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Paul Eluard

Je sors des caves de l’angoisse

Paul Éluard

Je sors des caves de l’angoisse Des courbes lentes de la peur Je tombe dans un puits de plumes Pavots je vous retrouve Sans y songer Dans un miroir fermé Vous êtes aussi beaux que des fruits Et si lourds ô mes maîtres Qu’il vous faut des ailes pour vivre Ou mes rêves. L’enfance reste chez elle À rougir de ses devoirs À mériter la vie Avec ses jeux de toutes les couleurs Ses cahiers tondus ses plumiers acides Une main se ferme se pose Les mains de l’enfant Comme des grenouilles. Mais voici que s’abat se dresse se dandine La poussière arrogante Sans carcasse toute de charmes La toute pelée la curieuse Un palais la salue la reçoit l’accompagne Avec sa façade avec le grand livre d’origine Avec les clés qui sont une offense aux murailles Les rideaux soulevés du sourire À croire aussi que le triple dedans N’est pas mesuré par les rides. La plus petite course du lézard Dément toutes les précautions La plus petite mort du bois Quand la hache casse le fil Et délivre un oiseau Le coup d’ailes de la surprise. L’armature des rousses éclatante parure Et ce mépris pour toutes les plantes souterraines Pour bénir les poisons pour honorer les fièvres Les sources sont couronnées d’ombre Le corps partage ses conquêtes Mais sa jeunesse est au secret. Pavots renoncez-vous Au dur trajet des graines.
Je sors des caves de l’angoissePaul Éluard · Voix de synthèse
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