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Paul Eluard

« La poésie doit avoir pour but la vérité pratique »

Paul Éluard

à mes amis exigeants Si je vous dis que le soleil dans la forêt Est comme un ventre qui se donne dans un lit Vous me croyez vous approuvez tous mes désirs Si je vous dis que le cristal d’un jour de pluie Sonne toujours dans la paresse de l’amour Vous me croyez vous allongez le temps d’aimer Si je vous dis que sur les branches de mon lit Fait son nid un oiseau qui ne dit jamais oui Vous me croyez vous partagez mon inquiétude Si je vous dis que dans le golfe d’une source Tourne la clé d’un fleuve entr’ouvrant la verdure Vous me croyez encore plus vous comprenez Mais si je chante sans détours ma rue entière Et mon pays entier comme une rue sans fin Vous ne me croyez plus vous allez au désert Car vous marchez sans but sans savoir que les hommes Ont besoin d’être unis d’espérer de lutter Pour expliquer le monde et pour le transformer D’un seul pas de mon cœur je vous entraînerai Je suis sans forces j’ai vécu je vis encore Mais je m’étonne de parler pour vous ravir Quand je voudrais vous libérer pour vous confondre Aussi bien avec l’algue et le jonc de l’aurore Qu’avec nos frères qui construisent leur lumière.
« La poésie doit avoir pour but la vérité pratique »Paul Éluard · Voix de synthèse
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