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Paul Eluard

Règnes

Paul Éluard

I Tôt sur la terre un gentil rire Jeune fille aux durs sabots Éclaire-nous de ta peau Le soleil nu de ton visage Mouvement de roue et de ruche Pèse doux dans le jardin De nos mains amoureuses. II La plus faible en ce bas monde C’est la caprice la blonde. III Notre maison autour de ta beauté Notre maison en or le jour La nuit se vêt de velours noir Toujours mêmes parfums de grand amour Le feu dans de tendres caveaux Y est taillé à mille faces Riant d’un rire sans grimaces Dénouant notre solitude Ah que nous font les premiers les derniers Tous nos pareils sont sur le même rang Au large vivant de ce grand amour Des fleurs et des graines de ta beauté. IV Ma foi en toi est si bien entourée De terre et d’eau si bien couverte De soleil frais et de nuit claire Que je te vois rêver vivre et dormir Avec tes yeux. V La douce chair recueillie aujourd’hui Par grâce perd sa robe avant la nuit Et la lumière en elle est perpétuée. VI La maison s’éleva comme un arbre fleurit Sous les paumes du vent une aurore de briques Tendit haut son filet de bouches réunies Un mur gagnait un mur des chutes de lumière Creusèrent leur chemin la sève circula Le toit scella le ciel la fenêtre s’ouvrit. VII Construire il y a d’autres jeux Sous l’herbe ardente cherche l’ombre La terre encombre le jardin Une mine de fleurs s’amasse. VIII Les fleurs les feuilles les épines Redevinrent visibles Les bourgeons et la rosée Virent le jour Sur le fleuve de mai Une voile écarlate Fit battre le pouls du vent Sous couleur de vie et d’espace Sous forme de légers nuages Sans un frisson Le sein de l’aube consentait. IX Jeune arbre idole mince et nue Unique source caresse haute. X Sur un pré blanc des nuages blancs Descendent corriger la terre L’azur est à peine plus fort Tous les regards vont s’éclaircir Délivrer la nature blanche. XI Il fait une nuit de moineaux Que le feu déchire et dévore.
RègnesPaul Éluard · Voix de synthèse
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