coquet caméléon de l’entendement ; verra en bleu ce qui tache le bleu, en bois le ciel défunt, en or le deuil des riches. Sa gaieté, pourtant, sur le ciel pur, est en bois vert et en or pur. Jusqu’aux éclats de rire de la confusion.

Insomnie

Paul Éluard

Je reculais lentement. Je devins inactif, improductif ; je devins intangible, invisible, incompréhensible. Une nuit encore, on m’illumina, faiblement ; puis ce fut la tombe, toute panachée de racines, d’animaux luisants, d’os. Personne ne s’en doutait, personne ne m’y suivit.

Mort

Paul Éluard

La mort vint toute seule, s’en alla toute seule et celui qui aimait la vie resta seul.

Pauvre

Paul Éluard

C’est le mystère de l’air pur, celui du blé. C’est le mystère de l’orage, celui du pauvre. Dans les pauvres maisons, on aime le silence. On aime aussi le silence. Mais les enfants crient, les femmes pleurent, les hommes crient, la musique est horrible. On voudrait faire la moisson et l’on fait honte aux étoiles. Quel désordre noir, quelle pourriture, quel désastre ! Jetons ces langes au ruisseau, jetons nos femmes à la rue, jetons notre pain aux ordures, jetons-nous au feu ! jetons-nous au feu !

Toilette

Paul Éluard

Elle entra dans sa chambrette pour se changer, tandis que sa bouilloire chantait. Le courant d’air venant de la fenêtre claqua la porte derrière elle. Un court instant, elle polit sa nudité étrange, blanche et droite. Puis elle se glissa dans une robe de veuve.

Unis

Paul Éluard

Une caverne dont l’entrée est au pied d’un rocher plus haut que moi, et qui sert lui-même de base à une montagne plus haute que toi. À quelques pas de l’entrée, on trouve une galerie par laquelle on arrive à une chambre où nous nous unissons, pied à pied, tête à tête.

Valet

Paul Éluard

« Ainsi faisions-nous, Excellence : lorsque notre pied avait rencontré la dernière marche enfouie dans les ténèbres, appuyés contre la porte de pierre des caveaux, notre regard ébloui remontait. Et Votre Excellence me demandait de lui expliquer, pour la centième fois, les raisons que nous avions d’être là, comme des taupes débusquées. »

Yeux

Paul Éluard

Mes yeux, objets patients, étaient à jamais ouverts sur l’étendue des mers où je me noyais. Enfin une écume blanche passa sur le point noir qui fuyait. Tout s’effaça.

À propos de Paul Eluard

Tous les recueils de Paul Eluard

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

CrépusculePaul Éluard · Voix de synthèse
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