Jungle
Paul Éluard
La prison pendait lamentablement
La prison dormait
D’implacables négresses glissaient dans les tentures
Descendaient les torrents
Ardente laine en vrac menée par la nuit lourde
Ainsi qu’en barque à peine adroite une aventure
La prison petit bois des îles
Aux confins du linge humide
De la sueur de la peur
Corne penchée sur les femmes
Et sous la voûte au cœur sombre
Sur les femmes dansant fines
Leurs seins nus cachant l’été
Le ciel où le drapeau de l’été est planté
Dans la prison des paroles à vif
Des paroles aujourd’hui fortes et dangereuses
Des paroles demain fortes et exigeantes
Justes nous triomphons distraits nous périssons
Mais rire sous couleur de ne pas prendre feu
Rire au seul souvenir des femmes
Chaudes et veuves dans la nuit molle.