Égolios
Paul Éluard
J’entends encore la voix
C’est là que tu aimeras
Toujours toujours toujours
Avoue tu n’avais pas prévu cette minute
Qui va t’éterniser
Tu ne parviendras plus à t’échapper tu rêves
Pense donc si tu peux à un temps sans amour
Explique si tu peux pourquoi c’est ce visage
Et non un autre qui s’arrête devant toi
*
J’entends encore la voix
Aime aime
Et tu te sentiras devenir comme un chêne
Et la forêt sera ton ombre
Les oiseaux les étoiles se poseront sur ta tête
Tu ne dormiras plus qu’en un autre sommeil
Et des yeux sans sommeil veilleront dans les tiens
Tu seras comme un fou à l’idée du bonheur
Tu prendras dans tes bras les branches du soleil
*
J’entends maintenant la voix
Tout ce qu’elle n’a pas dit
Tout ce que je n’ai pu supposer soupçonner
J’entends autour de moi la ronde du silence
Tu seras comme un fou à l’idée du malheur
Comme un fossé dans le désert
Comme un malade abandonné
Parce qu’il a trop espéré
Il t’arrivera peut-être d’être comme un mort
Vivant tu connaîtras la digestion des vers
Jusqu’au point insensible
Jusqu’à l’absence souhaitée de tout secret.
Il avait jusque-là vécu sans méchanceté. Il devint méchant. Quand il avait envie de pleurer, et il avait presque toujours envie de pleurer, il se sentait le premier venu, ridicule et absurde, lui qui était le dernier venu au chagrin motivé. Alors, il accablait ceux qui l’aimaient de colères et de perfidies. Il ne voulait pas être le moins aimé.
Les hautes allées verdoyantes, ensoleillées, s’étant à jamais évanouies, il lui fallut passer par des couloirs noirs et gluants.