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Paul Eluard
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Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves précédé d’exemples

Paul Eluard

20 poèmes

Quatre gosses

Paul Éluard

Le gourmand dépouillé, Gonflant ses joues, Avalant une fleur, Odorante peau intérieure. Enfant sage, Sifflet, Bouche forcément rose, Bouche légère sous la tête lourde, Un à dix, dix à un. L’orphelin, Le sein qui le nourrit enveloppé de noir Ne le lavera pas. Sale Comme une forêt de nuit d’hiver. Mort, Les belles dents, mais les beaux yeux immobiles, Fixes. Quelle mouche de sa vie Est la mère des mouches de sa mort ?

Promeneurs

Paul Éluard

Entourée, La mère, toujours la même, La plus utile, L’habitante, la belle, L’inévitable mère Et le manteau de tous. Les nuages, leur contraire À terre, Masses lourdes, masses légères.
La famille mouillée Malgré les arbres mouillés Au bord de l’eau. Les bois ont leur lumière. Ombre des douces, Importance. La forêt au-dedans Et le ciel au-dehors, la lumière À terre.

Le cœur

Paul Éluard

Le cœur à ce qu’elle chante, Elle fait fondre la neige, La nourrice des oiseaux.

Modèle

Paul Éluard

Tant de lumières, Tant de mains et tant de visages, Tous ces jours parmi ces nuits, Comme le ciel parmi les ailes Des oiseaux ! Destinée. L’homme, le seul, a tout trouvé. Entrée. Des horizons en scène. Coulée. Chute de la lumière sur un dôme éteint, Un désert, Une étoile de jour pour quelques jours seulement.

Beau

Paul Éluard

Beau avec bonheur, Laid avec malheur, Visible pour les aveugles.

Musicien

Paul Éluard

Intelligence naïve Au son des instruments À musique,
À musique de lèvre nue, Au bout de la terre connue Et à l’autre bout
La tête perdue, Les fines mains d’ici.

Imbécile habitant

Paul Éluard

Visage hors saison, Visage, vitre et pierre, Les murs de la maison me ressemblent comme un masque, Ils sont fixés à ma chair.
Le soleil développe Jeune femme et du mur De peinture immobile Sortent des pierres.
Sur les pierres, de gauche à droite, Un enfant est assis à côté d’un vieillard, Un visage.
Au loin, Ma mère Danse comme une poussière.

Ah !

Paul Éluard

Ah ! Mille flammes, un feu, la lumière, Une ombre !... Le soleil me suit.

Séduire

Paul Éluard

L’adoration des regards Séduit les yeux qui voient mal ce qu’ils voient. Rougissante, Les yeux auront du plaisir sur ses joues Et qu’ils en prennent pour toujours.
Qui la voit vierge et la sait vierge, Vierge en satin, Connaît aussi, sous ses paupières couronnées, La joie veilleuse.
Car la honte, toujours avoir honte, Non, Mais ouvrir une maison Et montrer son bon visage, Celui-là.

Tout séduit

Paul Éluard

Acrobate des plates, Amoureux des filles à l’étroit, Il jette sa main et son bras sur toi, Bas, Légère à prendre Mais lourde à garder.

Une

Paul Éluard

Une tristesse de mauvais temps, les ébats bondissants de la fumée et du vent, un ciel gris prêt à la pluie, on dit que la musique perd le sentiment.
Cette douce, Cette belle, Assise de couleurs. Tranquille Et, surveillant le ciel, Négligeant la chaleur.

Vrai

Paul Éluard

Huit heures, place du Châtelet, dans ce café où les chaises ne sont pas encore rangées, où la vaisselle opaque s’étale dans tous les coins. Je ne saurai jamais si je dors bien. Plus la pluie est fine, plus le monde est loin. Et il faudrait attendre, il faudrait descendre pour retrouver le soir sec, pour retrouver cent lumières au moins aux voitures fortes et justes, aux cloches des champs et, ni dans l’air, ni dans l’eau, tous les gracieux sillages des bonnes santés obscures. À la bonne heure, on n’abuse pas de la vie ici !

Les fleurs

Paul Éluard

J’ai quinze ans, je me prends par la main. Conviction d’être jeune avec les avantages d’être très caressant. Je n’ai pas quinze ans. Du temps passé, un incomparable silence est né. Je rêve de ce beau, de ce joli monde de perles et d’herbes volées. Je suis dans tous mes états. Ne me prenez pas, laissez-moi.
*
Mes yeux et la fatigue doivent avoir la couleur de mes mains. Quelle grimace au soleil, mère Confiance, pour n’obtenir que la pluie. Je t’assure qu’il y a aussi clair que cette histoire d’amour : si je meurs, je ne te connais plus.

Définitions

Paul Éluard

Un homme vivant monté sur un cheval vivant rencontre une femme vivante tenant en laisse un chien vivant.
*
Une robe noire ou une robe blanche ? Des grands souliers ou des petits ?
*
Regarde. Là, en face, celui qui travaille gagne de l’argent. J’ai lu que « vieux malade honteux », que « fortune coquette à Paris » et que « cet éventail de belles arêtes ».
*
Flamme éteinte, ta vieillesse c’est fumée éteinte.
*
Je n’aime pas la musique, tout ce piano me prend tout ce que j’aime.

Quelques poètes sont sortis

Paul Éluard

à Philippe Soupault
Comme autrefois, d’une carrière abandonnée, comme un homme triste, le brouillard, sensible et têtu comme un homme fort et triste, tombe dans la rue, épargne les maisons et nargue les rencontres. Dix, cent, mille crient pour un ou plusieurs chanteurs silencieux. Chant de l’arbre et de l’oiseau, la joie fable, le soutien. Une émotion naît, légère comme le poil. Le brouillard donne sa place au soleil et qui l’admire ? dépouillé comme un arbre de toutes ses feuilles, de toute son ombre ? Ô souvenir ! Ceux qui criaient.

Le grand jour

Paul Éluard

à Gala
Viens, monte. Bientôt les plumes les plus légères, scaphandrier de l’air, te tiendront par le cou. La terre ne porte que le nécessaire et tes oiseaux de belle espèce, sourire Aux lieux de ta tristesse, comme une ombre derrière l’amour, le paysage couvre tout. Viens vite, cours. Et ton corps va plus vite que tes pensées, et rien, entends-tu ? rien, ne peut te dépasser.

Baigneuse du clair au sombre

Paul Éluard

à Julien Vocance
L’après-midi du même jour. Légère, tu bouges et, légers, le sable et la mer bougent. Nous admirons l’ordre des choses, l’ordre des pierres, l’ordre des clartés, l’ordre des heures. Mais cette ombre qui disparaît et cet élément douloureux, qui disparaît. Le soir, la noblesse fait partie de ce ciel. Ici, tout se blottit dans un feu qui s’éteint. Le soir. La mer n’a plus de lumières et, comme aux temps anciens, tu pourrais dormir dans la mer.

Cachée

Paul Éluard

Le jardinage est la passion, belle bête de jardinier. Sous les branches, sa tête semblait couverte de pattes légères d’oiseaux. À un fils qui voit dans les arbres.

L’argyl’ardeur

Paul Éluard

Le temps ne passe pas. Il n’y a pas : longtemps, le temps ne passe plus. Et tous les lions que je représente sont vivants, légers et immobiles. Martyr, je vis à la façon des agneaux égorgés. Ils sont entrés par les quatre fenêtres de la croix. Ce qu’ils voient, ce n’est pas la raison d’être du jour.

Montre avec décors

Paul Éluard

I
Juges dont l’œil dix-doigts accuse, Dans la lumière en bonne santé Un arbre où il y a des fruits à l’endroit et des voleurs à l’envers. À son âge. Une tache s’ouvre à l’imagination. Quel crime a commis sa mère ?
II
Puis les pinceaux peignent une prison sur son corps, sur son cœur. Une grille bien transparente. Il est soudain aussi fleuri qu’une poupée déshabillée. ÉVASION POUR DÉPLAIRE.
III Biais d’abord, comme à la nage. Il se partage la rue, Mais les maisons n’ont plus ni portes ni fenêtres, Les habitants s’ennuient Et COMIQUE s’inscrit sur le pain et la viande.
IV Le moteur joue et perd des secondes. Piste noire, joues rouges, Les promeneurs peuvent user les promenades. Long rail dans la nuit rouler, Le domaine est ici. Ce n’est pas du domaine de l’évasion : « J’AI TRAVERSÉ LA VIE D’UN SEUL COUP. »

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Quatre gossesPaul Éluard · Voix de synthèse
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