à Nusch Un village une ville et l’écho de ma voix L’oreille fascinée efface le silenceÉcoute sur le toit les voleurs de beau tempsGorgés de vent de pluieIls venaient de la mer ils allaient vers le cielIls sont restés en routeÉcoute pour apprendre à dire les raisonsDe ce que tu entends Dans la rueD’un homme on en fait deuxEt de toutes les femmes on dégage l’uniqueÀ qui je parleÀ toi écoute je répondsÀ toutes tes paroles aux premières aux dernièresAux murmures aux cris à la source au sommetJe te réponds mon amour sans limites Un village une ville et l’écho de ta voixTaillant les villages les villes les partageantLa grande règleCe qui est digne d’être aiméContre ce qui s’anéantit Sans songer à d’autres soleilsQue celui qui brille en mes brasSans t’appeler d’un autre nomQue notre amourJe vis et règne entre des mursJe vis et règne hors des mursSur les bois sur la mer sur les champs sur les montsEt sur les yeux et sur les voix qui les répètent Habitante d’un monde où sans toi je n’ai rienTon cœur qui déjà dort oublie tout sauf mon cœurDehors nos souvenirs nuits à flanc de journéesAgitent nos liens sans pouvoir les briser.
Nous avons tous deux nos mains à donnerPrenez ma main je vous conduirai loin J’ai vécu plusieurs fois mon visage a changéÀ chaque seuil à chaque main que j’ai franchisLe printemps familial renaissaitGardant pour lui pour moi sa neige périssableLa mort et la promiseLa future aux cinq doigts serrés et relâchésMon âge m’accordait toujoursDe nouvelles raisons de vivre par autruiEt d’avoir en mon cœur le sang d’un autre cœur Ah le garçon lucide que je fus et que je suisDevant la blancheur des faibles filles aveuglesPlus belles que la lune blonde fine uséePar le reflet des chemins de la vieChemin des mousses et des arbresDu brouillard et de la roséeDu jeune corps qui ne monte pas seulÀ sa place sur terreLe vent le froid la pluie le bercentL’été en fait un homme Présence ma vertu dans chaque main visibleLa seule mort c’est solitudeDe délice en furie de furie en clartéJe me construis entier à travers tous les êtresÀ travers tous les temps au sol et dans les nuesSaisons passantes je suis jeuneEt fort à force d’avoir vécuJe suis jeune et mon sang s’élève sur mes ruines Nous avons nos mains à mêlerRien jamais ne peut mieux séduireQue notre attachement l’un à l’autre forêtRendant la terre au ciel et le ciel à la nuit À la nuit qui prépare un jour interminable.
Ici l’action se simplifieJ’ai renversé le paysage inexplicable du mensongeJ’ai renversé les gestes sans lumière et les jours impuissantsJ’ai par-dessus terre jeté les propos lus et entendusJe me mets à crierChacun parlait trop bas parlait et écrivaitTrop bas J’ai reculé les limites du cri L’action se simplifie Car j’enlève à la mort cette vue sur la vieQui lui donnait sa place devant moi D’un cri Tant de choses ont disparuQue rien jamais ne disparaîtra plusDe ce qui mérite de vivre Je suis bien sûr maintenant que l’étéChante sous les portes froidesSous des armures opposéesLes saisons brûlent dans mon cœurLes saisons les hommes leurs astresTout tremblants d’être si semblables Et mon cri nu monte une marcheDe l’immense escalier de joieEt ce feu nu qui m’alourditMe rend ma force douce et dure Ainsi voici mûrir un fruitBrûlant de froid givré de sueurVoici la place généreuseOù ne dorment que les rêveursLe temps est beau crions plus fortPour que les rêveurs dorment mieuxEnveloppés dans des parolesQui font le beau temps dans mes yeux Je suis bien sûr qu’à tout momentAïeul et fils de mes amoursDe mon espoirLe bonheur jaillit de mon cri Pour la recherche la plus hauteUn cri dont le mien soit l’écho.
Plus une plainte plus un rireLe dernier chant s’est abattuSur la campagne informe et noire Solitude aux hanches étroitesMarraine des trésors perdusIl n’y a de murs que pour moi Mille misères conjuguéesPeuvent faire le plus grand rêveMourir fortes mourir d’espoir Moi mon image s’est fanéeUnique à sa propre lumièreJ’oublie et je suis oublié Entre les murs l’ombre est entièreEt je descends dans mon miroirComme un mort dans sa tombe ouverte.
Qui ne veut mourir s’affoleQui se voit mort se console Que sortira-t-il de toiQuelle danseuse immobileBlanche très exactement Quelle mendiante d’étéAux vertus encore vertesAux sourires suppliciés Quelle belle aux gants pudiquesAux mains vierges au front lisseQuel jour quel regard quel songe Aveugle aux ombres terrestresTu mourras les yeux ouverts.
Les pieds dans des souliers d’or finLes jambes dans l’argile froideDebout les murs couverts de viandes inutilesDebout les bêtes mortesVoici qu’un tourbillon gluantFixe à jamais rides grimacesVoici que les cercueils enfantentQue les verres sont pleins de sableEt videsVoici que les noyés s’enfoncentLe sang détruitDans l’eau sans fond de leurs espoirs passés Feuille morte molle rancœurContre le désir et la joieLe repos a trouvé son maîtreSur des lits de pierre et d’épines La charrue des mots est rouilléeAucun sillon d’amour n’aborde plus la chairUn lugubre travail est jeté en pâtureÀ la misère dévoranteÀ bas les murs couverts des armes émouvantesQui voyaient clair dans l’hommeDes hommes noircissent de honteD’autres célèbrent leur ordureLes yeux les meilleurs s’abandonnent Même les chiens sont malheureux.
Le tonnerre s’est caché derrière des mains noires Le tonnerre s’est pendu à la porte majeureLe feu des fous n’est plus hanté le feu est misérable L’orage s’est coulé dans le tombeau des villesS’est bordé de fumées s’est couronné de cendresLe vent paralysé écrase les visages La lumière a gelé les plus belles maisonsLa lumière a fendu le bois la mer les pierresLe linge des amours dorées est en charpie La pluie a renversé la lumière et les fleursLes oiseaux les poissons se mêlent dans la boue La pluie a parcouru tous les chemins du sangEffacé le dessin qui menait les vivants.
à Germaine et Georges Hugnet IDoux monstre tu tiens la mort dans ton becDoux monstre à tes seins perle le bon laitDans tes yeux heureux mes yeux malheureuxVont faucher le blé tarir les fontainesDétourner de toi les routes humaines. IILes ours cruels et ravissantsNés le jour même de la guerrePrononcent des vœux innocents. IIILa cellule du prisonnierQui n’était pas trop grande pour une araignée. IVOrvet fléau de la balanceEntre deux haines transparentes. VAttention tes plumes débordentTu trembles de ne pas voler. VIMe voici né quelle erreurDit l’ami chien pour toujours. VIILes champs roses verts et jaunesSont des insectes éclatantsPartisDe mon infini champ de mai. VIIIMaisons et rues éteintes en mes oreillesJe rêve de vous corbeaux qui chantez le silence Corbeaux le bec enfarinéSi vieuxQu’ils ne se savent plus au monde. IXIci mille pies contrarientMille petites lunes diurnes. XPour nous faire oublier le froidSur la neige un doigt dessinaLa silhouette blonde d’un lion. XIPrenez garde à vos pattesL’homme a les pieds en sang.
ITôt sur la terre un gentil rireJeune fille aux durs sabotsÉclaire-nous de ta peau Le soleil nu de ton visageMouvement de roue et de ruchePèse doux dans le jardinDe nos mains amoureuses. IILa plus faible en ce bas mondeC’est la caprice la blonde. IIINotre maison autour de ta beautéNotre maison en or le jourLa nuit se vêt de velours noirToujours mêmes parfums de grand amour Le feu dans de tendres caveauxY est taillé à mille facesRiant d’un rire sans grimacesDénouant notre solitude Ah que nous font les premiers les derniersTous nos pareils sont sur le même rangAu large vivant de ce grand amourDes fleurs et des graines de ta beauté. IVMa foi en toi est si bien entouréeDe terre et d’eau si bien couverteDe soleil frais et de nuit claireQue je te vois rêver vivre et dormirAvec tes yeux. VLa douce chair recueillie aujourd’huiPar grâce perd sa robe avant la nuitEt la lumière en elle est perpétuée. VILa maison s’éleva comme un arbre fleuritSous les paumes du vent une aurore de briquesTendit haut son filet de bouches réunies Un mur gagnait un mur des chutes de lumièreCreusèrent leur chemin la sève circulaLe toit scella le ciel la fenêtre s’ouvrit. VIIConstruire il y a d’autres jeuxSous l’herbe ardente cherche l’ombreLa terre encombre le jardinUne mine de fleurs s’amasse. VIIILes fleurs les feuilles les épinesRedevinrent visiblesLes bourgeons et la roséeVirent le jour Sur le fleuve de maiUne voile écarlateFit battre le pouls du vent Sous couleur de vie et d’espaceSous forme de légers nuagesSans un frissonLe sein de l’aube consentait. IXJeune arbre idole mince et nueUnique source caresse haute. XSur un pré blanc des nuages blancsDescendent corriger la terreL’azur est à peine plus fortTous les regards vont s’éclaircirDélivrer la nature blanche. XIIl fait une nuit de moineauxQue le feu déchire et dévore.