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Paul Eluard
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Le dur désir de durer

Paul Eluard

4 poèmes

Ordre et désordre de l’amour

Paul Éluard

Je citerai pour commencer les éléments Ta voix tes yeux tes mains tes lèvres
Je suis sur terre y serais-je Si tu n’y étais aussi
Dans ce bain qui fait face À la mer à l’eau douce
Dans ce bain que la flamme A construit dans nos yeux
Ce bain de larmes heureuses Dans lequel je suis entré Par la vertu de tes mains Par la grâce de tes lèvres
Ce premier état humain Comme une prairie naissante
Nos silences nos paroles La lumière qui s’en va La lumière qui revient L’aube et le soir nous font rire
Au cœur de notre corps Tout fleurit et mûrit
Sur la paille de ta vie Où je couche mes vieux os
Où je finis.

Corps idéal

Paul Éluard

Sous le ciel grand ouvert la mer ferme ses ailes Aux flancs de ton sourire un chemin part de moi
Rêveuse toute en chair lumière toute en feu Aggrave mon plaisir annule l’étendue
Hâte-toi de dissoudre et mon rêve et ma vue.

Ici

Paul Éluard

Une rue abandonnée Une rue profonde et nue Où les fous ont moins de peine Que les sages à pourvoir Aux jours sans pain sans charbon
C’est une question de taille Tant de sages pour un fou Mais rien par-delà l’immense Majorité du bon sens Un jour cru sans proportions
La rue comme une blessure Qui ne se fermera pas Le dimanche l’élargit Le ciel est un ciel d’ailleurs Roi d’un pays étranger
Un ciel rose un ciel heureux Respirant beauté santé Sur la rue sans avenir Qui coupe mon cœur en deux Qui me prive de moi-même
Dans la rue de rien personne.

Notre mouvement

Paul Éluard

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses Le jour est paresseux mais la nuit est active Un bol d’air à midi la nuit le filtre et l’use La nuit ne laisse pas de poussière sur nous
Mais cet écho qui roule tout le long du jour Cet écho hors du temps d’angoisse ou de caresses Cet enchaînement brut des mondes insipides Et des mondes sensibles son soleil est double
Somme-nous près ou loin de notre conscience Où sont nos bornes nos racines notre but
Le long plaisir pourtant de nos métamorphoses Squelettes s’animant dans les murs pourrissants Les rendez-vous donnés aux formes insensées À la chair ingénieuse aux aveugles voyants
Les rendez-vous donnés par la face au profil Par la souffrance à la santé par la lumière À la forêt par la montagne à la vallée Par la mine à la fleur par la perle au soleil
Nous sommes corps à corps nous sommes terre à terre Nous naissons de partout nous sommes sans limites.

À propos de Paul Eluard

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Paul Eluard. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Ordre et désordre de l’amourPaul Éluard · Voix de synthèse
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