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Paul Eluard

Léda dans son premier sommeil

Paul Éluard

Je dormais couchée sur le ventre J’avais conscience de mon ventre Le ciel pesant coulait en moi Par mille graines de blé vif Par mille oiseaux exténués Et qui se cachent pour mourir. * Le bruit l’odeur le feu venaient fermer leurs ailes Dans ma gorge écrasée dans le puits de mes mains Le feu le froid l’azur rassemblaient mes épaules La verdure tremblait dans mon sang prisonnier J’étouffais de soleil j’étais noyée d’air pur L’abus du cœur et de la chair m’anéantit * Bientôt je limitai le ciel je me fermai Profonde je souffris de la boue et des pierres Tout encombrée de mes racines infinies Je retrouvai le dur labeur de mon passé Ma cécité mon ignorance de l’espace L’inavouable progrès des murs multipliés. * Mes beaux yeux séparés du monde Où sont les morts suis-je vivante Je voudrais répéter le monde Et non plus être ombre d’une ombre Mes beaux yeux rendez-moi visible Je ne veux pas finir en moi.
Léda dans son premier sommeilPaul Éluard · Voix de synthèse
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