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Paul Eluard

L’aube dissout les monstres

Paul Éluard

Ils ignoraient Que la beauté de l’homme est plus grande que l’homme Ils vivaient pour penser ils pensaient pour se taire Ils vivaient pour mourir ils étaient inutiles Ils recouvraient leur innocence dans la mort Ils avaient mis en ordre Sous le nom de richesse Leur misère leur bien-aimée Ils mâchonnaient des fleurs et des sourires Ils ne trouvaient de cœur qu’au bout de leur fusil Ils ne comprenaient pas les injures des pauvres Des pauvres sans soucis demain Des rêves sans soleil les rendaient éternels Mais pour que le nuage se changeât en boue Ils descendaient ils ne faisaient plus tête au ciel Toute leur nuit leur mort leur belle ombre misère Misère pour les autres Nous oublierons ces ennemis indifférents Une foule bientôt Répétera la claire flamme à voix très douce La flamme pour nous deux pour nous seuls patience Pour nous deux en tout lieu le baiser des vivants.
L’aube dissout les monstresPaul Éluard · Voix de synthèse
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