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Paul Eluard
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Les mains libres

Paul Eluard

8 poèmes

L’arbre-rose

Paul Éluard

L’année est bonne la terre enfle Le ciel déborde dans les champs Sur l’herbe courbe comme un ventre La rosée brûle de fleurir.

Les sens

Paul Éluard

Dévêtue et le front pur Tu t’abats comme une hache Étincelante et d’un poids À faire se lever le plomb
Entends le rubis éclore La turquoise se faner Ta bouche séduit ton visage Et ton corps peut venir Battant comme un cœur.

Main et fruits

Paul Éluard

Où sont la mûre et la prunelle Lime varech âpres délices Et l’enfance qui sait errer Sur des épines plus petites Que le bois ramassé pour rien Où sont les noix Dont on ne casse pas la coque Où est la bête au manteau froid La lie de la mort des fruits Qui fertilisera les nèfles
Un vent très doux S’affale sur les fleurs trop mûres Azure le sein du cassis S’enivre de l’odeur des coings
Est-ce la transparente mue Qui déçoit les voleurs dans l’arbre Va-t-on donner son sang pour rire
Le rêve manger l’immangeable Sortir fier d’un palais penaud

Les yeux stériles

Paul Éluard

Elle est comme un bourgeon L’espace de la flamme Candide elle a l’arôme D’amoureux enlacés.

Belle main

Paul Éluard

Ce soleil qui gémit dans mon passé N’a pas franchi le seuil De ma main de tes mains campagne Où renaissaient toujours L’herbe les fleurs des promenades Les yeux toutes leurs heures On s’est promis des paradis et des tempêtes Notre image a gardé nos songes
Ce soleil qui supporte la jeunesse ancienne Ne vieillit pas il est intolérable Il me masque l’azur profond comme un tombeau Qu’il me faut inventer Passionnément Avec des mots.

La plage

Paul Éluard

Tous devaient l’un à l’autre une nudité tendre De ciel et d’eau d’air et de sable Tous oubliaient leur apparence Et qu’ils s’étaient promis de ne rien voir qu’eux-mêmes.

Où se fabriquent les crayons

Paul Éluard

La dernière l’hirondelle À tresser une corbeille Pour retenir la lumière La dernière à dessiner Cet œil déserté
Dans la paume du village Le soir vient manger les graines Du sommeil animal
Bonne nuit à la pensée
Et j’appelle le silence Par son plus petit nom.

Les amis

Paul Éluard

Entre la porte et le sommeil de ceux qui, tout à l’heure, ne voulaient pas dormir — remâchaient un murmure plein de petits os, autant de mots de passe dans une veille fluide — un peuple dénaturé perpétue la présence humaine. Voici le liseron, la capucine, le volubilis, frais échappés d’un déjeuner de soleil, de beaux cuirs usés, des fourrures animées, des étoffes à reflet, des chaises, des outils actifs, justifiés, l’aspirine et le fer à friser, le miroir et le paysage en forme de carte à jouer. Ceux qui dorment, chacun de leur côté, séparés par des murs immondes, verrouillés, intouchables, sont réunis par les images commodes que le monde extérieur leur a données d’eux-mêmes.

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

L’arbre-rosePaul Éluard · Voix de synthèse
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