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Paul Eluard
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À toute épreuve

Paul Eluard

24 poèmes

Les fruits du jour

Paul Éluard

Les fruits du jour couvés par la terre Une femme une seule ne dort pas Les fenêtres sont couchées.

Une femme chaque nuit

Paul Éluard

Une femme chaque nuit Voyage en grand secret.

Villages de la lassitude

Paul Éluard

Villages de la lassitude Où les filles ont les bras nus Comme des jets d’eau La jeunesse grandit en elles Et rit sur la pointe des pieds.
Villages de la lassitude Où tous les êtres sont pareils.

Des insectes entrent ici

Paul Éluard

Des insectes entrent ici Ombres grésillantes du feu Une flamme toute rouillée Éclabousse le sommeil Son lit de chair et ses vertus.

Je veux t’embrasser je t’embrasse

Paul Éluard

Je veux t’embrasser je t’embrasse Je veux te quitter tu t’ennuies Mais aux limites de nos forces Tu revêts une armure plus dangereuse qu’une arme.

La montagne la mer et la belle baigneuse

Paul Éluard

La montagne la mer et la belle baigneuse Dans la maison des pauvres Sur le ciel fané qui leur tient lieu d’ombrage Se dissimulent mille et mille lampes sombres.
Un champ de reflets joint les larmes Ferme les yeux Tout est comblé.
À la suite des images La masse de la lumière roule vers d’autres rêves.

Le corps et les honneurs profanes

Paul Éluard

Le corps et les honneurs profanes Incroyable conspiration Des angles doux comme des ailes.
— Mais la main qui me caresse C’est mon rire qui l’ouvre C’est ma gorge qui la retient Qui la supprime.
Incroyable conspiration Des découvertes et des surprises.

Fantôme de ta nudité

Paul Éluard

Fantôme de ta nudité Fantôme enfant de ta simplicité Dompteur puéril sommeil charnel De libertés imaginaires.

Une chanson de porcelaine bat des mains

Paul Éluard

Une chanson de porcelaine bat des mains Puis en morceaux mendie et meurt Tu te souviendras d’elle pauvre et nue Matin des loups et leur morsure est un tunnel D’où tu sors en robe de sang
À rougir de la nuit Que de vivants à retrouver Que de lumières à éteindre Je t’appellerai Visuelle Et multiplierai ton image

Désarmée

Paul Éluard

Désarmée Elle ne se connaît plus d’ennemis.

Il fait clair je me suis couvert

Paul Éluard

Il fait clair je me suis couvert Comme pour sortir du jour
Colère sous le signe atroce De la jalousie l’injustice La plus savante
Fais fuir ce ciel sombre Casse ses vitres Donne-les à manger aux pierres
Ce faux ciel sombre Impur et lourd.

J’admirais descendant vers toi

Paul Éluard

J’admirais descendant vers toi L’espace occupé par le temps Nos souvenirs me transportaient
Il te manque beaucoup de place Pour être toujours avec moi.

Il est extrêmement touchant

Paul Éluard

Il est extrêmement touchant De ne pas savoir s’exprimer D’être trop évidemment responsable Des erreurs d’un inconnu Qui parle une langue étrangère D’être au jour et dans les yeux fermés D’un autre qui ne croit qu’à son existence.
Les merveilles des ténèbres à gagner Invisibles mais libératrices Tout entières dans chaque tête Folles de solitude Au déclin de la force et de la forme humaine Et tout est dans la tête Aussi bien la force mortelle que la forme humaine Et tout ce qui sépare un homme de lui-même La solitude de tous les êtres

Gagner au jeu du profil

Paul Éluard

Gagner au jeu du profil Qu’un oiseau reste dans ses ailes.

Par leur intelligence et leur adresse

Paul Éluard

Par leur intelligence et leur adresse Une existence normale
Par leur étrange goût du risque Un chemin mystérieux
À ce jeu dangereux L’amertume meurt à leurs pieds.

Le sang coulant sur les dalles

Paul Éluard

Le sang coulant sur les dalles Me fait des sandales Sur une chaise au milieu de la rue J’observe les petites filles créoles Qui sortent de l’école en fumant la pipe.

Les arbres blancs les arbres noirs

Paul Éluard

Les arbres blancs les arbres noirs Sont plus jeunes que la nature Il faut pour retrouver ce hasard de naissance Vieillir.

Peut-il se reposer celui qui dort

Paul Éluard

Peut-il se reposer celui qui dort Il ne voit pas la nuit ne voit pas l’invisible II a de grandes couvertures Et des coussins de sang sur des coussins de boue
Sa tête est sous les toits et ses mains sont fermées Sur les outils de la fatigue Il dort pour éprouver sa force La honte d’être aveugle dans un si grand silence.
Aux rivages que la mer rejette Il ne voit pas les poses silencieuses Du vent qui fait entrer l’homme dans ses statues Quand il s’apaise.
Bonne volonté du sommeil D’un bout à l’autre de la mort.

À propos de Paul Eluard

Tous les recueils de Paul Eluard

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Les fruits du jourPaul Éluard · Voix de synthèse
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