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Paul Eluard

Ce que n’en pensa pas Léda

Paul Éluard

Je suis une femme ingrate Non pas phosphorescente de reconnaissance Mais oublieuse et versatile Une femme de bon sens Je souffle en l’air les bulles de ma vigne Elles reviennent en moi pour éclater Diaprées de lune et de soleil Elles me contentent Je suis la vie et il n’y a rien d’autre Mes grands-pères mon père et mes fils me possèdent Le rire de ma mère aboutit à mes filles Elles ordonnent mes caresses Ce cygne je l’enchante et je lui tords le cou Je suis bien plus forte que lui Il n’est qu’un de mes animaux Qu’un épi de ma gerbe Mes yeux ma langue et l’odeur de ma peau Lèvent d’autres oiseaux à tous les horizons Il ne m’a pas baisée sur le front l’innocent Nul ne me baise sur le front Mais oui ma rose blanche tu ne fus qu’un moyen Mes cuisses te cernèrent mon ventre t’absorba Pauvre petit cygne gelé Tes ailes n’étaient pas d’un dieu J’ai moi des ailes tout en feu.
Ce que n’en pensa pas LédaPaul Éluard · Voix de synthèse
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