De ce côté c’est l’étéLa musique à la volièreLa langue au palais d’oiseauxLa rivière à la sorcièreDont le flot brûle entre mes mains Est-elle bruneÀ la chair dureMarquée de bleuTrès dure dorée de forceUne tulipe le soirDes caresses de raisin Est-elle blancheTendre rousse et orangéeQue la chaleur affaiblitHerbe claire perle inerteToute une plage timideTombée d’un ciel de coton Nul jeu ne nous divertitNos armes ont peu d’espaceC’est un bel été sans voilesLe lourd devoir de l’été.
Le soleil qui court sur le mondeJ’en suis certain comme de toiLe soleil met la terre au monde Un sourire au-dessus des nuitsSur le visage dépouilléD’une dormeuse rêvant d’aube Le grand mystère du plaisirCet étrange tournoi de brumesQui nous enlève ciel et terre Mais qui nous laisse l’un à l’autreFaits l’un pour l’autre à tout jamaisÔ toi que j’arrache à l’oubli Ô toi que j’ai voulue heureuse.
N’est-ce pas depuis toujoursQue les jours sont sans amourChaque aurore impardonnableChaque caresse vilaineEt chaque rire une injureJe m’entends et tu m’entendsHurler comme un chien perduContre notre solitudeNotre amour a plus besoinD’amour que l’herbe de pluie Il faut qu’il soit un miroir.
J’ai passé les portes du froidLes portes de mon amertumePour venir embrasser tes lèvres Ville réduite à notre chambreOù l’absurde marée du malLaisse une écume rassurante Anneau de paix je n’ai que toiTu me réapprends ce que c’estQu’un être humain quand je renonce À savoir si j’ai des semblables.
à Luc Decaunes Dans la brume des statues se dessinentMolles et dorées molles et charnellesElles prennent l’airÉtoiles fondues d’humaines étoilesDans le linge simple et blanc du matin Des statues douces comme des fruits bletsAyant conservé leur forme sacréeLeur écœurement leur fièvre cachéeLeur souffle torrideAu mépris d’un arbre éteint par l’hiver Boire est en l’honneurD’un jour envahi dès la première heureVelours des statues mouillé de vin douxLes faveurs nouées des bras et des cousSont à la santé d’une aile immobile Corps délibérés rêves satisfaitsImmense repos vaste nuditéD’une chair hostile à la chair des bêtesSans frissons sans rien que l’angle majeurDu règne établi Ce qu’il faut voir à travers ce dédaleDu temps non vécuC’est l’œil de l’herbe et quelques doigts de terrePour justifier le plomb de l’azur vertLe pur fardeau d’un geste vers les astres.