Dévêtue et le front purTu t’abats comme une hacheÉtincelante et d’un poidsÀ faire se lever le plomb Entends le rubis écloreLa turquoise se fanerTa bouche séduit ton visageEt ton corps peut venirBattant comme un cœur.
Où sont la mûre et la prunelleLime varech âpres délicesEt l’enfance qui sait errerSur des épines plus petitesQue le bois ramassé pour rienOù sont les noixDont on ne casse pas la coqueOù est la bête au manteau froidLa lie de la mort des fruitsQui fertilisera les nèfles Un vent très douxS’affale sur les fleurs trop mûresAzure le sein du cassisS’enivre de l’odeur des coings Est-ce la transparente mueQui déçoit les voleurs dans l’arbreVa-t-on donner son sang pour rire Le rêve manger l’immangeableSortir fier d’un palais penaud
Ce soleil qui gémit dans mon passéN’a pas franchi le seuilDe ma main de tes mains campagneOù renaissaient toujoursL’herbe les fleurs des promenadesLes yeux toutes leurs heuresOn s’est promis des paradis et des tempêtesNotre image a gardé nos songes Ce soleil qui supporte la jeunesse ancienneNe vieillit pas il est intolérableIl me masque l’azur profond comme un tombeauQu’il me faut inventerPassionnémentAvec des mots.
Tous devaient l’un à l’autre une nudité tendreDe ciel et d’eau d’air et de sableTous oubliaient leur apparenceEt qu’ils s’étaient promis de ne rien voir qu’eux-mêmes.
La dernière l’hirondelleÀ tresser une corbeillePour retenir la lumièreLa dernière à dessinerCet œil déserté Dans la paume du villageLe soir vient manger les grainesDu sommeil animal Bonne nuit à la pensée Et j’appelle le silencePar son plus petit nom.
Entre la porte et le sommeil de ceux qui, tout à l’heure, ne voulaient pas dormir — remâchaient un murmure plein de petits os, autant de mots de passe dans une veille fluide — un peuple dénaturé perpétue la présence humaine. Voici le liseron, la capucine, le volubilis, frais échappés d’un déjeuner de soleil, de beaux cuirs usés, des fourrures animées, des étoffes à reflet, des chaises, des outils actifs, justifiés, l’aspirine et le fer à friser, le miroir et le paysage en forme de carte à jouer.Ceux qui dorment, chacun de leur côté, séparés par des murs immondes, verrouillés, intouchables, sont réunis par les images commodes que le monde extérieur leur a données d’eux-mêmes.