Passer
Paul Éluard
Le tonnerre s’est caché derrière des mains noires
Le tonnerre s’est pendu à la porte majeure
Le feu des fous n’est plus hanté le feu est misérable
L’orage s’est coulé dans le tombeau des villes
S’est bordé de fumées s’est couronné de cendres
Le vent paralysé écrase les visages
La lumière a gelé les plus belles maisons
La lumière a fendu le bois la mer les pierres
Le linge des amours dorées est en charpie
La pluie a renversé la lumière et les fleurs
Les oiseaux les poissons se mêlent dans la boue
La pluie a parcouru tous les chemins du sang
Effacé le dessin qui menait les vivants.