Tous les arbres toutes leurs branches toutes leurs feuillesL’herbe à la base les rochers et les maisons en masseAu loin la mer que ton œil baigneCes images d’un jour après l’autreLes vice les vertus tellement imparfaitsLa transparence des passants dans les rues de hasardEt les passantes exhalées par tes recherches obstinéesTes idées fixes au cœur de plomb aux lèvres viergesLes vices les vertus tellement imparfaitsLa ressemblance des regards de permission avec les yeux que tu conquisLa confusion des corps des lassitudes des ardeursL’imitation des mots des attitudes des idéesLes vices les vertus tellement imparfaits L’amour c’est l’homme inachevé.
Adieu tristesseBonjour tristesseTu es inscrite dans les lignes du plafondTu es inscrite dans les yeux que j’aimeTu n’es pas tout à fait la misèreCar les lèvres les plus pauvres te dénoncentPar un sourireBonjour tristesseAmour des corps aimablesPuissance de l’amourDont l’amabilité surgitComme un monstre sans corpsTête désappointéeTristesse beau visage.
Femme avec laquelle j’ai vécuFemme avec laquelle je visFemme avec laquelle je vivraiIl te faut un manteau rougeDes gants rouges un masque rougeEt des bas noirsDes raisons des preuvesDe te voir toute nueNudité pure ô parure parée Seins ô mon cœur.
Des portes s’ouvrent des fenêtres se dévoilentUn feu silencieux s’allume et m’éblouitTout se décide je rencontreDes créatures que je n’ai pas voulues Voici l’idiot qui recevait des lettres de l’étrangerVoici l’anneau précieux qu’il croyait en argentVoici la femme bavarde aux cheveux blancsVoici la fille immatérielleIncomplète et laide baignée de nuit et de misèreFardée de mauves et de pervenches absurdesSa nudité sa chasteté sensibles de partoutVoici la mer et des bateaux sur des tables de jeuUn homme libre un autre homme libre et c’est le mêmeDes animaux enragés devant la peur masquée de boueDes morts des prisonniers des fous tous les absents Mais toi pourquoi n’es-tu pas là pour m’éveiller.
SimuleL’ombre fleurie des fleurs suspendues au printempsLe jour le plus court de l’année et la nuit esquimauL’agonie des visionnaires de l’automneL’odeur des roses la savante brûlure de l’ortieÉtends des linges transparentsDans la clairière de tes yeuxMontre les ravages du feu ses œuvres d’inspiréEt le paradis de sa cendreLe phénomène abstrait luttant avec les aiguilles de la penduleLes blessures de la vérité les serments qui ne plient pasMontre-toi Tu peux sortir en robe de cristalTa beauté continueTes yeux versent des larmes des caresses des souriresTes yeux sont sans secretSans limites.
Elles ont les épaules hautesEt l’air malinOu bien des mines qui déroutentLa confiance est dans la poitrineÀ la hauteur où l’aube de leurs seins se lèvePour dévêtir la nuit Des yeux à casser les caillouxDes sourires sans y penserPour chaque rêveDes rafales de cris de neigeDes lacs de nuditéEt des ombres déracinées Il faut les croire sur baiserEt sur parole et sur regardEt ne baiser que leurs baisers Je ne montre que ton visageLes grands orages de ta gorgeTout ce que je connais et tout ce que j’ignoreMon amour ton amour ton amour ton amour.
Devant moi cette main qui défait les oragesQui défrise et qui fait fleurir les plantes grimpantesAvec sûreté est-ce la tienne est-ce un signalQuand le silence pèse encore sur les mares au fond des puits tout au fond du matin. Jamais décontenancée jamais surprise est-ce ta mainQui jure sur chaque feuille la paume au soleilLe prenant à témoin est-ce ta main qui jureDe recevoir la moindre ondée et d’en accepter le délugeSans l’ombre d’un éclair passéEst-ce ta main ce souvenir foudroyant au soleil. Prends garde la place du trésor est perdueLes oiseaux de nuit sans mouvement dans leur parureNe fixent rien que l’insomnie aux nerfs assassinsDénouée est-ce ta main qui est ainsi indifférenteAu crépuscule qui laisse tout échapper. Toutes les rivières trouvent des charmes à leur enfanceToutes les rivières reviennent du bainLes voitures affolées parent de leurs roues le sein des placesEst-ce ta main qui fait la roueSur les places qui ne tournent plus Ta main dédaigneuse de l’eau des caressesTa main dédaigneuse de ma confiance de mon insouciance.Ta main qui ne saura jamais me détourner de toi.
Au terme d’un long voyage, je revois toujours ce corridor, cette taupe, cette ombre chaude à qui l’écume de mer prescrit des courants d’airs purs comme de tout petits enfants, je revois toujours la chambre où je venais rompre avec toi le pain de nos désirs, je revois toujours ta pâleur dévêtue qui, le matin, fait corps avec les étoiles qui disparaissent. Je sais que je vais encore fermer les yeux pour retrouver les couleurs et les formes conventionnelles qui me permettent de t’aborder. Quand je les rouvrirai, ce sera pour chercher dans un coin l’ombrelle corruptible à manche de pioche qui me fait redouter le beau temps, le soleil, la vie, car je ne t’aime plus au grand jour, car je regrette le temps où j’étais parti à ta découverte et le temps aussi où j’étais aveugle et muet devant l’univers incompréhensible et le système d’entente incohérent que tu me proposais.N’as-tu pas suffisamment porté la responsabilité de cette candeur qui m’obligeait à toujours retourner tes volontés contre toi ?Que ne m’as-tu donné à penser ! Maintenant, je ne viens plus te voir que pour être plus sûr du grand mystère que constitue encore l’absurde durée de ma vie, l’absurde durée d’une nuit.Quand j’arrive, toutes les barques s’en vont, l’orage recule devant elles. Une ondée délivre les fleurs obscures, leur éclat recommence et frappe de nouveau les murs de laine. Je sais, tu n’es jamais sûre de rien, mais l’idée du mensonge, mais l’idée d’une erreur sont tellement au-dessus de nos forces. Il y a si longtemps que la porte têtue n’avait pas cédé, si longtemps que la monotonie de l’espoir nourrissait l’ennui, si longtemps que tes sourires étaient des larmes.Nous avons refusé de laisser entrer les spectateurs, car il n’y a pas de spectacle. Souviens-toi, pour la solitude, la scène vide, sans décors, sans acteurs, sans musiciens. L’on dit : le théâtre du monde, la scène mondiale et, nous deux, nous ne savons plus ce que c’est. Nous deux, j’insiste sur ces mots, car aux étapes de ces longs voyages que nous faisions séparément, je le sais maintenant, nous étions vraiment ensemble, nous étions vraiment, nous étions, nous. Ni toi, ni moi ne savions ajouter le temps qui nous avait séparés à ce temps pendant lequel nous étions réunis, ni toi, ni moi ne savions l’en soustraire.Une ombre chacun, mais dans l’ombre nous l’oublions. * La lumière m’a pourtant donné de belles images des négatifs de nos rencontres. Je t’ai identifiée à des êtres dont seule la variété justifiait le nom, toujours le même, le tien, dont je voulais les nommer, des êtres que je transformais comme je te transformais, en pleine lumière, comme on transforme l’eau d’une source en la prenant dans un verre, comme on transforme sa main en la mettant dans une autre. La neige même, qui fut derrière nous l’écran douloureux sur lequel les cristaux des serments fondaient, la neige même était masquée. Dans les cavernes terrestres, des plantes cristallisées cherchaient les décolletés de la sortie.Ténèbres abyssales toutes tendues vers une confusion éblouissante, je ne m’apercevais pas que ton nom devenait illusoire, qu’il n’était plus que sur ma bouche et que, peu à peu, le visage des tentations apparaissait réel, entier, seul.C’est alors que je me retournais vers toi. * Réunis, chaque fois à jamais réunis, ta voix comble tes yeux comme l’écho comble le ciel du soir. Je descends vers les rivages de ton apparence. Que dis-tu ? Que tu n’as jamais cru être seule, que tu n’as pas rêvé depuis que je t’ai vue, que tu es comme une pierre que l’on casse pour avoir deux pierres plus belles que leur mère morte, que tu étais la femme d’hier et que tu es la femme d’aujourd’hui, qu’il n’y a pas à te consoler puisque tu t’es divisée pour être intacte à l’heure qu’il est.Toute nue, toute nue, tes seins sont plus fragiles que le parfum de l’herbe gelée et ils supportent tes épaules.Toute nue. Tu enlèves ta robe avec la plus grande simplicité. Et tu fermes les yeux et c’est la chute d’une ombre sur un corps, la chute de l’ombre tout entière sur les dernières flammes.Les gerbes des saisons s’écroulent, tu me montres le fond de ton cœur. C’est la lumière de la vie qui profite des flammes qui s’abaissent, c’est une oasis qui profite du désert, que le désert féconde, que la désolation nourrit. La fraîcheur délicate et creuse se substitue aux foyers tournoyants qui te mettaient en tête de me désirer. Au-dessus de toi, ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignement. * Que ne puis-je encore, comme au temps de ma jeunesse, me déclarer ton disciple, que ne suis-je encore convenir avec toi que le couteau et ce qu’il coupe sont bien accordés. Le piano et le silence, l’horizon et l’étendue.Par ta force et par ta faiblesse, tu croyais pouvoir concilier les désaccords de la présence et les harmonies de l’absence, une union maladroite, naïve, et la science des privations. Mais, plus bas que tout, il y avait l’ennui. Que veux-tu que cet aigle aux yeux crevés retienne de nos nostalgies ?Dans les rues, dans les campagnes, cent femmes sont dispersées par toi, tu déchires la ressemblance qui les lie, cent femmes sont réunies par toi et tu ne peux leur donner de nouveaux traits communs et elles ont cent visages, cent visages qui tiennent ta beauté en échec. * Et dans l’unité d’un temps partagé, il y eut soudain tel jour de telle année que je ne pus accepter. Tous les autres jours, toutes les autres nuits, mais ce jour-là j’ai trop souffert. La vie, l’amour avaient perdu leur point de fixation. Rassure-toi, ce n’est pas au profit de quoi que ce soit de durable que j’ai désespéré de notre entente. Je n’ai pas imaginé une autre vie, devant d’autres bras, dans d’autres bras. Je n’ai pas pensé que je cesserais un jour de t’être fidèle, puisque à tout jamais j’avais compris ta pensée et la pensée que tu existes, que tu ne cesses d’exister qu’avec moi.J’ai dit à des femmes que je n’aimais pas que leur existence dépendait de la tienne.Et la vie, pourtant, s’en prenait à notre amour. La vie sans cesse à la recherche d’un nouvel amour, pour effacer l’amour ancien, l’amour dangereux, la vie voulait changer d’amour.Principes de la fidélité... Car les principes ne dépendent pas toujours de règles sèchement inscrites sur le bois blanc des ancêtres, mais de charmes bien vivants, de regards, d’attitudes, de paroles et des signes de la jeunesse, de la pureté, de la passion. Rien de tout cela ne s’efface. * Je m’obstine à mêler des fictions aux redoutables réalités. Maisons inhabitées, je vous ai peuplées de femmes exceptionnelles, ni grasses, ni maigres, ni blondes, ni brunes, ni folles, ni sages, peu importe, de femmes plus séduisantes que possibles par un détail. Objets inutiles, même la sottise qui procéda à votre fabrication me fut une source d’enchantements. Êtres indifférents, je vous ai souvent écoutés, comme on écoute le bruit des vagues et le bruit des machines d’un bateau, en attendant délicieusement le mal de mer. J’ai pris l’habitude des images les plus inhabituelles. Je les ai vues où elles n’étaient pas. Je les ai mécanisées comme mes levers et mes couchers. Les places, comme des bulles de savon, ont été soumises au gonflement de mes joues, les rues à mes pieds l’un devant l’autre et l’autre passe devant l’un, devant deux et fait le total, les femmes ne se déplaçaient plus que couchées, leur corsage ouvert représentant le soleil. La raison, la tête haute, son carcan d’indifférence, lanterne à tête de fourmi, la raison, pauvre mât de fortune pour un homme affolé, le mât de fortune du bateau... voir plus haut. Pour me trouver des raisons de vivre, j’ai tenté de détruire mes raisons de t’aimer. Pour me trouver des raisons de t’aimer, j’ai mal vécu. * Au terme d’un long voyage, peut-être n’irai-je plus vers cette porte que nous connaissons tous deux si bien, je n’entrerai peut-être plus dans cette chambre où le désespoir et le désir d’en finir avec le désespoir m’ont tant de fois attiré. À force d’être un homme incapable de surmonter son ignorance de lui-même et du destin, je prendrai peut-être parti pour des êtres différents de celui que j’avais inventé.À quoi leur servirai-je ?
Je change d’idéeÀ suivre les brises de fil finÀ suivre tes jambes tes mains tes yeuxLa robe habile qui t’inventePour que tu la remplaces. Je change d’idéeTu passes dans la rueDans un ouragan de soleilJe te rencontre je m’arrêteJe suis jeune tu t’en souviens. Je change d’idéeTa bouche est absenteJe ne te parle plus tu dorsIl y a des feux de terreur dans ta nuitUn champ de larmes claires dans tes rêves.Nous ne sommes pas tristes ensembleJe t’oublie. Je change d’idéeTu ne peux pas dormirSur des échelles nonchalantesInterminablementEntre la fleur et le fruitDans l’espaceEntre la fleur et le fruitTu cherches le sommeilLa première gelée blancheEt tu m’oublies. Je change d’idéeTu ris tu joues tu es vivanteEt curieuse un désert se peuplerait pour toiEt j’ai confiance. FiniJe n’ai jamais pu t’oublierNous ne nous quitterons jamaisIl faut donner à la sécuritéLa neige paysanne la meule à ruinesUne mort convenableLe jour en pure perte noie les étoilesA la pointe d’un seul regardDe la même contemplationIl faut brûler le sphinx qui nous ressembleEt ses yeux de saisonEt ses mousses de solitude.
Elle n’est pas là.La femme au tablier guette la pluie aux vitresEn spectacle tous les nuages jouent au plus finUne fillette de peu de poidsPassée au bleuJoue sur un canapé crevéLe silence a des remords. J’ai suivi les murs d’une rue très longueDes pierres des pavés des verduresDe la terre de la neige du sableDes ombres du soleil de l’eauVie apparente Sans oublier qu’elle était làÀ promener un grand jardinÀ becqueter un mûrier blancLa neige de ses rires stérilisait la boueSa démarche était vierge.
Une ou plusieursL’azur couché sur l’orageLa neige sur les oiseauxLes bruits de la peur dans les bois revêches Une ou plusieursDans les coques de glaise on a semé des corbeauxAux ailes fanées au bec de tremblement de terreIls ont cueilli les fantastiques roses rousses de l’orage Une ou plusieursLa collerette du soleilL’immense fraise du soleilSur le goulot d’une clairière Une ou plusieursPlus sensibles à leur enfanceQu’à la pluie et au beau tempsPlus douces à connaîtreQue le sommeil en pente douceLoin de l’ennui Une ou plusieursDans des miroirs câlinsOù leur voix le matin se déchire comme un linge Une ou plusieursFaites de pierre qui s’effriteEt de plume qui s’éparpilleFaites de ronces faites de lin d’alcool d’écumeDe rires de sanglots de négligences de tourments ridiculesFaites de chair et d’yeux véritables sans doute Une ou plusieursAvec tous leurs défauts tous leurs méritesDes femmes Une ou plusieursLe visage ganté de lierreTentantes comme du pain fraisToutes les femmes qui m’émeuventParées de ce que j’ai souhaitéParées de calme et de fraîcheurParées de sel d’eau de soleilDe tendresse d’audace et de mille capricesDe mille chaînes Une ou plusieursDans tous mes rêvesUne nouvelle fleur des boisFleur barbare aux pistils en fagotQui s’ouvre dans le cercle ardent de ses déliresDans la nuit meurtrie Une ou plusieurs Une jeunesse à en mourirUne jeunesse violente inquiète et saturée d’ennuiQu’elle a partagée avec moiSans se soucier des autres.