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Paul Eluard
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Paul Eluard

3 poèmes

Tu te lèves l’eau se déplie

Paul Éluard

Tu te lèves l’eau se déplie Tu te couches l’eau s’épanouit
Tu es l’eau détournée de ses abîmes Tu es la terre qui prend racine Et sur laquelle tout s’établit
Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de l’arc-en-ciel Tu es partout tu abolis toutes les routes
Tu sacrifies le temps À l’éternelle jeunesse de la flamme exacte Qui voile la nature en la reproduisant
Femme tu mets au monde un corps toujours pareil Le tien
Tu es la ressemblance.

L’entente

Paul Éluard

I Au centre de la ville la tête prise dans le vide d’une place Ne sachant pas ce qui t’arrête ô toi plus forte qu’une statue Tu donnes à la solitude un premier gage Mais c’est pour mieux la renier
T’es-tu déjà prise par la main As-tu déjà touché tes mains Elles sont petites et douces Ce sont les mains de toutes les femmes Et les mains des hommes leur vont comme un gant
Les mains touchent aux mêmes choses
Écoute-toi parler tu parles pour les autres Et si tu te réponds ce sont les autres qui t’entendent Sous le soleil au haut du ciel qui te délivre de ton ombre Tu prends la place de chacun et ta réalité est infinie
Multiples tes yeux divers et confondus Font fleurir les miroirs Les couvrent de rosée de givre de pollen Les miroirs spontanés où les aubes voyagent Où les horizons s’associent
Le creux de ton corps cueille des avalanches Car tu bois au soleil Tu dissous le rythme majeur Tu le redonnes au monde Tu enveloppes l’homme.
*
Toujours en train de rire Mon petit feu charnel Toujours prête à chanter Ma double lèvre en flammes
Les chemins tendres que trace ton sang clair Joignent les créatures C’est de la mousse qui recouvre le désert Sans que la nuit jamais puisse y laisser d’empreintes ni d’ornières Belle à dormir partout à rêver rencontrée à chaque instant d’air pur Aussi bien sur la terre que parmi les fruits des bras des jambes de la tête Belle à désirs renouvelés tout est nouveau tout est futur Mains qui s’étreignent ne pèsent rien Entre des yeux qui se regardent la lumière déborde L’écho le plus lointain rebondit entre nous
Tranquille sève nue Nous passons à travers nos semblables Sans nous perdre
Sur cette place absurde tu n’es pas plus seule Qu’une feuille dans un arbre qu’un oiseau dans les airs Qu’un trésor délivré. II Ou bien rire ensemble dans les rues Chaque pas plus léger plus rapide Nous sommes deux à ne plus compter sur la sagesse Avoue le ciel n’est pas sérieux Ce matin n’est qu’un jeu sur ta bouche de joie Le soleil se prend dans sa toile Nous conduisons l’eau pure et toute perfection Vers l’été diluvien Sur une mer qui a la forme et la couleur de ton corps Ravie de ses tempêtes qui lui font robe neuve Capricieuse et chaude Changeante comme moi
Ô mes raisons le loir en a plus de dormir Que moi d’en découvrir de valables à la vie A moins d’aimer
En passe de devenir caresses Tes rires et tes gestes règlent mon allure Poliraient les pavés Et je ris avec toi et je te crois toute seule
Tout le temps d’une rue qui n’en finit pas.

Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille

Paul Éluard

Nous avons fait la nuit je tiens ta main je veille Je te soutiens de toutes mes forces Je grave sur un roc l’étoile de tes forces Sillons profonds où la bonté de ton corps germera Je me répète ta voix cachée ta voix publique Je ris encore de l’orgueilleuse Que tu traites comme une mendiante Des fous que tu respectes des simples où tu te baignes Et dans ma tête qui se met doucement d’accord avec la tienne avec la nuit Je m’émerveille de l’inconnue que tu deviens Une inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j’aime Qui est toujours nouveau.

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Tu te lèves l’eau se dépliePaul Éluard · Voix de synthèse
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