Comme un oiseau debout dans une armureTête du vent dans une cage obscureComme une épée dressée dans un filetComme un immense amour non partagé Oui je dis oui et c’est non qui l’emporteEt chaque image me revient honteuseJ’ai du courage et je suis prisonnierFaisant l’amour je n’aimais qu’une morte. Bêtement, il se sentit victime d’une injustice. Sans songer que la mort l’avait toujours hanté, et non la sienne, mais celle qui repose au fond de tous les êtres, car ils s’en font une image nécessaire, comme un tremplin qui les projette de l’enfance et de la vieillesse vers la barre équilibrée d’une vie mesurée, féconde. Quelle mouche de sa vieEst la mère des mouches de sa mort. Mouvement inverse d’un temps normal, jusqu’au dur désir de durer. Il se sentit victime, bêtement, victime du temps révolu et du temps à venir.
J’entends encore la voix C’est là que tu aimerasToujours toujours toujours Avoue tu n’avais pas prévu cette minuteQui va t’éterniser Tu ne parviendras plus à t’échapper tu rêvesPense donc si tu peux à un temps sans amour Explique si tu peux pourquoi c’est ce visageEt non un autre qui s’arrête devant toi * J’entends encore la voix Aime aimeEt tu te sentiras devenir comme un chêne Et la forêt sera ton ombreLes oiseaux les étoiles se poseront sur ta tête Tu ne dormiras plus qu’en un autre sommeilEt des yeux sans sommeil veilleront dans les tiens Tu seras comme un fou à l’idée du bonheurTu prendras dans tes bras les branches du soleil * J’entends maintenant la voix Tout ce qu’elle n’a pas ditTout ce que je n’ai pu supposer soupçonner J’entends autour de moi la ronde du silence Tu seras comme un fou à l’idée du malheurComme un fossé dans le désert Comme un malade abandonnéParce qu’il a trop espéré Il t’arrivera peut-être d’être comme un mortVivant tu connaîtras la digestion des vers Jusqu’au point insensibleJusqu’à l’absence souhaitée de tout secret. Il avait jusque-là vécu sans méchanceté. Il devint méchant. Quand il avait envie de pleurer, et il avait presque toujours envie de pleurer, il se sentait le premier venu, ridicule et absurde, lui qui était le dernier venu au chagrin motivé. Alors, il accablait ceux qui l’aimaient de colères et de perfidies. Il ne voulait pas être le moins aimé.Les hautes allées verdoyantes, ensoleillées, s’étant à jamais évanouies, il lui fallut passer par des couloirs noirs et gluants.
Noir c’est mon nom quand je m’éveilleNoir le singe qui me tracasseQui grimace moule à maniesDevant le miroir de ma nuitNoir c’est mon poids de déraisonC’est ma moitié froide pourrie Noir où la flèche s’est plantéeOù le tison a prospéréNoir le gentil corps foudroyéNoir le cœur pur de mon amourNoire la rage aux cheveux blancsÀ la bouche basse et baveuse Cette envie folle de hurlerNe cessera qu’avec ma voixQue sur les charmes de ma tombeOù viendront pleurer mes complicesTous ceux qui m’approuvaient d’aimerEt qui voudraient fêter mon deuil J’étais construit les mains ensembleDoublé de deux mains dans les miennesJ’étais construit avec deux yeuxQui se chargeaient des miens pour voirMais aujourd’hui je sens mes osSe fendre sous le froid parfait Je sens le monde disparaîtreRien ne demeure de nos riresNi de nos nuits ni de nos rêvesEt la rosée est charbonneuseJ’ai trop pleuré la coque est videOù nous ne pouvions qu’être deux Écartez-vous de ma douleurElle vient droit de la poussièreElle nie tous les sacrificesLa mort n’est jamais vertueuseÉcartez-vous si vous avezEnvie de vivre sans mourir Sous vos paupières desséchéesEt dans la boue de vos désirsNoir un zéro s’arrondiraitZéro petit et très immenseQui est capable de gagnerLa souveraine part de l’homme Noir c’est moi seul soyez plus clairs. Savoir en trop savoir lyriqueVolupté de se dévêtirMontre tes seins et ton plaisirMontre tes yeux silencieux Devineresse indifférenteTu connais sagement mon mal Et ta bouche ne le dit pasElle change toujours d’images Et ne reproduit ses baisersQue pour alléger l’univers Je t’en supplie sur mes nuits troublesJette le pont de tes regards Et, par l’entremise des sens, peu à peu renaissait la solidarité. Un ami, une amie et le monde recommence, et la matière informe reprend corps. Une ligne droite passa à travers les poitrines. De nouveau, les hommes se ressemblent, et le malheureux se reprit à leur sourire, d’un sourire peut-être un peu moins aimable qu’avant, mais plus juste, meilleur. Il se reprit à imaginer ce que pourraient être ses frères s’ils détruisaient leur solitude. Il entendit gronder le chant qui montait de la foule compacte. Il n’eut plus honte.Ceux qui l’aimaient étaient légion. Ils allaient boire aux sources, ils travaillaient contre l’effort perdu dans l’ombre. La douleur était surmontée, l’arbre sortait de terre, ses fruits allaient mûrir, tous en seraient nourris.De quoi se mêlaient donc les faiseurs de morale ? Un homme était rendu à ses semblables, un frère légitime. Laissez-moi donc juger de ce qui m’aide à vivreJe donne de l’espoir aux hommes qui sont lasMalgré les joies robustes de l’amour Ils aiment c’est une couronneIls travaillent pour ceux qu’ils aimentC’est une charge de caresses Mais ils travaillent aussi pour vous Toutes les extases de l’amourN’annulent pas cette fatigueQui leur vient du travail en tropPour vous qui n’avez rien à faire Je dénonce l’injusticeEt j’arrache les épinesJe veux effacer les rides Je parle et la porte s’ouvreLaissez-moi donc juger de ce qui m’aide à vivreMon désir de fraîcheur a consumé les fièvresNeige sous le soleil je suis né d’une femmeParfois j’ai sa vertuLe golfe de son ventre fait les hommes libres Vivre c’est partager je hais la solitudeLes liens de la mort me retiennent encoreJe n’embrasse vraiment personne comme avantLe pain était un signe de félicitéLe bon pain qui nous rend plus chaud notre baiser Le seul abri possible c’est le monde entierVivre aujourd’hui pour moi c’est répondre aux énigmesEt nier la douleur aveugle de naissanceToujours en pure perte étoile sans éclatVivre se perdre afin de retrouver les hommes Que la pâleur du fleuve efface le ruisseauQue les yeux merveilleux voient chaque chose en placeLa misère effacée et les regards en ordreUn ordre grandissant de graine en fleur en arbreUn vif échafaudage étayant l’univers L’enfant rajeunissant d’homme en homme et riant.
Peuple grec peuple roi peuple désespéréTu n’as plus rien à perdre que la libertéTon amour de la liberté de la justiceEt l’infini respect que tu as de toi-même Peuple roi tu n’es pas menacé de mourirTu es semblable à ton amour tu es candideEt ton corps et ton cœur ont faim d’éternitéPeuple roi tu as cru que le pain t’était dû Et que l’on te donnait honnêtement des armesPour sauver ton honneur et rétablir ta loiPeuple désespéré ne te fie qu’à tes armesOn t’en a fait la charité fais-en l’espoir Oppose cet espoir à la lumière noireÀ la mort sans pardon qui n’a plus pied chez toiPeuple désespéré mais peuple de hérosPeuple de meurt-de-faim gourmands de leur patrie Petit et grand à la mesure de son tempsPeuple grec à jamais maître de tes désirsLa chair et l’idéal de la chair conjuguésLes désirs naturels la liberté le pain La liberté pareille à la mer au soleilLe pain pareil aux dieux le pain qui joint les hommesLe bien réel et lumineux plus fort que toutPlus fort que la douleur et que nos ennemis.
à mes amis exigeants Si je vous dis que le soleil dans la forêtEst comme un ventre qui se donne dans un litVous me croyez vous approuvez tous mes désirs Si je vous dis que le cristal d’un jour de pluieSonne toujours dans la paresse de l’amourVous me croyez vous allongez le temps d’aimer Si je vous dis que sur les branches de mon litFait son nid un oiseau qui ne dit jamais ouiVous me croyez vous partagez mon inquiétude Si je vous dis que dans le golfe d’une sourceTourne la clé d’un fleuve entr’ouvrant la verdureVous me croyez encore plus vous comprenez Mais si je chante sans détours ma rue entièreEt mon pays entier comme une rue sans finVous ne me croyez plus vous allez au désert Car vous marchez sans but sans savoir que les hommesOnt besoin d’être unis d’espérer de lutterPour expliquer le monde et pour le transformer D’un seul pas de mon cœur je vous entraîneraiJe suis sans forces j’ai vécu je vis encoreMais je m’étonne de parler pour vous ravirQuand je voudrais vous libérer pour vous confondreAussi bien avec l’algue et le jonc de l’auroreQu’avec nos frères qui construisent leur lumière.
La boulangerie n’est pas construite de pain blancPas plus que n’est la rue ouverte au plein soleilLes plus petits bistrotsS’offrent très rarement la pâture d’un ivrogneIls ont de mauvaises dentsEt de mauvaises manières malgré leurs bénéfices Rue grise boulangerie dédorée cafés froidsBouches amères fronts fermésEt trois passants pressés de rentrer au logisQuel logis je l’ai pénétréEt le connais profond lugubreNous sommes bien mal installés Rue grise la vertu s’y boit comme un verre d’eau saumâtreLe bonheur n’a pas pied dans ma rueRue grise veine grise sur un bras maladeOn y boit on y mange on y circule aussi peu qu’il le fautOn y vit sous la suie et sous l’ennui de vivre Brouillard de rue idée de rue idée de rienOù les camions écrasent quand même de temps en temps un cycliste un enfantEt c’est un événement de voir du sang sur les pavésDe voir dans la boue la mutation d’un être vivantDe le voir reverdir avant de se faner Le soleil je ne risque rien je n’ai fait qu’en parlerParler est peu de chose l’eau le gaz et l’électricitéEt manger à sa faim seraient plus lumineuxAvoir la peau brunie et manger à sa gourmandiseJe n’en ai même pas parlé Dire qu’il y en a eu qui chantaient dieu glorieuxIl y en a eu qui s’aimaient nus sans piédestauxOù donc est la muraille poétique du bien-êtreQue nous la renversionsEt que nous prenions pied dans ce monde impossibleOù l’on sourit toujours sur la bouche des autres La fatigue nous passe au bleu et ce n’est pas le bleu célesteLe mois de mai nous fait l’aumôneLes lilas blancs et les muguets nous font l’aumôneMais notre femme passe au bleuElle qui nous aimait pourtant passionnémentEt comme il faut aimer très intelligemment Nous fûmes à la source et la mer n’est pas loinJe sais puissions-nous tous savoir que la mesure est combleNous ne voulons plus avoir froidDans nos os et dans nos penséesPrenons couleur contre malheur prenons bonheur contre injusticeTout est éternel rien n’est éternel nous sommes Nous déracinerons notre rue inutileEt nous la porterons pour qu’elle y meureDans le délire dans le sanctuaire de nos maîtres.
Qui n’a pas vu les ruines du GhettoNe connaît pas le destin de son corpsQuand mort le fête et que son cœur pourritQuand son unique absence fait le vide Pour qui a vu les ruines du GhettoLes faits humains ne sont pas à refaireTout doit changer sinon la mort s’installeMort est à vaincre ou bien c’est le désert Or c’est ici que se montre le monstreFier de sortir du cœur même de l’hommeDe l’homme enchaîné de l’homme rompuQui ne voit plus clair qui ne pense plus Le Ghetto mort son ombre est sous le monstreMais son courage fut d’amours communesD’amours passées qui renaîtront futuresNouées fleuries de tête et de racines Et sous le ciel ployant de VarsovieLa longue peine et la souffrance insigneDéfont refont un rêve de bonheurL’espoir compose un arc-en-ciel des routes L’homme en terre fait place à l’homme sur la terre.
Sœurs d’espérance ô femmes courageusesContre la mort vous avez fait un pacteCelui d’unir les vertus de l’amour Ô mes sœurs survivantesVous jouez votre viePour que la vie triomphe Le jour est proche ô mes sœurs de grandeurOù nous rirons des mots guerre et misèreRien ne tiendra de ce qui fut douleur Chaque visage aura droit aux caresses.