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Paul Eluard

Quelques-uns des mots qui, jusqu’ici, m’étaient mystérieusement interdits

Paul Éluard

à André Breton Le mot cimetière Aux autres de rêver d’un cimetière ardent Le mot maisonnette On le trouve souvent Dans les annonces des journaux dans les chansons Il a des rides c’est un vieillard travesti Il a un dé au doigt c’est un perroquet mûr Pétrole Connu par des exemples précieux Aux mains des incendies Neurasthénie un mot qui n’a pas honte Une ombre de cassis entre deux yeux pareils Le mot créole tout en liège sur du satin Le mot baignoire qui est traîné Par des chevaux parfaits plus laids que des béquilles Sous la lampe ce soir charmille est un prénom Et maîtrise un miroir où tout s’immobilise Fileuse mot fondant hamac treille pillée Olivier cheminée au tambour de lueurs Le clavier des troupeaux s’assourdit dans la plaine Forteresse malice vaine Vénéneux rideau d’acajou Guéridon grimace élastique Cognée erreur jouée aux dés Voyelle timbre immense Sanglot d’étain rire de bonne terre Le mot déclic viol lumineux Éphémère azur dans les veines Le mot bolide géranium à la fenêtre ouverte Sur un cœur battant Le mot carrure bloc d’ivoire Pain pétrifié plumes mouillées Le mot déjouer alcool flétri Palier sans portes mort lyrique Le mot garçon comme un îlot Myrtille lave galon cigare Léthargie bleuet cirque fusion Combien reste-t-il de ces mots Qui ne menaient à rien Mots merveilleux comme les autres Ô mon empire d’homme Mots que j’écris ici Contre toute évidence Avec le grand souci De tout dire.
Quelques-uns des mots qui, jusqu’ici, m’étaient mystérieusement interditsPaul Éluard · Voix de synthèse
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