Aller au poème
Paul Eluard

À Pablo Picasso

Paul Éluard

I Bonne journée j’ai revu qui je n’oublie pas Qui je n’oublierai jamais Et des femmes fugaces dont les yeux Me faisaient une haie d’honneur Elles s’enveloppèrent dans leurs sourires Bonne journée j’ai vu mes amis sans soucis Les hommes ne pesaient pas lourd Un qui passait Son ombre changée en souris Fuyait dans le ruisseau J’ai vu le ciel très grand Le beau regard des gens privés de tout Plage distante où personne n’aborde Bonne journée journée qui commença mélancolique Noire sous les arbres verts Mais qui soudain trempée d’aurore M’entra dans le cœur par surprise. II Montrez-moi cet homme de toujours si doux Qui disait les doigts font monter la terre L’arc-en-ciel qui se noue le serpent qui roule Le miroir de chair où perle un enfant Et ces mains tranquilles qui vont leur chemin Nues obéissantes réduisant l’espace Chargées de désirs et d’images L’une suivant l’autre aiguilles de la même horloge Montrez-moi le ciel chargé de nuages Répétant le monde enfoui sous mes paupières Montrez-moi le ciel dans une seule étoile Je vois bien la terre sans être ébloui Les pierres obscures les herbes fantômes Ces grands verres d’eau ces grands blocs d’ambre des paysages Les jeux du feu et de la cendre Les géographies solennelles des limites humaines Montrez-moi aussi le corsage noir Les cheveux tirés les yeux perdus De ces filles noires et pures qui sont d’ici de passage et d’ailleurs à mon gré Qui sont de fières portes dans les murs de cet été D’étranges jarres sans liquide toutes en vertus Inutilement faites pour des rapports simples Montrez-moi ces secrets qui unissent leurs tempes À ces palais absents qui font monter la terre.
À Pablo PicassoPaul Éluard · Voix de synthèse
0:000:00