ChargéeDe fruits légers aux lèvresParéeDe mille fleurs variéesGlorieuseDans les bras du soleilHeureuseD’un oiseau familierRavieD’une goutte de pluiePlus belleQue le ciel du matinFidèle Je parle d’un jardinJe rêve Mais j’aime justement.
IElle va s’éveiller d’un rêve noir et bleuElle va se lever de la nuit grise et mauveSa jambe est lisse et son pied nuL’audace fait son premier pas Au son d’un chant préméditéTout son corps passe en reflets en éclatsSon corps pavé de pluie armé de parfums tendresDémêle le fuseau matinal de sa vie. IIPrès de l’aigrette du grand pontL’orgueil au largeJ’attends tout ce que j’ai connuComblée d’espace scintillantMa mémoire est immense La bonté danse sur mes lèvresDes haillons tièdes m’illuminentUne route part de mon front Proche et lointaineLa mer bondit et me salueElle a la forme d’une grappeD’un plaisir mûr * J’aimais hier et j’aime encoreJe ne me dérobe à rienMon passé m’est fidèleLe temps court dans mes veines. IIISous des poutres usées sous des plafonds stérilesDans une vaste chambre petitement garnieLes genoux ligotés confèrent qualitéÀ la ligne droite misérable Ses cheveux pris au piège d’un miroir briséC’est sur la mousse de son front que l’eau roucouleLa dérive évasive d’un sourire entraîneSa dernière illusion vers un ciel disparu. IVDans les parages de son lit rampe la terreEt les bêtes de la terre et les hommes de la terreDans les parages de son litIl n’y a que champs de bléVignes et champs de pensées La route est tracée sans outilsLes mains les yeux mènent au litÀ l’ardent secret révéléAux ombres taillées en songe Délié des doigts de l’air l’élanLe vase d’or d’un baiser * La gorge lourde et lentePar mille gerbes balancéeArrive aux fêtes de ses fleurs Elle donne soif et faim Son corps est un amoureux nuIl s’échappe de ses yeuxEt la lumière noue la nuit la chair la terreLa lumière sans fond d’un corps abandonnéEt de deux yeux qui se répètent. VMes sœurs prennent dans leurs toilesLes cris et les plaintes des chiensMoi je préfère me nourrirDe l’espoir d’une ardeur sans finOranger noir armure blondeGrisante abeille rire en courseRire invisiblement masquéÉcorce d’aube aile étourdieNichée de feuilles débauchéesJeune poison liane montagneSueur de nage fumée froidePas de géant danse battanteFront éternel paume parfaitePuits en plein air essieu de ventMonument vague flamant fouJeu sans perdant santé sans trousTorche brûlant dans l’eau tour mixteMartyr radieux aux angles vifsŒil clair à travers honte et brumePremière neige réjouissanteMérite de la solitudeExil aux sources de la force. VIOù es-tu me vois-tu m’entends-tuMe reconnaîtras-tuMoi la plus belle moi la seuleJe tiens le flot de la rivière comme un violonJe laisse passer les joursJe laisse passer les bateaux les nuagesL’ennui est mort près de moiJe tiens tous les échos d’enfance mes trésorsAvec des rires dans mon cou * Mon paysage est un bien grand bonheurEt mon visage un limpide universAilleurs on pleure des larmes noiresOn va de caverne en caverneIci on ne peut pas se perdreEt mon visage est dans l’eau pure je le voisChanter un seul arbreAdoucir des caillouxRefléter l’horizonJe m’appuie contre l’arbreCouche sur les caillouxSur l’eau j’applaudis le soleil la pluieEt le vent sérieux * Où es-tu me vois-tu m’entends-tuJe suis la créature de derrière le rideauDe derrière le premier rideau venuMaîtresse des verdures malgré tout.Et des plantes de rienMaîtresse de l’eau maîtresse de l’airJe domine ma solitudeOù es-tuÀ force de rêver de moi le long des mursTu me vois tu m’entendsEt tu voudrais changer mon cœurM’arracher au sein de mes yeux * J’ai le pouvoir d’exister sans destinEntre givre et rosée entre oubli et présence * Fraîcheur chaleur je n’en ai pas souciJe ferai s’éloigner à travers tes désirsL’image de moi-même que tu m’offresMon visage n’a qu’une étoile * Il faut céder m’aimer en vainJe suis éclipse rêve de nuitOublie mes rideaux de cristal Je reste dans mes propres feuillesJe reste mon propre miroirJe mêle la neige et le feuMes cailloux ont ma douceurMa saison est éternelle. VII Et par la grâce de ta lèvre arme la mienne.
Au premier mot limpide au premier rire de ta chairLa route épaisse disparaîtTout recommence La fleur timide la fleur sans air du ciel nocturneDes mains voilées de maladresseDes mains d’enfant Des yeux levés vers ton visage et c’est le jour sur terreLa première jeunesse closeLe seul plaisir Foyer de terre foyer d’odeurs et de roséeSans âge sans raisons sans liens L’oubli sans ombre.