On ne peut me connaîtreMieux que tu me connais Tes yeux dans lesquels nous dormonsTous les deuxOnt fait à mes lumières d’hommeUn sort meilleur qu’aux nuits du monde Tes yeux dans lesquels je voyageOnt donné aux gestes des routesUn sens détaché de la terre Dans tes yeux ceux qui nous révèlentNotre solitude infinieNe sont plus ce qu’ils croyaient être On ne peut te connaîtreMieux que je te connais.
Sans chansons depuis longtempsFleurs cultivées fleurs à vendreÔ les belles vertus abstraites On a beau se laver on ne se voit plusBien tranquille dormir dans un lit de cendresÀ l’abri de tous les lendemains Il n’y a plus de sortiePlus de jour entre les maisonsÀ chaque fenêtre une blatte dortLe bonheur a pris la mort pour enseigne Les jeunes aux charmes renversantsEt les vieux aux chaînes puantesQu’ils se ressemblentLes autres s’éveillent malgré euxLeur front leur ventre sont ridésMais le feu les attire encore Hors de tout sauf de la misèreAlerte ils ne veulent pas croireÀ l’immobilité de leur sang.
Une foule toute noire qui va à reculonsLa bêche entre dans le sol mouComme une fille fraîche dans des draps déjà chaudsLa lune noie la nuitForce reste pourtant aux preuves de la vie.
Une rafale une seuleD’horizon à horizonEt ainsi sur toute la terrePour balayer la poussièreLes myriades de feuilles mortesPour dépouiller tous les arbresPour dévaster les culturesPour abattre les oiseauxPour éparpiller les vaguesPour détruire les fuméesPour rompre l’équilibreDu soleil le plus chaudFuyante masse faiblesseMonde qui ne pèse rienMonde ancien qui m’ignoreOmbre affoléeJe ne serai plus libre que dans d’autres bras.
Le front comme un drapeau perduJe te traîne quand je suis seulDans des rues froidesDes chambres noiresEn criant misère Je ne veux pas les lâcherTes mains claires et compliquéesNées dans le miroir clos des miennesTout le reste est parfaitTout le reste est encore plus inutileQue la vie Creuse la terre sous ton ombre Une nappe d’eau près des seinsOù se noyerComme une pierre.
Une ruine coquille videPleure dans son tablierLes enfants qui jouent autour d’elleFont moins de bruit que des mouches La ruine s’en va à tâtonsChercher ses vaches dans un préJ’ai vu le jour je vois celaSans en avoir honte Il est minuit comme une flècheDans un cœur à la portéeDes folâtres lueurs nocturnesQui contredisent le sommeil.
Ils n’étaient que quelques-unsSur toute la terreChacun se croyait seulIls chantaient ils avaient raisonDe chanterMais ils chantaient comme on saccageComme on se tue Nuit humide râpéeAllons-nous te supporterPlus longtempsN’allons-nous pas secouerTon évidence de cloaqueNous n’attendrons pas un matinFait sur mesureNous voulions voir clair dans les yeux des autresLeurs nuits d’amour épuiséesIls ne rêvent que de mourirLeurs belles chairs s’oublientPavanes en tournecceurAbeilles prises dans leur mielIls ignorent la vieEt nous en avons mal partout Toits rouges fondez sous la langueCanicule dans les lits pleinsViens vider tes sacs de sang fraisIl y a encore une ombre iciUn morceau d’imbécile làAu vent leurs masques leurs défroquesDans du plomb leurs pièges leurs chaînesEt leurs gestes prudents d’aveuglesIl y a du feu sous rochePour qui éteint le feu Prenez-y garde nous avonsMalgré la nuit qu’il couvePlus de force que le ventreDe vos sœurs et de vos femmesEt nous nous reproduironsSans elles mais à coups de hacheDans vos prisons Torrents de pierres labours d’écumeOù flottent des yeux sans rancuneDes yeux justes sans espoirQui vous connaissentEt que vous auriez dû creverPlutôt que de les ignorer D’un hameçon plus habile que vos potencesNous prendrons notre bien où nous voulons qu’il soit.
I Bonne journée j’ai revu qui je n’oublie pasQui je n’oublierai jamaisEt des femmes fugaces dont les yeuxMe faisaient une haie d’honneurElles s’enveloppèrent dans leurs sourires Bonne journée j’ai vu mes amis sans soucisLes hommes ne pesaient pas lourdUn qui passaitSon ombre changée en sourisFuyait dans le ruisseau J’ai vu le ciel très grandLe beau regard des gens privés de toutPlage distante où personne n’aborde Bonne journée journée qui commença mélancoliqueNoire sous les arbres vertsMais qui soudain trempée d’auroreM’entra dans le cœur par surprise. IIMontrez-moi cet homme de toujours si douxQui disait les doigts font monter la terreL’arc-en-ciel qui se noue le serpent qui rouleLe miroir de chair où perle un enfantEt ces mains tranquilles qui vont leur cheminNues obéissantes réduisant l’espaceChargées de désirs et d’imagesL’une suivant l’autre aiguilles de la même horloge Montrez-moi le ciel chargé de nuagesRépétant le monde enfoui sous mes paupièresMontrez-moi le ciel dans une seule étoileJe vois bien la terre sans être éblouiLes pierres obscures les herbes fantômesCes grands verres d’eau ces grands blocs d’ambre des paysagesLes jeux du feu et de la cendreLes géographies solennelles des limites humaines Montrez-moi aussi le corsage noirLes cheveux tirés les yeux perdusDe ces filles noires et pures qui sont d’ici de passage et d’ailleurs à mon gréQui sont de fières portes dans les murs de cet étéD’étranges jarres sans liquide toutes en vertusInutilement faites pour des rapports simplesMontrez-moi ces secrets qui unissent leurs tempesÀ ces palais absents qui font monter la terre.
Le battement de l’horloge comme une arme briséeLa cheminée émue où se pâme la cimeD’un arbre dernier éclairé L’habituel vase clos des désastresDes mauvais rêvesJe fais corps avec eux Des ruines de l’horlogeSort un animal abrupt désespoir du cavalierÀ l’aube doublera l’écrevisse clouéeSur la porte de ce refuge Un jour de plus j’étais sauvéOn ne me brisait pas les doigtsNi le rouge ni le jaune ni le blanc ni le nègreOn me laissait même la femmePour distinguer entre les hommesOn m’abandonnait au-dehorsSur un navire de délicesVers des pays qui sont les miensParce que je ne les connais pas Un jour de plus je respirais naïvementUne mer et des cieux volatilsJ’éclipsais de ma silhouetteLe soleil qui m’aurait suivi Ici j’ai ma part de ténèbresChambre secrète sans serrure sans espoirJe remonte le temps jusqu’aux pires absencesCombien de nuits soudainSans confiance sans un beau jour sans horizonQuelle gerbe rognée Un grand froid de corailOmbre du cœurTernit mes yeux qui s’entr’ouvrentSans donner prise au matin fraternel Je ne veux plus dormir seulJe ne veux plus m’éveillerPerclus de sommeil et de rêvesSans reconnaître la lumièreEt la vie au premier instant.
I Tu glisses dans le litDe lait glacé tes sœurs les fleursEt tes frères les fruitsPar le détour de leurs saisonsÀ l’aiguille iriséeAu flanc qui se répèteTes mains tes yeux et tes cheveuxS’ouvrent aux croissances nouvellesPerpétuelles Espère espère espèreQue tu vas te sourirePour la première fois EspèreQue tu vas te sourireA jamaisSans songer à mourir. II À toutes brides toi dont le fantômePiaffe la nuit sur un violonViens régner dans les boisLes verges de l’ouraganCherchent leur chemin par chez toiTu n’es pas de cellesDont on invente les désirs Tes soifs sont plus contradictoiresQue des noyées Viens boire un baiser par iciCède au feu qui te désespère. III Quel soleil dans la glace qui fait fondre un œufQuelle aubaine insensée le printemps tout de suite. IV Figure de force brûlante et faroucheCheveux noirs où l’or coule vers le sudAux nuits corrompuesOr englouti étoile impureDans un lit jamais partagé Aux veines des tempesComme aux bouts des seinsLa vie se refuseLes yeux nul ne peut les creverBoire leur éclat ni leurs larmesLe sang au-dessus d’eux triomphe pour lui seul Intraitable démesuréeInutileCette santé bâtit une prison. VJe n’ai envie que de t’aimerUn orage emplit la valléeUn poisson la rivière Je t’ai faite à la taille de ma solitudeLe monde entier pour se cacherDes jours des nuits pour se comprendre Pour ne plus rien voir dans tes yeuxQue ce que je pense de toiEt d’un monde à ton image Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.