Aller au poème
Paul Eluard

Vivre

Paul Éluard

Nous avons tous deux nos mains à donner Prenez ma main je vous conduirai loin J’ai vécu plusieurs fois mon visage a changé À chaque seuil à chaque main que j’ai franchis Le printemps familial renaissait Gardant pour lui pour moi sa neige périssable La mort et la promise La future aux cinq doigts serrés et relâchés Mon âge m’accordait toujours De nouvelles raisons de vivre par autrui Et d’avoir en mon cœur le sang d’un autre cœur Ah le garçon lucide que je fus et que je suis Devant la blancheur des faibles filles aveugles Plus belles que la lune blonde fine usée Par le reflet des chemins de la vie Chemin des mousses et des arbres Du brouillard et de la rosée Du jeune corps qui ne monte pas seul À sa place sur terre Le vent le froid la pluie le bercent L’été en fait un homme Présence ma vertu dans chaque main visible La seule mort c’est solitude De délice en furie de furie en clarté Je me construis entier à travers tous les êtres À travers tous les temps au sol et dans les nues Saisons passantes je suis jeune Et fort à force d’avoir vécu Je suis jeune et mon sang s’élève sur mes ruines Nous avons nos mains à mêler Rien jamais ne peut mieux séduire Que notre attachement l’un à l’autre forêt Rendant la terre au ciel et le ciel à la nuit À la nuit qui prépare un jour interminable.
VivrePaul Éluard · Voix de synthèse
0:000:00