L’étoile double
Paul Éluard
Beauté d’argent cinglant
Longtemps assise
Fatiguée
Jarrets fardés de rose
Tête cernée par un ciel faible finissant
Absurde glace obscure aux regards prisonniers
Servante d’agonie
Servante agonisante
Toute en heures d’absence
Toute en chansons trop basses
Lèvres noires et dents serrées
Servante du sommeil bonne à toute besogne
Pour vaincre le désir
Bête aux douceurs rognées
Je t’ai prise pour une femme
Je t’ai prise par la main
Tu m’as suivi nichée en joie
Parmi les rues les bois les champs
Les nuages les ruisseaux
Les arbres soupirs de la terre
M’étaient moins légers que toi.