Champ de blé,les gens te voient,sentent que tu es tièdeet beau.Mais moi je me dresse, debout, au centre de ta question douloureuse.Je suis brûlé par toi,je me dresse sur un rayon douloureux de soleil. Champ de blé,questionneur mystérieux ! Quand je me dresse souffrant devant toitu ne peux pas dire que je n’ai rien,tu ne peux pas dire que mes mains sont vides.
L’automne avance, dans la maison des dieux les aigles se réunissent.Sur la terre natale des dieux, les aigles lancent des paroles.L’automne avance, le roi écrit des poèmes.Dans ce monde l’automne avance.Ce qu’on obtient n’est pas encore obtenu.Ce qu’on va perdre est déjà perdu.
Sur le champ de blé vertcourent la neige et les rayons du soleil. Poète, tu ne peux t’acquitterde cette amitié du champ et des rayons du soleil.Un vœu,une bontéet tu ne peux pas t’en acquitter. Tu ne peux pas t’acquitterd’un astre irradiant de lumièrequi se calcine sur ta têtesolitairement.
La nuit se lève de la terre,masque le ciel lumineux et la terre déserte après la moisson.La nuit se lève de l’intérieur de toi. Tu viens de loin, je vais au loin.Ici se croisent de longs chemins.Le ciel ne possède rien,comment pourtant me console-t-il ? La terre déserte après la moisson.On fait la récolte de l’année,on coupe les céréales, on traîne le cheval.Profondément enterrésles gens demeurent dans les champs. Le râteau scintille, la paille s’entasse pour le feu,les graines s’amassent dans le grenier de la nuit.Le grenier est très sombre, très silencieux, très opulentet très déserté. Dans la moisson je vois les yeux de Thanatos. Les oiseaux, comme des gouttes noires de pluie,volent et pénètrent la nuit dans le crépuscule.La nuit ne possède rien,comment pourtant me console-t-elle ? Je marche sur le chemin,je chante tout haut,le vent souffle au-delà de la colline.En haut, c’est le ciel. Immense.
Dès demain, je m’engage à être un homme heureux :nourrir les chevaux, fendre le bois, parcourir le mondedès demain, j’aurai souci du grain et des légumesje possèderai une maison, face à la merau printemps doux s’ouvrent les fleurs Dès demain j’écrirai à tous mes proches,je leur dirai mon bonheurce que les foudres de cette félicité m’ont dità chaque homme je le dirai pour chaque rivière, pour chaque montagne je choisiraiun nom qui tiendra chaudEtranger ! sur toi aussi je porte ma faveurje te souhaiterai un avenir éclatant,que la vie te destine à celle que tu aimes,qu’en ce monde de poussière tu captures le bonheur pour moi, je veux seulement que face à la merau printemps doux s’ouvrent les fleurs
Je réclame qu’on éteignela lumière du fer cru, la lumière de l’aimée et le soleilje réclame qu’il pleuveje réclamede mourir dans la nuit je réclame qu’au matintu tombes surcelui qui m’enterrera la poussière des années est sans borden automneje réclame :qu’il tombe une pluieà me nettoyer les os mes yeux se fermentje réclame :la pluiela pluie est l’erreur de toute une viela pluie est péripéties et vicissitudes
Dans la nuit, j’entends au loin des cygnes survoler un pontet l’eau du fleuve dans mon corpsrépond ils survolent les terres de ma naissance, les terres du soirquand un cygne se blessemais seule la brise est au courantqu’il est déjà blessé lorsque lui vole encore mais lourde est l’eau dans mon corpscomme ces battants de porte accrochés aux maisonsleur vol passe au dessus d’un pont lointainje ne puis leur répondre d’un vol gracieux ils passent comme la neige, rafale sur le cimetièremais dans la neige, nulle route menant à ma porte-le corps est sans portes- il n’y a que des doigtsplantés au cimetière, comme dix bougies meurtries par le froid sur mes terres,mes terres de naissanceun cygne se blessecomme le chant d’un air d’autrefois
Étési cette rue n’a pas de cordonnier alors pieds nusdebout sous le soleil je regarderai le soleil j’ai idée que les enfants de plein joursont sûrement nés d’un fait exprès te voilà dans ce mondetu veux le voir le soleil et avec ta bien-aiméemarcher dans la rue (une équipe d’ouvriers tout à fait bienfume des cigarettes à midi) soleil d’étésoleil quand jadis le Christ est entré dans le mondelui aussi il a grandi sous ce soleil
La solitude est une bourricheest l’eau de source dans la bourricheplongée dans l’eau de source la solitude est le roi des cerfs dormant dans l’eau de sourceet le chasseur qu’il rêveou encore cet homme qui avec la bourriche puise de l’eau et d’autres solitudessont deux fils dans la barque de cyprèset toutes les filles, qui autour des poèmes classiques des mûriers du chanvredu Yuan du Xiang des feuilles mortesse perdent dans leur amourils sont dans la bourriche flammèchestombées au fond de l’eau tirée sur la rive c’est toujours une bourrichela solitude ne peut se dire
Juillet n’est pas loinla naissance des sexes n’est pas loinl’amour n’est pas loin – sous le museau du chevalle lac est salé donc le lac de Qinghai n’est pas loinles amas de ruches au bord du lacm’ont fait paraître triste et charmant :dans l’herbe verte s’ouvrent partout des fleurs sauvages sur le lac de Qinghaima solitude est comme un cheval du paradis(donc, les chevaux du paradis ne sont pas loin) moi je suis un grand sentimental : la fleur sauvage que chantent les poèmesla seule fleur vénéneuse dans le ventre d’un cheval du paradis(lac de Qinghai, éteins mon amour !) ni fleurs sauvages ni tiges vertes ne sont loin, ni les vieux noms de familledans la boîte du médecin(vous autres enfants prodigues, déjà guériset de retour au pays d’origine, je pars maintenant vous rejoindre) donc à franchir monts et fleuves la mort n’est pas loindes os pendent partout de mon corpscomme des branches sur l’eau bleue ah, lac de Qinghai, eau qui s’étend dans le crépusculetout est comme devant mes yeux ! seuls les vols d’oiseaux du mai de la vie sont partis depuis longtempsseul le premier oiseau qui a bu de ma pierre précieuse est parti depuis longtempsseul reste le lac de Qinghai, cadavre de pierre précieuseeau qui s’étend dans le crépuscule
Frères du monde entierqu’ils s’embrassent dans le champ de bléEst, Sud, Nord et Ouestquatre frères dans un champ de blé, bons frèresse rappelant le passérécitant leurs propres poèmesqu’ils s’embrassent dans le champ de blé parfois je m’assieds seuldans le champ de blé en mai et rêve de tous mes frèresà voir les galets de mon pays natal rouler sur la rivele crépuscule est là toujours à la courbure du cielparsemant la terre de villages tristesparfoisje m’assieds seul dans le champ de blé et récite pour mes frères des poèmeschinoisles yeux perdus, les lèvres perdues
Au printemps, dix Haizi ont tous ressuscitédans un paysage lumineuxils raillent cet Haizi sauvage et triste :pourquoi donc as-tu dormi si longtemps ? au printemps, dix Haizi grondent sourdementdansent, chantent autour de toi et de moite tirent les cheveux, t’enfourchent, partent au galop, et vole la poussièreta douleur à être fendu se répandra sur toute la terre au printemps, de ces Haizi sauvages et tristesil ne reste qu’un, le dernierenfant de la nuit, plongé dans l’hiver, épris de la mortdont il ne peut se défaire, adorant les villages vides et froids là les tas de grain montent haut, cachent les fenêtresil s’en utilise la moitié pour la bouche, le manger et l’estomac d’une famillede sixet l’autre moitié pour la culture, leur propre reproductionun grand vent souffle d’est en ouest, du nord au sud, sans égard pour lanuit ni l’aubeque veut-elle donc dire l’aurore dont tu parles ?
Bronze d’Asie, bronze d’AsieGrand-père est mort ici, Père est mort ici, moi aussi je mourrai icitu es le seul endroit où enterrer bronze d’Asie, bronze d’Asieoiseau épris de doute, épris de vol, la mer noie toutMais tes maîtres sont les herbes, qui logent sur leur propre hanche ténue,et gardent la paume et le secret des fleurs sauvages bronze d’Asie, bronze d’Asievois-tu ? Ces deux colombes blanches sont les sandales blanches perduespar Qu Yuan sur la grèveà nous – nous et le fleuve ensemble – de nous les mettre aux pieds bronze d’Asie, bronze d’Asieayant battu tambour, nous nommons lune le cœur qui danse dans le noircette lune avant tout c’est toi