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Paul Eluard
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Lingères légères

Paul Eluard

5 poèmes

Un corps

Paul Éluard

De ce côté c’est l’été La musique à la volière La langue au palais d’oiseaux La rivière à la sorcière Dont le flot brûle entre mes mains
Est-elle brune À la chair dure Marquée de bleu Très dure dorée de force Une tulipe le soir Des caresses de raisin
Est-elle blanche Tendre rousse et orangée Que la chaleur affaiblit Herbe claire perle inerte Toute une plage timide Tombée d’un ciel de coton
Nul jeu ne nous divertit Nos armes ont peu d’espace C’est un bel été sans voiles Le lourd devoir de l’été.

Aube

Paul Éluard

Le soleil qui court sur le monde J’en suis certain comme de toi Le soleil met la terre au monde
Un sourire au-dessus des nuits Sur le visage dépouillé D’une dormeuse rêvant d’aube
Le grand mystère du plaisir Cet étrange tournoi de brumes Qui nous enlève ciel et terre
Mais qui nous laisse l’un à l’autre Faits l’un pour l’autre à tout jamais Ô toi que j’arrache à l’oubli
Ô toi que j’ai voulue heureuse.

Pour l’exemple

Paul Éluard

N’est-ce pas depuis toujours Que les jours sont sans amour Chaque aurore impardonnable Chaque caresse vilaine Et chaque rire une injure Je m’entends et tu m’entends Hurler comme un chien perdu Contre notre solitude Notre amour a plus besoin D’amour que l’herbe de pluie
Il faut qu’il soit un miroir.

Anneau de paix

Paul Éluard

J’ai passé les portes du froid Les portes de mon amertume Pour venir embrasser tes lèvres
Ville réduite à notre chambre Où l’absurde marée du mal Laisse une écume rassurante
Anneau de paix je n’ai que toi Tu me réapprends ce que c’est Qu’un être humain quand je renonce
À savoir si j’ai des semblables.

Un rêve où tout est inventé

Paul Éluard

à Luc Decaunes
Dans la brume des statues se dessinent Molles et dorées molles et charnelles Elles prennent l’air Étoiles fondues d’humaines étoiles Dans le linge simple et blanc du matin
Des statues douces comme des fruits blets Ayant conservé leur forme sacrée Leur écœurement leur fièvre cachée Leur souffle torride Au mépris d’un arbre éteint par l’hiver
Boire est en l’honneur D’un jour envahi dès la première heure Velours des statues mouillé de vin doux Les faveurs nouées des bras et des cous Sont à la santé d’une aile immobile
Corps délibérés rêves satisfaits Immense repos vaste nudité D’une chair hostile à la chair des bêtes Sans frissons sans rien que l’angle majeur Du règne établi
Ce qu’il faut voir à travers ce dédale Du temps non vécu C’est l’œil de l’herbe et quelques doigts de terre Pour justifier le plomb de l’azur vert Le pur fardeau d’un geste vers les astres.

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Un corpsPaul Éluard · Voix de synthèse
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