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Paul Eluard
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Médieuses

Paul Eluard

3 poèmes

Je ne suis pas seul

Paul Éluard

Chargée De fruits légers aux lèvres Parée De mille fleurs variées Glorieuse Dans les bras du soleil Heureuse D’un oiseau familier Ravie D’une goutte de pluie Plus belle Que le ciel du matin Fidèle
Je parle d’un jardin Je rêve
Mais j’aime justement.

Médieuses

Paul Éluard

I Elle va s’éveiller d’un rêve noir et bleu Elle va se lever de la nuit grise et mauve Sa jambe est lisse et son pied nu L’audace fait son premier pas
Au son d’un chant prémédité Tout son corps passe en reflets en éclats Son corps pavé de pluie armé de parfums tendres Démêle le fuseau matinal de sa vie.
II Près de l’aigrette du grand pont L’orgueil au large J’attends tout ce que j’ai connu Comblée d’espace scintillant Ma mémoire est immense
La bonté danse sur mes lèvres Des haillons tièdes m’illuminent Une route part de mon front
Proche et lointaine La mer bondit et me salue Elle a la forme d’une grappe D’un plaisir mûr
*
J’aimais hier et j’aime encore Je ne me dérobe à rien Mon passé m’est fidèle Le temps court dans mes veines.
III Sous des poutres usées sous des plafonds stériles Dans une vaste chambre petitement garnie Les genoux ligotés confèrent qualité À la ligne droite misérable
Ses cheveux pris au piège d’un miroir brisé C’est sur la mousse de son front que l’eau roucoule La dérive évasive d’un sourire entraîne Sa dernière illusion vers un ciel disparu.
IV Dans les parages de son lit rampe la terre Et les bêtes de la terre et les hommes de la terre Dans les parages de son lit Il n’y a que champs de blé Vignes et champs de pensées
La route est tracée sans outils Les mains les yeux mènent au lit À l’ardent secret révélé Aux ombres taillées en songe
Délié des doigts de l’air l’élan Le vase d’or d’un baiser
*
La gorge lourde et lente Par mille gerbes balancée Arrive aux fêtes de ses fleurs
Elle donne soif et faim
Son corps est un amoureux nu Il s’échappe de ses yeux Et la lumière noue la nuit la chair la terre La lumière sans fond d’un corps abandonné Et de deux yeux qui se répètent.
V Mes sœurs prennent dans leurs toiles Les cris et les plaintes des chiens Moi je préfère me nourrir De l’espoir d’une ardeur sans fin Oranger noir armure blonde Grisante abeille rire en course Rire invisiblement masqué Écorce d’aube aile étourdie Nichée de feuilles débauchées Jeune poison liane montagne Sueur de nage fumée froide Pas de géant danse battante Front éternel paume parfaite Puits en plein air essieu de vent Monument vague flamant fou Jeu sans perdant santé sans trous Torche brûlant dans l’eau tour mixte Martyr radieux aux angles vifs Œil clair à travers honte et brume Première neige réjouissante Mérite de la solitude Exil aux sources de la force.
VI Où es-tu me vois-tu m’entends-tu Me reconnaîtras-tu Moi la plus belle moi la seule Je tiens le flot de la rivière comme un violon Je laisse passer les jours Je laisse passer les bateaux les nuages L’ennui est mort près de moi Je tiens tous les échos d’enfance mes trésors Avec des rires dans mon cou
*
Mon paysage est un bien grand bonheur Et mon visage un limpide univers Ailleurs on pleure des larmes noires On va de caverne en caverne Ici on ne peut pas se perdre Et mon visage est dans l’eau pure je le vois Chanter un seul arbre Adoucir des cailloux Refléter l’horizon Je m’appuie contre l’arbre Couche sur les cailloux Sur l’eau j’applaudis le soleil la pluie Et le vent sérieux
*
Où es-tu me vois-tu m’entends-tu Je suis la créature de derrière le rideau De derrière le premier rideau venu Maîtresse des verdures malgré tout. Et des plantes de rien Maîtresse de l’eau maîtresse de l’air Je domine ma solitude Où es-tu À force de rêver de moi le long des murs Tu me vois tu m’entends Et tu voudrais changer mon cœur M’arracher au sein de mes yeux
*
J’ai le pouvoir d’exister sans destin Entre givre et rosée entre oubli et présence
*
Fraîcheur chaleur je n’en ai pas souci Je ferai s’éloigner à travers tes désirs L’image de moi-même que tu m’offres Mon visage n’a qu’une étoile
*
Il faut céder m’aimer en vain Je suis éclipse rêve de nuit Oublie mes rideaux de cristal
Je reste dans mes propres feuilles Je reste mon propre miroir Je mêle la neige et le feu Mes cailloux ont ma douceur Ma saison est éternelle.
VII
Et par la grâce de ta lèvre arme la mienne.

Au premier mot limpide

Paul Éluard

Au premier mot limpide au premier rire de ta chair La route épaisse disparaît Tout recommence
La fleur timide la fleur sans air du ciel nocturne Des mains voilées de maladresse Des mains d’enfant
Des yeux levés vers ton visage et c’est le jour sur terre La première jeunesse close Le seul plaisir
Foyer de terre foyer d’odeurs et de rosée Sans âge sans raisons sans liens
L’oubli sans ombre.

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Je ne suis pas seulPaul Éluard · Voix de synthèse
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