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Paul Eluard

Une image revient à qui l’a mise au monde

Paul Éluard

Elle rêve et de qui rêve-t-elle de moi Dans les draps de ses yeux qui rêve sinon moi Dans ses yeux la durée s’accroche à l’être humain Mon règne dans ses yeux s’accorde à tous les règnes Le monde est sur la table des métamorphoses. * Elle ne rêve pas d’un homme mais de moi Qui suis monstre et vertu animal et principe Tout entier en plein ciel et tout entier sur terre Mais qu’elle se dénude autour de mon désir Et ma foudre devient humidité féconde. * Les corps terrestres sont des règles de sagesse Ils ont conquis le droit d’aimer et d’être aimé Seul l’éclat d’un soleil peut en éteindre un autre Et je n’ai de visage que pour ceux que j’aime Je bats des ailes je m’affole je m’épuise Mon plumage vieillit je blanchis comme un os Le vide m’obscurcit je retourne à mon œuf Vainqueur réduit à rien abeille sans son miel Mais un filet de sang survit à la victoire.
Une image revient à qui l’a mise au mondePaul Éluard · Voix de synthèse
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