Aller au poème
Paul Eluard

Mes heures

Paul Éluard

Je fus homme je fus rocher Je fus rocher dans l’homme homme dans le rocher Je fus oiseau dans l’air espace dans l’oiseau Je fus fleur dans le froid fleuve dans le soleil Escarboucle dans la rosée Fraternellement seul fraternellement libre. I Tout au long des branches Mes feuilles renaissent Mon chemin est couronné De bien-être ensoleillé. II Pauvre chaleur grande lumière Regard s’éclairant du dehors Petite terre feu sublime Qui nourrit la vue au lointain. III Sur l’herbe j’oublie ma terre Ma voix a changé d’espoir Fleurs et bêtes tremblent dans l’air Où retentit le premier chant. IV Le froid le ciel diluent le vent Le soleil blanc me fait sourire Comme un filet d’eau Fait sourire un pré. V Ma fenêtre aux belles plumes Allume la porte sèche Et je verse l’innocence Sur la tête de mon chien. VI Retraite brouillée De l’herbe charnue Du ciel clair reflux De la sève des routes. VII Que je vive pour que l’arbre Ne perde pas ses feuilles Pour que le cœur de l’eau batte Pour que le jour revienne. VIII L’astre ou l’aube voir ou toucher Les visages qui se marient Suivre d’un trait illuminé Le cours d’un masque variable. IX Un pilier entre douze S’est abattu splendeur D’un habit porté Une seule fois. X Je n’ai pas de mémoire Et je suis maladroit Autour du lit fatal Chaque objet est nouveau. XI Amertume écume morte L’ombre comble le fossé Glacé qui coupe le monde Je défends la part gagnée. XII Je t’enferme chaque soir Flamme naine souveraine De l’humide maison noire Tu me rends à mon espace À la forme de mon corps.
Mes heuresPaul Éluard · Voix de synthèse
0:000:00