Aller au poème
Paul Eluard

Crier

Paul Éluard

Ici l’action se simplifie J’ai renversé le paysage inexplicable du mensonge J’ai renversé les gestes sans lumière et les jours impuissants J’ai par-dessus terre jeté les propos lus et entendus Je me mets à crier Chacun parlait trop bas parlait et écrivait Trop bas J’ai reculé les limites du cri L’action se simplifie Car j’enlève à la mort cette vue sur la vie Qui lui donnait sa place devant moi D’un cri Tant de choses ont disparu Que rien jamais ne disparaîtra plus De ce qui mérite de vivre Je suis bien sûr maintenant que l’été Chante sous les portes froides Sous des armures opposées Les saisons brûlent dans mon cœur Les saisons les hommes leurs astres Tout tremblants d’être si semblables Et mon cri nu monte une marche De l’immense escalier de joie Et ce feu nu qui m’alourdit Me rend ma force douce et dure Ainsi voici mûrir un fruit Brûlant de froid givré de sueur Voici la place généreuse Où ne dorment que les rêveurs Le temps est beau crions plus fort Pour que les rêveurs dorment mieux Enveloppés dans des paroles Qui font le beau temps dans mes yeux Je suis bien sûr qu’à tout moment Aïeul et fils de mes amours De mon espoir Le bonheur jaillit de mon cri Pour la recherche la plus haute Un cri dont le mien soit l’écho.
CrierPaul Éluard · Voix de synthèse
0:000:00