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Paul Eluard

Léda plus vive possédée que la nature

Paul Éluard

Mon corps s’éveille je suis jeune et belle Et je murmure un air de mon enfance Sur un lit doux mon corps comme un aimant Dessine un ciel d’étoiles vues en songe Tous m’ont perdue je ne suis à personne Pourtant je suis comme un miroir tournant J’offre mon rire aux conquêtes faciles Mes seins ont l’âge d’être caressés Comme une cloche par l’orage atroce Comme un pain rare par qui n’a plus faim Je puis borner la puissance des dieux Et mettre à bas leur imagination Être mortelle en me reproduisant Être éternelle en détruisant le temps Je rougirai quand le froid me prendra Et je serai de neige dans les flammes. * Lèvre à lèvre la nuit l’aurore Haut sur ma cuisse un baiser chante Mes éléments me font vivante Mon corps n’est pas une prison Au fond du gouffre je rayonne Au fond du verger je suis mûre Au fond de la mer je suis nue Nue comme nulle et toute en rien Lèvre à lèvre la nuit l’aurore Je dis ce que je suis mon sexe Comme un sourire après les larmes Soleil humain entre deux ombres Comme une rosée de faiblesse Dans le flot noir de tout mon sang Pôle inutile honneur sauvé Honneur est le fils du plaisir Passée au feu la fleur fragile Ne change pas plus que ma bouche Elle est l’objet des heures creuses La cruche pleine de désir Je peins en or le sacrifice J’orne la honte d’impudeur Je suis le vitrail où la cendre Fait bégayer ligne et couleur. * Le ciel remue je n’ai pas peur je rêve Le ciel remue et le lac de mon corps Reflète un cygne de nuages calmes Il est massif ses plumes sont mouillées Je sens son bec son bec est d’un rapace Il a ma bouche et moi j’ai sa droiture Pour mieux jouir au paradis terrestre Pourtant jour clair nuit étonnante foudre Ô bonne chair amenuisée entière Mangée chérie j’ai le sens de la vie Parlez parlez j’ai le sens du silence J’étais rouillée mais je reviens à neuf Le ciel pervers est neuf pour la chair tendre Une auréole enrobe mes prunelles Bête sauvage j’ai réduit ton ciel À mon désir nous sommes confondus J’enfante un couple double et je suis seule.
Léda plus vive possédée que la naturePaul Éluard · Voix de synthèse
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