Comme deux gouttes d’eau
Paul Éluard
De tout ce que j’ai dit de moi que reste-t-il
J’ai conservé de faux trésors dans des armoires vides
Un navire inutile joint mon enfance à mon ennui
Mes jeux à la fatigue
Un départ à mes chimères
La tempête à l’arceau des nuits où je suis seul
Une île sans animaux aux animaux que j’aime
Une femme abandonnée à la femme toujours nouvelle
En veine de beauté
La seule femme réelle
Ici ailleurs
Donnant des rêves aux absents
Sa main tendue vers moi
Se reflète dans la mienne
Je dis bonjour en souriant
On ne pense pas à l’ignorance
Et l’ignorance règne
Oui j’ai tout espéré
Et j’ai désespéré de tout
De la vie de l’amour de l’oubli du sommeil
Des forces des faiblesses
On ne me connaît plus
Mon nom mon ombre sont des loups.
*
Filles de rien prêtes à tout
Sœurs des fleurs sans racines
Sœurs des enfants rebelles
Minuscules
Indifférentes
Réduites à l’intelligence
À la raison à en mourir
Réduites dans vos secrets
Étrangères délaissées
Mes lointaines compagnes
Aux chairs sentimentales
Belles à peine belles mais toujours belles
Plus simples que le malheur
Plus précieuses que la beauté
De vos lèvres abattues
De votre sourire effondré
Vous me confiez vos poisons
Ô mithridatisées
Et j’oppose à l’amour
Des images toutes faites
Au lieu d’images à faire.