Un rêve où tout est inventé
Paul Éluard
à Luc Decaunes
Dans la brume des statues se dessinent
Molles et dorées molles et charnelles
Elles prennent l’air
Étoiles fondues d’humaines étoiles
Dans le linge simple et blanc du matin
Des statues douces comme des fruits blets
Ayant conservé leur forme sacrée
Leur écœurement leur fièvre cachée
Leur souffle torride
Au mépris d’un arbre éteint par l’hiver
Boire est en l’honneur
D’un jour envahi dès la première heure
Velours des statues mouillé de vin doux
Les faveurs nouées des bras et des cous
Sont à la santé d’une aile immobile
Corps délibérés rêves satisfaits
Immense repos vaste nudité
D’une chair hostile à la chair des bêtes
Sans frissons sans rien que l’angle majeur
Du règne établi
Ce qu’il faut voir à travers ce dédale
Du temps non vécu
C’est l’œil de l’herbe et quelques doigts de terre
Pour justifier le plomb de l’azur vert
Le pur fardeau d’un geste vers les astres.