On ne mène pas la vacheÀ la verdure rase et sèche,À la verdure sans caresses. L’herbe qui la reçoitDoit être douce comme un fil de soie,Un fil de soie doux comme un fil de lait. Mère ignorée,Pour les enfants ce n’est pas le déjeuner,Mais le lait sur l’herbe. L’herbe devant la vache,L’enfant devant le lait.
Les poissons, les nageurs, les bateauxTransforment l’eau.L’eau est douce et ne bougeQue pour ce qui la touche. Le poisson avanceComme un doigt dans un gant,Le nageur danse lentementEt la voile respire. Mais l’eau douce bougePour ce qui la touche,Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateauQu’elle porteEt qu’elle emporte.
La rue est bientôt là,À la rue le cheval. Plus beau que le corbeauIl lui faut un chemin. Fine jambe, léger hérosQui suit son maître vers le repos. La rue est bientôt là :On y court, on y marche, on y trotte,On s’y arrête.
La pierre rebondit sur l’eau,La fumée n’y pénètre pas.L’eau, telle une peauQue nul ne peut blesserEst caresséePar l’homme et par le poisson. Claquant comme corde d’arc,Le poisson, quand l’homme l’attrape,Meurt, ne pouvant avalerCette planète d’air et de lumière. Et l’homme sombre au fond des eauxPour le poissonOu pour la solitude amèreDe l’eau souple et toujours close.