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Hai Zi
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Œuvres complètes

Hai Zi

13 poèmes

La Réponse

Champ de blé, les gens te voient, sentent que tu es tiède et beau. Mais moi je me dresse, debout, au centre de ta question douloureuse. Je suis brûlé par toi, je me dresse sur un rayon douloureux de soleil.
Champ de blé, questionneur mystérieux !
Quand je me dresse souffrant devant toi tu ne peux pas dire que je n’ai rien, tu ne peux pas dire que mes mains sont vides.

L'automne

L’automne avance, dans la maison des dieux les aigles se réunissent. Sur la terre natale des dieux, les aigles lancent des paroles. L’automne avance, le roi écrit des poèmes. Dans ce monde l’automne avance. Ce qu’on obtient n’est pas encore obtenu. Ce qu’on va perdre est déjà perdu.

L'interrogatoire

Sur le champ de blé vert courent la neige et les rayons du soleil.
Poète, tu ne peux t’acquitter de cette amitié du champ et des rayons du soleil. Un vœu, une bonté et tu ne peux pas t’en acquitter.
Tu ne peux pas t’acquitter d’un astre irradiant de lumière qui se calcine sur ta tête solitairement.

Hymne à la nuit dédié à la fille de la nuit

La nuit se lève de la terre, masque le ciel lumineux et la terre déserte après la moisson. La nuit se lève de l’intérieur de toi.
Tu viens de loin, je vais au loin. Ici se croisent de longs chemins. Le ciel ne possède rien, comment pourtant me console-t-il ?
La terre déserte après la moisson. On fait la récolte de l’année, on coupe les céréales, on traîne le cheval. Profondément enterrés les gens demeurent dans les champs.
Le râteau scintille, la paille s’entasse pour le feu, les graines s’amassent dans le grenier de la nuit. Le grenier est très sombre, très silencieux, très opulent et très déserté. Dans la moisson je vois les yeux de Thanatos.
Les oiseaux, comme des gouttes noires de pluie, volent et pénètrent la nuit dans le crépuscule. La nuit ne possède rien, comment pourtant me console-t-elle ?
Je marche sur le chemin, je chante tout haut, le vent souffle au-delà de la colline. En haut, c’est le ciel. Immense.

Face à la mer

Dès demain, je m’engage à être un homme heureux : nourrir les chevaux, fendre le bois, parcourir le monde dès demain, j’aurai souci du grain et des légumes je possèderai une maison, face à la mer au printemps doux s’ouvrent les fleurs
Dès demain j’écrirai à tous mes proches, je leur dirai mon bonheur ce que les foudres de cette félicité m’ont dit à chaque homme je le dirai
pour chaque rivière, pour chaque montagne je choisirai un nom qui tiendra chaud Etranger ! sur toi aussi je porte ma faveur je te souhaiterai un avenir éclatant, que la vie te destine à celle que tu aimes, qu’en ce monde de poussière tu captures le bonheur
pour moi, je veux seulement que face à la mer au printemps doux s’ouvrent les fleurs

Je Réclame : la pluie

Je réclame qu’on éteigne la lumière du fer cru, la lumière de l’aimée et le soleil je réclame qu’il pleuve je réclame de mourir dans la nuit
je réclame qu’au matin tu tombes sur celui qui m’enterrera
la poussière des années est sans bord en automne je réclame : qu’il tombe une pluie à me nettoyer les os
mes yeux se ferment je réclame : la pluie la pluie est l’erreur de toute une vie la pluie est péripéties et vicissitudes

Le Cygne

Dans la nuit, j’entends au loin des cygnes survoler un pont et l’eau du fleuve dans mon corps répond
ils survolent les terres de ma naissance, les terres du soir quand un cygne se blesse mais seule la brise est au courant qu’il est déjà blessé lorsque lui vole encore
mais lourde est l’eau dans mon corps comme ces battants de porte accrochés aux maisons leur vol passe au dessus d’un pont lointain je ne puis leur répondre d’un vol gracieux
ils passent comme la neige, rafale sur le cimetière mais dans la neige, nulle route menant à ma porte -le corps est sans portes- il n’y a que des doigts plantés au cimetière, comme dix bougies meurtries par le froid
sur mes terres, mes terres de naissance un cygne se blesse comme le chant d’un air d’autrefois

Soleil d'été

Été si cette rue n’a pas de cordonnier
alors pieds nus debout sous le soleil je regarderai le soleil
j’ai idée que les enfants de plein jour sont sûrement nés d’un fait exprès
te voilà dans ce monde tu veux le voir le soleil
et avec ta bien-aimée marcher dans la rue
(une équipe d’ouvriers tout à fait bien fume des cigarettes à midi)
soleil d’été soleil
quand jadis le Christ est entré dans le monde lui aussi il a grandi sous ce soleil

La solitude à Changping

La solitude est une bourriche est l’eau de source dans la bourriche plongée dans l’eau de source
la solitude est le roi des cerfs dormant dans l’eau de source et le chasseur qu’il rêve ou encore cet homme qui avec la bourriche puise de l’eau
et d’autres solitudes sont deux fils dans la barque de cyprès et toutes les filles, qui autour des poèmes classiques des mûriers du chanvre du Yuan du Xiang des feuilles mortes se perdent dans leur amour ils sont dans la bourriche flammèches tombées au fond de l’eau
tirée sur la rive c’est toujours une bourriche la solitude ne peut se dire

Juillet n'est pas loin

Juillet n’est pas loin la naissance des sexes n’est pas loin l’amour n’est pas loin – sous le museau du cheval le lac est salé
donc le lac de Qinghai n’est pas loin les amas de ruches au bord du lac m’ont fait paraître triste et charmant : dans l’herbe verte s’ouvrent partout des fleurs sauvages
sur le lac de Qinghai ma solitude est comme un cheval du paradis (donc, les chevaux du paradis ne sont pas loin)
moi je suis un grand sentimental : la fleur sauvage que chantent les poèmes la seule fleur vénéneuse dans le ventre d’un cheval du paradis (lac de Qinghai, éteins mon amour !)
ni fleurs sauvages ni tiges vertes ne sont loin, ni les vieux noms de famille dans la boîte du médecin (vous autres enfants prodigues, déjà guéris et de retour au pays d’origine, je pars maintenant vous rejoindre)
donc à franchir monts et fleuves la mort n’est pas loin des os pendent partout de mon corps comme des branches sur l’eau bleue
ah, lac de Qinghai, eau qui s’étend dans le crépuscule tout est comme devant mes yeux !
seuls les vols d’oiseaux du mai de la vie sont partis depuis longtemps seul le premier oiseau qui a bu de ma pierre précieuse est parti depuis longtemps seul reste le lac de Qinghai, cadavre de pierre précieuse eau qui s’étend dans le crépuscule

Champs de blé en mai

Frères du monde entier qu’ils s’embrassent dans le champ de blé Est, Sud, Nord et Ouest quatre frères dans un champ de blé, bons frères se rappelant le passé récitant leurs propres poèmes qu’ils s’embrassent dans le champ de blé
parfois je m’assieds seul dans le champ de blé en mai et rêve de tous mes frères à voir les galets de mon pays natal rouler sur la rive le crépuscule est là toujours à la courbure du ciel parsemant la terre de villages tristes parfois je m’assieds seul dans le champ de blé et récite pour mes frères des poèmes chinois les yeux perdus, les lèvres perdues

Au printemps dix Haizi

Au printemps, dix Haizi ont tous ressuscité dans un paysage lumineux ils raillent cet Haizi sauvage et triste : pourquoi donc as-tu dormi si longtemps ?
au printemps, dix Haizi grondent sourdement dansent, chantent autour de toi et de moi te tirent les cheveux, t’enfourchent, partent au galop, et vole la poussière ta douleur à être fendu se répandra sur toute la terre
au printemps, de ces Haizi sauvages et tristes il ne reste qu’un, le dernier enfant de la nuit, plongé dans l’hiver, épris de la mort dont il ne peut se défaire, adorant les villages vides et froids
là les tas de grain montent haut, cachent les fenêtres il s’en utilise la moitié pour la bouche, le manger et l’estomac d’une famille de six et l’autre moitié pour la culture, leur propre reproduction un grand vent souffle d’est en ouest, du nord au sud, sans égard pour la nuit ni l’aube que veut-elle donc dire l’aurore dont tu parles ?

Bronze d'Asie

Bronze d’Asie, bronze d’Asie Grand-père est mort ici, Père est mort ici, moi aussi je mourrai ici tu es le seul endroit où enterrer
bronze d’Asie, bronze d’Asie oiseau épris de doute, épris de vol, la mer noie tout Mais tes maîtres sont les herbes, qui logent sur leur propre hanche ténue, et gardent la paume et le secret des fleurs sauvages
bronze d’Asie, bronze d’Asie vois-tu ? Ces deux colombes blanches sont les sandales blanches perdues par Qu Yuan sur la grève à nous – nous et le fleuve ensemble – de nous les mettre aux pieds
bronze d’Asie, bronze d’Asie ayant battu tambour, nous nommons lune le cœur qui danse dans le noir cette lune avant tout c’est toi

À propos de Hai Zi

Tous les recueils de Hai Zi

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Hai Zi. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

La RéponseHai Zi · Voix de synthèse
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