Je dormais couchée sur le ventreJ’avais conscience de mon ventre Le ciel pesant coulait en moiPar mille graines de blé vif Par mille oiseaux exténuésEt qui se cachent pour mourir. * Le bruit l’odeur le feu venaient fermer leurs ailesDans ma gorge écrasée dans le puits de mes mains Le feu le froid l’azur rassemblaient mes épaulesLa verdure tremblait dans mon sang prisonnier J’étouffais de soleil j’étais noyée d’air purL’abus du cœur et de la chair m’anéantit * Bientôt je limitai le ciel je me fermaiProfonde je souffris de la boue et des pierres Tout encombrée de mes racines infiniesJe retrouvai le dur labeur de mon passé Ma cécité mon ignorance de l’espaceL’inavouable progrès des murs multipliés. * Mes beaux yeux séparés du mondeOù sont les morts suis-je vivante Je voudrais répéter le mondeEt non plus être ombre d’une ombre Mes beaux yeux rendez-moi visibleJe ne veux pas finir en moi.
Elle rêve et de qui rêve-t-elle de moiDans les draps de ses yeux qui rêve sinon moi Dans ses yeux la durée s’accroche à l’être humainMon règne dans ses yeux s’accorde à tous les règnes Le monde est sur la table des métamorphoses. * Elle ne rêve pas d’un homme mais de moiQui suis monstre et vertu animal et principe Tout entier en plein ciel et tout entier sur terreMais qu’elle se dénude autour de mon désir Et ma foudre devient humidité féconde. * Les corps terrestres sont des règles de sagesseIls ont conquis le droit d’aimer et d’être aimé Seul l’éclat d’un soleil peut en éteindre un autreEt je n’ai de visage que pour ceux que j’aime Je bats des ailes je m’affole je m’épuiseMon plumage vieillit je blanchis comme un os Le vide m’obscurcit je retourne à mon œufVainqueur réduit à rien abeille sans son miel Mais un filet de sang survit à la victoire.
Mon corps s’éveille je suis jeune et belleEt je murmure un air de mon enfance Sur un lit doux mon corps comme un aimantDessine un ciel d’étoiles vues en songe Tous m’ont perdue je ne suis à personnePourtant je suis comme un miroir tournantJ’offre mon rire aux conquêtes faciles Mes seins ont l’âge d’être caressésComme une cloche par l’orage atroceComme un pain rare par qui n’a plus faim Je puis borner la puissance des dieuxEt mettre à bas leur imagination Être mortelle en me reproduisantÊtre éternelle en détruisant le temps Je rougirai quand le froid me prendraEt je serai de neige dans les flammes. * Lèvre à lèvre la nuit l’auroreHaut sur ma cuisse un baiser chanteMes éléments me font vivanteMon corps n’est pas une prison Au fond du gouffre je rayonneAu fond du verger je suis mûreAu fond de la mer je suis nueNue comme nulle et toute en rien Lèvre à lèvre la nuit l’auroreJe dis ce que je suis mon sexeComme un sourire après les larmesSoleil humain entre deux ombres Comme une rosée de faiblesseDans le flot noir de tout mon sangPôle inutile honneur sauvéHonneur est le fils du plaisir Passée au feu la fleur fragileNe change pas plus que ma boucheElle est l’objet des heures creusesLa cruche pleine de désir Je peins en or le sacrificeJ’orne la honte d’impudeurJe suis le vitrail où la cendreFait bégayer ligne et couleur. * Le ciel remue je n’ai pas peur je rêveLe ciel remue et le lac de mon corpsReflète un cygne de nuages calmesIl est massif ses plumes sont mouillées Je sens son bec son bec est d’un rapaceIl a ma bouche et moi j’ai sa droiturePour mieux jouir au paradis terrestrePourtant jour clair nuit étonnante foudre Ô bonne chair amenuisée entièreMangée chérie j’ai le sens de la vieParlez parlez j’ai le sens du silenceJ’étais rouillée mais je reviens à neuf Le ciel pervers est neuf pour la chair tendreUne auréole enrobe mes prunellesBête sauvage j’ai réduit ton cielÀ mon désir nous sommes confondus J’enfante un couple double et je suis seule.
Je suis une femme ingrateNon pas phosphorescente de reconnaissanceMais oublieuse et versatileUne femme de bon sens Je souffle en l’air les bulles de ma vigneElles reviennent en moi pour éclaterDiaprées de lune et de soleilElles me contentent Je suis la vie et il n’y a rien d’autreMes grands-pères mon père et mes fils me possèdentLe rire de ma mère aboutit à mes fillesElles ordonnent mes caresses Ce cygne je l’enchante et je lui tords le couJe suis bien plus forte que luiIl n’est qu’un de mes animauxQu’un épi de ma gerbe Mes yeux ma langue et l’odeur de ma peauLèvent d’autres oiseaux à tous les horizonsIl ne m’a pas baisée sur le front l’innocentNul ne me baise sur le front Mais oui ma rose blanche tu ne fus qu’un moyenMes cuisses te cernèrent mon ventre t’absorbaPauvre petit cygne geléTes ailes n’étaient pas d’un dieu J’ai moi des ailes tout en feu.