Nulle rupture : la lumière et la conscience m’accablent d’autant de mystères, de misères que la nuit et les rêves
Paul Éluard
Naissance de la nuit
Étoile de la rose
Secouant ses reflets
Voici dans un miroir
Qu’une lampe comme un matin d’hiver s’avance
Trébuchante
Bientôt brisée
Ayant laissé tomber sa toilette de fauve
La tempête la prend mourante au sein d’un fou
Roi des marais
Roi des brouillards
Qui chantait les vendanges d’une lune immense
Dans le four du miroir cuit le pain de la lampe
La peur de ne pouvoir conserver dans la nuit
Ce qui bouge et qui change
La peur de ne pouvoir vivre la nuit
Dans des draps éternels
Lumière propre aux rêves d’être malgré soi
Laborieux espoir de ne pas dire l’heure
Mais le temps innocent.
Aveugle imaginaire sans mémoire
Le fou dans l’ombre fidèle au sang
Aux flammes d’ombre
Œil de brouillard
Œil de marais
Albâtre mûr
Et les reflets de la chaleur
La lumière qui s’enferme
Fenêtre
Sous la peau du miroir bat le cœur de la lampe
Fenêtre
Hier encore
Des portraits
Étaient à la fenêtre
À guetter l’arrivée de la lumière reine
Fenêtre
Hier encore
Des portraits défendaient les murs de la maison
Barrant tous les chemins nocturnes du délire
Retenant le fou en proie au vertige
Parmi ses pierres
Choisir
Ou ce refuge sans couleurs
Ou le sable fin de la chute
Et le ruisseau de sang qui va s’éteindre
Et le ruisseau de nuit qui bercera sous terre
Des mains seules des yeux seuls
Le crâne comme une montagne
Que personne ne gravira
Ou ce refuge sans vertu
Qu’envoûte une lampe inutile
Cette inondation de rides de manies
De regards mornes partagés par un miroir infâme
Ces monotones pas du cœur dans l’avenir
Les peurs les doutes l’ignorance imperméable
Plus rien qu’un méchant crépuscule.