££°°Quant j’euz ouy ce present mandement :£Qu’on semonnoit venir, de par l’Acteur,£Le dessusdict, j’ay pensé fermement£De moy trouver, et en prins l’adventure,£Comme celuy, de droicte nature,£Vouloit de ce faire narration,£A celle fin qu’il en fust mention,£A ung chascun, pour le temps advenir,£Qui s’attendent et ont intention£Que les respeues les viendront secourir.££°°Mais ce secours est d’anciennement£De tous repas le chief, et par droicture ;£Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,£Le treuvent bon, et aultres n’en ont cure,£Et ne cerchent tant que l’argent leur dure,£Mais font du leur si grant destruction,£Qu’ilz en entrent en la subjection£De faire aux dens l’arquemie, sans faillir,£En attendant, pour toute production,£Que les repeues les viendront secourir.££°°J’en ay congneu, qui souvent largement£Donnoyent à tous repeues outre mesure ;£Qui depuis ont continuellement£Servy le Pont-à-Billon, par droicture,£Dont la façon a esté à maint dure,£En leur grant dueil et tribulation ;£Mais lors n’avoyent nulle remission,£Combien que ce leur fist le cueur fremir,£Ilz n’attendoyent aultre succession,£Que les repeues les viendront secourir.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, pour ce que ne me puis tenir£Que de telz faitz ne face mention,£Puisque à mon temps les ay veu avenir,£J’en vueil faire quelque narration,£Et escripre, soubz la correction£Des escoutans, affin d’en souvenir,£La présente nouvelle invention,£Que les repeues les viendront secourir.£££
£°°Qui en a est le bien venu ;£Qui n’en a point, l’en n’en tient compte,£Cil qui en a est bien congneu,£Cil qui n’en a point vit à honte.£Qui paye l’on exauce et monte£Jusque au tiers ciel, pour en prester :£Son honneur tout aultre surmonte,£Par force de bien acquester.££°°Quand entendismes les estatz£De telz dissimulations,£Congnoissant les hauts et les bas,£Par toutes abreviations,£Nous mismes, sans sommations,£Aux champs, par bois et par taillis,£Pour congnoistre les fictions,£Qui se font souvent à Paris.££°°Pource que chacun maintenoit£Que c’estoit la ville du monde£Qui plus de peuple soustenoit,£Et où maintz estranges abonde,£Pour la grant science parfonde£Renommée en icelle ville,£Je partis, et veulx qu’on me tonde,£S’à l’entrée avois croix ne pille.££°°Il estoit temps de se coucher,£Et ne sçavoye où heberger ;£D’ung logis me vins approcher,£°°Sçavoir s’on m’y vouldroit loger,£En disant : « Avez à menger ? »£L’hoste me respondit : « Si ay. »£Lors luy priay, pour abréger :£« Apportez-le donc devant moy. »££°°Je fus servy passablement,£Selon mon estat et ma sorte,£Et pensant, à part moy, comment£Je cheviroye avec l’hoste,£Je m’avisé que, soubz ma cotte,£Avois une espée qui bien trenche :£Je la lairray, qu’on ne me l’oste,£En gaige de la repeue franche.££°°L’espée estoit toute d’acier,£Il ne s’en failloit que le fer ;£Mais l’hoste la me fist machier,£Fourreau et tout, sans fricasser ;£Puis, après, me convint penser£De repaistre, se faim avoye ;£Rien n’y eust valu le tencer :£De leans partis sans monnoye.££<C>L’ACTEUR.</C>££Lendemain, m’aloye enquerant£Pour encontrer Martin Gallant.£Droit en la Salle du Palays£Rencontray, pour mon premier mès,£Tout droit soubz la première porte,£Plusieurs mignons d’estrange sorte,£Que sembloit bien à leur habit£Qu’ilz fussent gens de grant acquit.£Lors vins pour entrer en la Salle :£L’ung y monte, l’aultre devalle.£Là me pourmenoye, de par Dieu,£Regardant l’estat de ce lieu,£Et quand je l’euz bien regardée,£Tant plus la voys tant plus m’agrée ;£Je vis la tant de mirlificques,£Tant d’ameçons et tant d’afficques,£Pour attraper les plus huppez.£Les plus rouges y sont happez ;£A l’ung convient vendre sa terre ;£Maint, sans sainctir, là se detterre,£Partie ou peu en demourra£De tout ce que vaillant aura ;£Cuydant destruyre son voysin£De Poytou, ou de Lymousin,£Ou de quelque aultre nation,£Maint en est en destruction,£Et fault, ains partir de léans,£Qu’ilz facent l’arquemye aux dens.£On emprunte, qui a credit,£Tout ainsi que devant est dict.£Quand leur argent fort s’appetisse,£Lors leur est la repeue propice,£Et lors cerchent (plus n’en doubtez),£Hault et bas et de tous costez,£Comme on verra par demonstrances£En ce traicté des Repeues franches.££°°Et quant au regard de plusieurs£Aultres repeues, sont escriptes£Affin qu’on preigne les meilleurs,£En lisant, grandes ou petites.£Vous orrez maintz moyens licites£Comment ilz ont esté happez,£Hault et bas, par bonnes conduictes£De ceulx qui les ont attrapez.£££
£Les biens dont vous estes la dame£Ont mon cueur si très fort espris,£Qu’il feust mort, s’il n’eust entrepris£De vous aymer plus que nul ame.££Quant à moy, point je ne l’en blasme,£Pour ce qu’ilz ont de tous le pris£Les biens dont vous estes la dame.££De ce qu’il fault que je vous ayme,£Je sçay trop bien que j’ay mespris ;£Mais qui en doit estre repris ?£Non pas moi. Qui donc ? Sur mon ame,£Les biens dont vous estes la dame.££
£A bien juger mon propre affaire£Et piteux cas, sans riens en taire,£Plus qu’autre croire me debvez,£Se par advanture n’avez£Information de contraire.££Celle ou celluy qui m’a brassé£Ce maulvais los et pourchassé£Me het et ne vous ayme pas ;£Mais il quiert que soye chacié£De vostre amour et effacié.£Je congnois bien telz advocas.££Se vous avez voulu refaire£Leur voulenté pour me deffaire,£Vous faictes mal et me grevez.£Considerez que vous sçavez£Qu’onc vers vous ne voulus meffaire£A bien juger.££
£Une fois me dictes ouy,£En foy de noble et gentil femme ;£Je vous certifie, ma Dame,£Qu’oncques ne fuz tant resjouy.££Veuillez le donc dire selon£Que vous estes benigne et doulche,£Car ce doulx mot n’est pas si long£Qu’il vous face mal en la bouche.££Soyez seure, si j’en jouy,£Que ma lealle et craintive ame£Gardera trop mieulx que nul ame£Vostre honneur. Avez-vous ouy ?£Une fois me dictes ouy.££
£Se mieulx ne vient d’amours, peu me contente ;£Une j’en sers qui est bien suffisante£Pour contenter un grant duc ou un roy.£Je l’ayme bien, mais non pas elle moy ;£Il n’est besoing que de ce je me vante.££Combien qu’elle est de taille belle et gente,£De m’en louer pour ceste heure presente£Pardonnez-moy, car je n’y voy de quoy ;£Se mieulx ne vient d’amours, peu me contente.££Quant je luy dy de mon vouloir l’entente,£Et cueur et corps et biens je luy presente,£Pour tout cela remede je n’y voy.£Deliberé suis, sçavez-vous de quoy ?£De luy quicter et le jeu et l’actente.£Se mieulx ne vient d’amours, peu me contente.££
£Las ! je me plains d’amours et de ma dame,£Et de mes yeulx dont j’ay veu sa beaulté ;£Et oultre plus, je me plains d’une femme£Qui contre moy a le conseil donné£Dont j’ay dejà tant de mal enduré£Qu’il me fauldra, par deffaulte de joye,£Aller criant, comme tout forcené :£Je hez ma dame que tant aymer souloye.££Car se pitié son très doulx cueur n’entame£A me donner ce que j’ay desiré,£J’iray mourir, ainsi qu’ung homme infame,£Tout hors de sens et si desespéré£Qu’après ma mort il en sera parlé£Plus loin dix fois que d’icy en Savoye,£Et lors diray pour plus estre blasmé :£Je hez ma dame que tant aymer souloye.££Se je le dy, je jure sur mon ame£Que ce sera contre ma voulenté.£Je prye à Dieu qu’il n’y puist avoir ame£A celle fin qu’il ne soit raporté.£Car jasoit ce qu’elle m’ait courroucé£Tant qu’on peut plus, cent mille fois mourroye£Avant que j’eusse ne dit ne proferé :£Je hez ma dame que tant aymer souloye.££
££Ung jour advint qu’ung Pelletier£Espousa une belle femme£Qui appetoit le bas mestier,£En faisant recorder sa game.£Le Pelletier, sans penser blasme,£Ne s’en soucioit qu’ung petit :£Mieulx aymoit du vin une dragme,£Que coucher dedens ung beau lit.££°°Ung curé, voyant cest affaire,£De la femme fut amoureux,£Et pensa qu’à son presbytaire£Il maineroit ce maistre gueux.£Il s’en vint à luy tout joyeux,£A celle fin de le tromper,£En disant : « Mon voysin, je veux£Vous donner ennuyt à soupper. »££°°Le Pelletier en fut content,£Car il ne vouloyt que repaistre,£Et alla tout incontinent£Faire grant chère avec le prestre,£Qui luy joua d’un tour de maistre,£Disant : « Ma robbe est deffourrée ;£Il vous y convient la main mettre,£Affin qu’elle soit reffourrée.£— Et bien, ce dist le Pelletier,£Monseigneur, j’en suis bien content,£Mais que vous m’en vueillez payer ;£Je suis tout vostre, seurement. »£Ils firent leur appoinctement£Qu’il auroit, pour tout inventoire,£Dix solz tournois entièrement,£Et du vin largement pour boire,££°°Pourvu qu’il la despecheroit,£Car il luy estoit necessaire,£Et que toute nuyt veilleroit,£Avec son clerc, au presbitaire.£Il fut content de cest affaire.£Mais le Curé les enferma£Soubs la clef, sans grant noyse faire,£Puis hors de la maison alla.££°°Le Curé vint en la maison£Du Pelletier, par ses sornettes,£Et trouva si bonne achoyson£Qu’il fist très bien ses besongnettes.£Ilz firent cent mille chosettes,£Car, ainsi comme il me semble,£ll contenta ses amourettes,£Et puis hors de la maison emble.££°°Ce fourreur, pour la repeue franche£Fut fait coqu bien fermement ;£Et luy chargea la dame blanche£Qu’il y retournast hardiment,£Et que, par son sainct sacrement,£Jamais nul jour ne l’oubliera,£Mais luy fera hebergement,£Toutes les foys qu’il luy plaira.££°°Et pourtant, donne soy bien garde£Chascun qui aura belle femme£Qu’on ne lui joue telle aubade£Pour la repeue : c’est grant diffame ;£Quant il est sceu, ce n’est que blasme£Et reproche, au temps advenir.£Vela des repeues la grant game ;£Pourtant, ayez-en souvenir !£££
££°°« Où pris argent, qui n’en a point ?£Remède est vivre d’avantaige.£Qui n’a ne robbe ne pourpoint,£Que pourroit-il laisser pour gaige ?£Toutesfoys, qui aurait l’usaige£De dire quelque chansonnette£Qui peust deffrayer le passaige,£Le payement ne seroit qu’honneste. »£££<C>L’ACTEUR.</C>£££Ainsi parloit le Souffreteux,£Qui estoit fin de sa nature ;£Moytié triste, moytié joyeux.£Du Palays partit, bonne alleure,£En disant : « Qui ne s’adventure,£Il ne fera jamais beau fait, »£Pour pourchasser sa nourriture,£Car il estoit de faim deffaict.££Pour trouver quelque tromperie,£Le gallant se voulust haster :£En la meilleure hostellerie£Ou taverne s’alla bouter,£Et commença à demander£S’on avoit rien pour luy de bon ;£Car il vouloit léans disner,£Et faire chère de façon.££Lors on demanda quelle viande£Il falloit à ce pelerin.£Il respondit : « Je ne demande£Qu’une perdrix ou un poussin,£Avec une pinte de vin£De Beaulne, qui soit frais tirée.£Et puis après, pour faire fin,£Le cotteret et la bourrée. »££Tout ce qui luy fut convenable£Le varlet luy alla quérir.£Le gallant s’en va mettre à table,£Affin de mieulx se resjouyr,£Et disna là, tout à loisir,£Maschant le sens, trenchant du saige ;£Mais il fallut, ains que partir£Avoir ung morceau de formaige.££« Adonc dit le clerc : Mon amy,£Il fault compter, car vous devez,£Tout par tout, sept solz et demy,£Et convient que les me payez.£— Je ne sçay comment les aurez,£Dist le gallant, car, par sainct Gille !£Je veulx bien que vous le saichez,£Je ne soustiens ne croix ne pille.££— Qui n’a argent si laisse gaige ;£Ce n’est que le faict droicturier.£Vous voulez vivre d’avantaige,£Et n’avez maille ne denier !£Estes-vous larron ou meurtrier ?£Par Dieu, ains que d’icy je hobe,£Vous me payerez, pour abréger,£Ou vous y laisserez la robbe.££— Quant est d’argent, je n’en ay point,£Affin de le dire tout hault.£Comment ! m’en iray-je en pourpoint,£Et desnué comme ung marault ?£Dieu mercy ! je n’ay pas trop chault ;£Mais, s’il vous plaisoit m’employer,£Je vous serviray, sans deffault,£Jusques à mon escot payer.££— Et comment ? Que sçavez-vous faire ?£Dites-le moy tout plainement.£— Quoy ? toute chose nécessaire.£Point ne fault demander comment ;£Je gaige que, tout maintenant,£Je vous chanteray ung couplet,£Si hault et si cler, je me vant,£Que vous direz : « Cela me plaist ! »£££<C>L’ACTEUR.<C>£££Lors, le varlet, voyant cecy,£Fut content de ceste gaigeure,£Et pensa en luy-mesme ainsi,£Qu’il attendroit ceste adventure ;£Et s’il chantoit bien d’adventure,£Il lui diroit, pour tous desbats,£Qu’il payast l’escot, bon alleure,£Car son chant ne lui plaisoit pas.£L’accord fut dit, l’accord fut faict,£Devant tous, non pas en arrière.£Lors le gallant tire, de faict,£De dedens sa gibecière£Une bourse, d’argent legière,£Qui estoit pleine de mereaulx,£Et chanta, par bonne manière,£Haultement, ces mots tout nouveaulx :££De sa bourse dessus la table£Frappa, affin que je le notte,£Et, comme chose convenable,£Chanta ainsi à haulte notte :£« Faut payer ton hoste, ton hoste ! »£Tout au long chanta ce couplet.£Le varlet, estant coste à coste,£Respondit : « Cela bien me plaist ! »££°°Toutesfoys, il n’entendoit pas£Qu’il ne fust de l’escot payé,£Parquoy il failloit sur ce pas.£De son sens fut moult desvoyé.£Devant tous fut notiffié£Qu’il estoit gentil compaignon,£Et qu’il avoit, par son traicté,£Bien disné pour une chanson.££°°C’est bien disné, quand on eschappe£Sans desbourser pas ung denier,£Et dire adieu au tavernier£En torchant son nez à la nappe.£££
££°°« Qui n’a or, ny argent, ny gaige,£Comment peult-il faire grant chère ?£Il fault qu’il vive d’avantaige :£La façon en est coustumière.£Sçaurions-nous trouver la manière£De tromper quelqu’ung, pour repaistre ?£..................£Qui le fera sera bon maistre ! »£°°Ainsi parloyent les compaignons£Du bon maistre Françoys Villon,£Qui n’avoient vaillant deux ongnons,£Tentes, tapis, ne pavillon.£Il leur dit : « Ne nous soucion,£Car, aujourd’huy, sans nul deffault,£Pain, vin, et viande, à grant foyson,£Aurez, avec du rost tout chault. »££<C><i>La manière d’avoir du Poisson</i>.</C>££°°Adoncques il leur demanda£Quelles viandes vouloyent macher :£L’ung de bon poysson souhaita ;£L’autre demanda de la chair.£Maistre Françoys, ce bon archer,£Leur dist : « Ne vous en souciez ;£Il vous faut voz pourpointz lascher,£Car nous aurons viandes assez. »££°°Lors partit de ses compaignons,£Et vint à la Poyssonnerie,£Et les laissa delà les pontz,£Quasy plains de melencolie.£Il marchanda, à chere lye,£Ung pannier tout plain de poysson,£Et sembloit, je vous certiffie, ·£Qu’il fust homme de grant façon.££Maistre Françoys fut diligent£D’achapter, non pas de payer,£Et dist qu’il bailleroit l’argent£Tout comptant au porte-pannier.£Ils partent sans plus plaidoyer,£Et passèrent par Nostre-Dame,£Là ou il vit le Penancier,£Qui confessoit homme ou bien femme.££Quant il le vit, à peu de plait,£Il luy dist : « Monsieur, je vous prie£Que vous despechez, s’il vous plaist,£Mon nepveu ; car je vous affie£Qu’il est en telle resverie :£Vers Dieu il est fort negligent ;£Il est en tel merencolie,£Qu’il ne parle rien que d’argent.££°°— Vrayment, ce dit le Penancier,£Très voulentiers on le fera. »£Maistre Françoys print le pannier,£Et dit : « Mon amy, venez ça ;£Velà qui vous depeschera,£Incontinent qu’il aura faict. »£Adonc maistre Françoys s’en va,£Atout le pannier, en effect.££°°Quand le Penancier eut parfaict£De confesser la créature,£Gaigne-denier, par dit parfaict,£Accourut vers luy bonne alleure,£Disant : « Monsieur, je vous asseure,£S’il vous plaisoit prendre loysir£De me depescher à ceste heure,£Vous me feriez ung grant plaisir.££°°— Je le vueil bien, en verité,£Dist le Penancier, par ma foy !£Or, dictes <i>Benedicite</i>,£Et puis je vous confesseray,£Et, en après, vous absouldray,£Ainsy comme je doy le faire ;£Puis penitence vous bauldray,£Qui vous sera bien necessaire.££°°— Quel confesser ! dist le povre homme :£Fus-je pas à Pasques absoulz ?£Que bon gré sainct Pierre de Romme !£Je demande cinquante soulz.£Qu’esse-cy ? À qui sommes-nous ?£Ma maistresse est bien arrivée !£À coup, à coup, depeschez-vous,£Payez mon panier de marée.££°°— Ha ! mon amy, ce n’est pas jeu,£Dist le Penancier, seurement :£Il vous fault bien penser à Dieu£Et le supplier humblement.£— Que bon gré en ayt mon serment !£Dist cet homme, sans contredit,£Depeschez-moy legierement,£Ainsi que ce seigneur a dit. »££°°Adonc le Penancier vit bien£Qu’il y eut quelque tromperie ;£Quand il entendit le moyen,£Il congneut bien la joncherie.£Le povre homme, je vous affie,£Ne prisa pas bien la façon,£Car il n’eut, je vous certifie,£Or ne argent de son poysson.££°°Maistre François, par son blason,£Trouva la façon et manière£D’avoir marée à grant foyson,£Pour gaudir et faire grant chère.£C’estoit la mère nourricière£De ceulx qui n’avoyent point d’argent ;£À tromper devant et derrière,£Estoit ung homme diligent.££<C><i>La manière d’avoir des Trippes pour dîner</i>.</C>££°°Que fist-il ? À bien peu de plet,£S’advisa de grant joncherie :£Il fist laver le cul bien net£A ung gallant, je vous affie,£Disant : « Il convient qu’on espie :£Quand seray devant la trippière,£Monstre ton cul par raillerie,£Puis, après, nous ferons grant chière. »££Le compaignon ne faillit pas,£Foy que doy sainct Remy de Rains !£À Petit-Pont vint par compas,£Son cul descouvrit jusque aux rains.£Quand maistre Françoys vit ce train,£Dieu sçet s’il fit piteuses lippes,£Car il tenoit entre ses mains£Du foye, du polmon et des trippes.££°°Comme s’il fust plain de despit,£Et courroucé amèrement,£Il haulsa la main ung petit,£Et le frappa bien rudement,£Des trippes, par le fondement ;£Puis, sans faire plus long caquet,£Les voulut, tout incontinent,£Remettre dedans le baquet.££°°La trippière fut courroucée£Et ne les voulut pas reprendre.£Maistre Francoys, sans demourée,£S’en alla, sans compte luy rendre.£Par ainsi, vous povez entendre,£Qu’ilz eurent trippes et poisson.£Mais, après, il faut du pain tendre,£Pour ce disner de grant façon.££<C><i>La manière d’avoir du Pain</i>.</C>££°°Il s’en vint chez un boulengier£Affin de mieulx fornir son train,£Contrefaisant de l’escuyer£Ou maistre d’hostel, pour certain,£Et commanda que, tout souldain,£Cy pris, cy mis, on chappellast£Cinq ou six douzaines de pain,£Et que bien tost on se hastast.££°°Quand la moytié fut chappellé,£En une hotte le fist mettre,£Comme s’il fust de près hasté,£Il pria et requist au maistre£Qu’aucun se voulsist entremettre£D’apporter, après luy courant,£Le pain chappellé en son estre,£Tandis qu’on fist le demourant.££°°Le varlet le mist sur son col ;£Après maistre François le porte,£Et arriva, soit dur ou mol,£Emprès une grant vielle porte.£Le varlet deschargea sa hotte£Et fut renvoyé, tout courant,£Hastivement, tenant sa hotte,£Pour requerir le demourant.££°°Maistre Françoys, sans contredit,£N’attendit pas la revenue.£Il eut du pain, par son édit,£Pour fournir sa franche repeue.£Le boulengier, sans attendue,£Revint, mais ne retrouva point£Son maistre d’hostel ; il tressue,£Qu’on l’avoit trompé en ce point.££<C><i>La manière d’avoir du Vin</i>.</C>££°°Après qu’il fut fourny de vivres,£Il fault bien avoir la mémoire£Que, s’ils vouloyent ce jour estre yvres,£Il falloit qu’ils eussent à boire.£Maistre Françoys, debvez le croire,£Emprunta deux grans brocs de boys,£Disant qu’il estoit necessaire£D’avoir du vin par ambagoys.££°°L’ung fist emplir de belle eaue clère,£Et vint à la Pomme de Pin,£Atout ses deux brocs, sans renchère,£Demandant s’ils avoient bon vin,£Et qu’on luy emplist du plus fin,£Mais qu’il fust blanc et amoureux.£On luy emplist, pour faire fin,£D’ung très bon vin blanc de Baigneux.££°°Maistre Françoys print les deux brocs,£L’un emprès l’autre les bouta ;£Incontinent, par bons propos,£Sans se haster, il demanda£Au varlet : « Quel vin est ce là ? »£Il luy dist : « Vin blanc de Baigneux.£— Ostez cela, ostez cela,£Car, par ma foy, point je n’en veulx.££« Qu’esse-cy ? Estes-vous bejaulne ?£Vuidez-moy mon broc vistement.£Je demande du vin de Beaulne,£Qui soit bon, et non aultrement. »£Et, en parlant, subtillement£Le broc qui estoit d’eaue plain£Contre l’autre legierement£Luy changea, à pur et à plain.££°°Par ce point, ils eurent du vin£Par fine force de tromper ;£Sans aller parler au devin,£Ils repeurent, per ou non per.£Mais le beau jeu fut au souper,£Car maistre Françoys, à brief mot,£Leur dit : « Je me vueil occuper,£Que mangerons ennuyt du rost. »££<C><i>La manière d’avoir du Rost</i>.</C>££ Il fut appointé qu’il yroit£Devant l’estal d’ung rotisseur,£Et de la chair marchanderoit,£Contrefaisant du gaudisseur,£Et, pour trouver moyen meilleur,£Faignant que point on ne se joue,£Il viendroit un entrepreneur,£Qui luy bailleroit sur la joue.££Il vint à la rostisserie,£En marchandant de la viande ;£L’autre vint, de chère marrie :£« Qu’est-ce que ce paillart demande ? »£Luy baillant une buffe grande,£En luy disant mainte reproche.£Quand il vit qu’il eut ceste offrande,£Empoigna du rost pleine broche.££°°Celuy qui bailla le soufflet£Fuist bien tost et à motz exprès.£Maistre Françoys, sans plus de plet,£Atout son rost, courut après.£Ainsi, sans faire long procès,£Ils repeurent, de cueur devot,£Et eurent, par leur grant excès,£Pain, vin, chair, et poisson, et rost.££
£°°Un Lymousin vint à Paris,£Pour aulcun procès qu’il avoit.£Quand il partit de son pays£Pas gramment d’argent il n’avoit,£Et toutefoys il entendoit£Son fait, et avoit souvenance£Que son cas mal se porteroit£S’il n’avoit une repeue franche.££°°Ce Lymousin, c’est chose vraye,£Qui n’avoit vaillant ung patac,£Se nommoit seigneur de Combraye,£Sans qu’on le suivist à son trac.£Plus rusé estoit qu’ung vieil rat,£Et affamé comme un vieil loup,£Avec monsieur de Penessac,£Et le seigneur de Lamesou.££°°Les troys seigneurs s’entretrouvèrent,£Car ilz estoyent tous d’ung quartier£Et Dieu sçait s’ilz se saluèrent.£Ainsi qu’il en estoit mestier ;£Toutesfoys, ce bon escuyer£De Combraye, propos final,£Fut esleu leur grant conseillier,£Et le gouverneur principal.££°°Ils conclurent, pour le meilleur,£Que ce bon notable seigneur£Yroit veoir s’il pourroit trouver£Quelque bon lieu pour s’y loger,£Et, selon qu’il le trouveroit,£Aux aultres le raconteroit.££°°Or advint, environ midy,£Qu’il estoit de faim estourdy,£S’en vint à une hostelletie,£Rue de la Mortellerie,£Où pend l’enseigne du Pestel :£À bon logis et bon hostel,£Demandant s’on a que repaistre :£« Ouy, vrayment, ce dist le maistre ;£Ne soyez de rien en soucy,£Car vous serez très bien servy£De pain, de vin et de viande.£— Pas grand chose je ne demande,£Dist le bon seigneur de Combraye :£Il n’y a guère que j’avoye£Bien desjuné ; mais, toutesfoys,£Si ai-je disné maintes foys£Que n’avoye pas tel appetit. »££°°Ce seigneur menga ung petit,£Car il n’avoit guère d’argent,£Commendant qu’on fust diligent£D’avoir quelque chose de bon,£Pour son soupper : ung gras chapon ;£Car il pensoit bien que, le soir,£Il devoit avec luy souper£Des gentilzhommes de la cour.££°°L’hostesse fut bien à son gourt,£Car, quand vint à compter l’escot,£Le seigneur ne dist oncques mot,£Mais tout ce qu’elle demanda£Ce gentilhomme luy bailla,£Disant : « Vous comptez par raison ! »£Puis il sortit de la maison,£Bouta son sac soubs son esselle,£Et vint raconter la nouvelle£À ses compaignons, et comment£Il failloit faire saigement.£°°Il fut dit, à peu de parolles,£Pour eviter grans monopolles,£Que le seigneur de Penessac£Yroit devant louer l’estat£Et blasonner la suffisance£De ce seigneur, car, sans doubtance,£La chose le valoit très bien,£Et, pour trouver meilleur moyen,£Il menroit en sa compaignie,£Lamesou ; et n’y faillit mye.£Si vint demander à l’hostesse£S’ung seigneur remply de noblesse£Estoit logé en la maison.£°°L’hostesse respondit que non,£Et que vrayement il n’y avoit£Qu’ung Lymousin, lequel debvoit£Venir au soir souper léans.£°°« Ha ! dist-il, dame de céans,£C’est celuy que nous demandons ;£Par ma foy ! c’est le grant baron,£Qui est arrivé au matin.£— Je n’entens point vostre latin,£Dist l’hostesse ; vous parlez mal :£Il n’a ne jument ne cheval ;£Il va à pied, par faulte d’asne. »£°°Lors Penessac respondit : « Dame,£Il vient icy pour ung procès ;£Il est appellant des excès£Qu’on luy a faictz en Lymousin,£Et va ainsi de pied, affin£Que son procès soit plus tost faict. »£L’hostesse le creut, en effet.£°°Alors, le seigneur de Combraye£Arrive, et Dieu sçait quelle joye£Ces deux seigneurs icy lui firent ;£Et le genoil en bas tendirent£Aussi tost comme il fut venu,£Et par ce point il fut congneu£Qu’il estoit seigneur honorable.£Le bon seigneur se sist à table,£En tenant bonne gravité.£Vis-à-vis, de l’autre costé,£S’assit le seigneur de l’hostel,£Et eurent du vin, Dieu sçait quel !£Il ne le fault point demander.£°°Quand ce vint à l’escot compter£L’hostesse assez hault comptoit,£Mais au seigneur il n’en challoit,£Feignant qu’il fust tout plain d’argent.£°°Lors il dist qu’on fust diligent£De penser à faire les litz,£Car il vouloit en ce logis£Coucher ; puis après, par exprès,£Il print son grand sac à procès,£Et le bailla léans en garde,£Disant : « Qu’on me le contregarde.£Si de l’argent voulez avoir,£Il ne faut que le demander. »£L’hostesse ne fut pas ingrate,£En disant : « Je n’en ay pas haste.£N’espargnez rien qui soit céans. »£Ces seigneurs couchèrent léans£L’espace de cinq ou six moys,£Sans payer argent, toutesfoys,£Non obstant ce qu’il demandoit£A l’hostesse s’elle vouloit£Avoir de l’argent, bien souvent ;£Mais il n’estoit point bien content£De mettre souvent main en bourse.£L’hostesse n’estoit point rebourse,£Et dist : « Ne vous en soucyez ;£Dieu mercy ! j’ay argent assez,£A vostre bon commandement. »£Ces mignons pensèrent comment£Ilz pourroyent retirer leur sac ;£Et lors monsieur de Penessac£Dist à ce baron de Combraye£Qu’il se boutast bientost en voye,£Jugeant qu’il fust embesongné.£°°Ce seigneur vint, tout refrongné,£Vers l’hostesse, par bon moyen,£Et lui dit : « Mon cas va très bien ;£Mon procès est ennuyt jugé.£A coup, qu’il n’y ait plus songé,£Baillez-moy mon sac, somme toute,£Car j’ay paour et si fays grant doubte,£Que les seigneurs soyent departis. »£Il print son sac : « Adieu vous dis !£Je reviendray tout maintenant. »£Il s’en alla diligemment,£Atout ses procès et son sac ;£Et les seigneurs de Penessac£Et de Lamesou l’attendoyent ;£Lesquelz seigneurs si s’esbatoyent,£A recueillir les torcheculz£Des seigneurs qui estoyent venus£Aux chambres, et bien se pensoyent£Qu’à quelque chose serviroyent£°°Ilz ostèrent tous ces procès£De ce sac, et, par motz exprès,£L’emplirent de ces torcheculz ;£Puis, au soir, quand furent venuz£A leur logis, fut mis en garde,£Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,£Il fut bouté, par grant humblesse£Avec les robbes de l’hostesse,£Qui sentoyent le muguelias.£Au soir, firent grant ralias ;£Le lendemain il fut raison£De departir de la maison£Pour s’en aller sans revenir.£On cuydoit qu’ilz deussent venir£Lendemain soupper et disner,£Pour leurs offices resiner,£Maiz ilz ne vindrent oncques puis.£°°Ils faillirent cinq ou six nuitz,£Dont l’hostesse fut eschec et mac.£Elle n’osoit ouvrir le sac£Sans avoir le congé du juge,£Auquel avoit piteux deluge ;£Tellement qu’il fut necessaire£Qu’on envoyast ung commissaire£Pour ouvrir ce sac, somme toute.£°°Quand il fust là venu sans doubte,£Il lava ses mains à bonne heure,£De paour de gaster l’escripture,£Car à cela estoit expert.£Toutesfoys, le sac fut ouvert ;££Mais, quand il le vit si breneux,£Il s’en alla tout roupieux,£Cuydant que ce fust mocquerie,£Car il n’entendoit raillerie.££°°Ainsi partirent ces seigneurs£De Paris, joyeux en couraige.£De tromper furent inventeurs :£Cinq moys vesquirent d’avantaige ;£De blasonner ilz firent raige ;£Leur hoste fut par eulx vaincu.£Ils ne laissèrent, pour tout gaige£Qu’un sac tout plain de torchecu.£££
£De mon faict je ne sçay que dire ;£Par tout où je vois je m’adire,£Et des yeulx voy moins que du coute.£En danger suis qu’il ne me couste£La vie, tant suis remply d’ire.££De mon faict je ne sçay que dire,£Car ma dame si ne tient compte£De mon martyre, quant luy compte,£Mais me dit que trop aise suis,£Et qu’en ce royaulme n’a conte£Qui ait de nulle meilleur compte£Que j’ay d’elle, quant je la suis.£Nullement, de paour de mesdire,£Jamais je ne l’ose desdire ;£À son gré parler je l’ecoute,£Puis emprès elle je m’accoute,£Sans luy vouloir riens contredire.£De mon faict je ne sçay que dire.££
£°°Et pour la première repeue£Dont après sera mention,£Bien digne d’estre ramenteue£Et mise en revelation,£Et pourtant, soubs correction,£Affin que l’en en parle encore,£Comme nouvelle invention,£Redigé sera par memoire.££°°Or advint, de coup d’aventure,£Que les suppostz devant nommez,£Ne cherchoyent rien par droicture,£Qu’en richesse gens renommez.£Ung jour qu’ilz estoient affamez,£En la porte d’ung bon logis£Virent entrer, sans estre armez,£Ambassadeurs de loing pays.££Si pensèrent entre eux comment£Ilz pourroient, pour l’heure, repaistre,£Et, selon leur entendement,£L’ung d’iceulz s’aprocha du maistre£D’hostel, et se fit acongnoistre,£Disant qu’il luy enseigneroit£Le haut, le bas marché, pour estre£Par luy conduyt, s’il luy plaisoit.££°°Je croy bien que monsieur le maistre,£Qui du bas mestier estoit tendre,£Fit ce gallant très bien repaistre,£Et luy commenda charge prendre£De la cuysine, d’y entendre,£Tant que leur train departira,£Et bien payera, sans attendre,£A son gré, quand il s’en yra.££°°Lors s’en vint à ses compaignons,£Dire : « Nostre escot est payé ;£Je suis jà l’ung des grans mignons£De léans et mieulx avoyé,£Car le maistre m’a envoyé£Par la ville, pour soy sortir ;£Mais, se mon sens n’est desvoyé,£Bien brief l’en feray repentir.££°°— Va, lui dirent ses compaignons,£Et esguise tout ton engin£A nous rechauffer les rongnons£Et nous faire boire bon vin.£Passe tous les sens Pathelin,£De Villon et Pauquedenaire,£Car se venir peux en la fin,£Passé seras maistre ordinaire. »££°°Ce gallant vint en la maison£Où estoyt logé l’ambassade,£Où les seigneurs, par beau blason,£Devisoyent rondeau ou ballade.£ll estoit miste, gent et sade,£Bien habitué, bien en point,£Robbe fourrée, pourpoint d’ostade ;£Il entendoit son contrepoint.£°°Le principal ambassadeur£Aymoit un peu le bas mestier,£Dont le gallant fut à honneur,£Car c’estoyt quasi son mestier,£Et luy conta que, à son quartier,£Avoit de femmes largement,£Qui estoyent, s’il estoit mestier,£A son joly commandement.££Le gallant fut entretenu£Par ce seigneur venu nouveau,£Et léans il fut retenu,£Pour estre fin franc macquereau.£Le jeu leur sembla si très beau ;£Aussi, il fit si bonne mine,£Qu’il fut esleu, sans nul appeau,£Pour estre varlet de cuysine.££°°Les ambassadeurs convoyèrent£Seigneurs et bourgeois à disner,£Lesquels voulentiers y allèrent£Passer temps, point n’en faut doubter.£Toutesfoys, vous debvez sçavoir,£Quelque chose que je vous dye,£Que l’ambassadeur, pour tout veoir,£Craignoit moult fort l’Epidemie.££Ce gallant en fut adverty,£Qui nonobstant fist bonne mine,£Et quand il fut près de midi,£A l’heure qu’il est temps qu’on disne,£Il entra dedans la cuysine,£Manyant toute la viande,£Comme docteur en médecine£Qui tient malades en commande.££°°Tous les seigneurs la regardèrent£Son train, ses façons et manières ;£Mais, après luy, pas ne tastèrent,£Aussi ne luy challoit-il guères.£Après il print les esguières,£Le vin, le clairé, l’ypocras,£Darioles, tartes entières :£Il tasta de tout, par compas.££°°Et, pour bien entendre son cas,£Quand il vit qu’il estoit saison,£A bien jouer ne faillit pas,£Pour faire aux seigneurs la raison,£Si bien que dedans la maison£Demoura tout seul pour repaistre,£Soustenant, par fine achoison,£Qu’il se douloit du cousté destre.££°°Lors y avoit une couchette£Où il failloit la feste faire,£Et n’a dent qui ne luy cliquette ;£Là se mist, commençant à braire£Que l’on s’en fuyt au presbytaire,£Pour faire le prebstre acourir,£Atout Dieu et l’autre ordinaire£Qu’il fault pour ung qui veult mourir.££°°Quand les seigneurs virent le prebstre£Avec ses sacremens venir,£Chacun d’eulx eust bien voulu estre£Dehors, je n’en veulx point mentir :£Si grant haste eurent d’en sortir,£Que là demourèrent les vivres,£Dont les compaignons du martir£Furent troys jours et troys nuyts yvres.££°°Par ce point eurent la repeue£Franche chascun des compaignons.£La finesse le prebstre a teue,£Affin de complaire aux mignons ;£Mais les seigneurs dont nous parlons£Eurent tous, pour ce coup, l’aubade :£Chascun d’eulx fut, nous ne faillons,£De la grant paour troys jours malade.££
£°°Une assemblée de compaignons,£Nommez les <i>Gallans sans soucy</i>,£Se trouvèrent entre deux pontz,£Près le Palays, il est ainsi ;£D’aultres y en avoit aussi,£Qui aymoient bien besoigne faicte,£Et estoient, de franc cueur transi,£A l’abbé de Saincte Souffrette.££°°Ces compaings ainsi assemblez£Ne demandèrent que repas ;£D’argent ilz n’estoyent pas comblez,£Non pourtant ne faillirent pas.£Ilz se boutèrent, c’est le cas,£A l’enseigne du Plat d’estaing,£Où ilz repeurent par compas,£Car ilz en avoient grant besoing.££°°Quant ce vint à l’escot compter,£Je crois que nully ne s’en cource ;£Mais le beau jeu est au payer,£Quant il n’y a denier en bourse.£Nul d’eulx n’avoit chère rebourse :£« Pour de l’escot venir au bout,£Dist ung gallant, de plaine source,£Il n’en faut qu’ung pour payer tout. »££°°Ilz appointèrent tous ensemble,£Que l’ung d’iceulx on banderoit :£Par ainsi, selon qui me semble,£Le premier qu’il empoigneroit,£Estoit dit que l’escot payeroit.£Mais ilz en eurent grand discord :£Chascun bandé estre vouloit,£Dont ne peurent estre d’accord.££Le varlet, voyant ces desbas,£Leur dit : « Nul de vous ne s’esmoye ;£Je suis content que, par compas,£Tout maintenant bandé je soye. »£Les gallans en eurent grand joye,£Et le bandèrent en ce lieu,£Puis chascun d’eux si print la voye£Pour s’en aller sans dire adieu.££°°Le varlet, qui estoit bandé,£Tournoyoit parmy la maison.£Il fut de l’escot prébendé£Par ceste subtile achoison.£Affin d’avoir provision£De l’escot, l’hoste monte en hault :£Quand il vit ceste invention,£A peu que le cueur ne lui fault.££°°En montant, l’hoste fut happé£Par son varlet, sans dire mot,£Disant : « Je vous ay attrapé,£Il faut que vous payez l’escot,£Ou vous laisserez le surcot. »£De quoy il ne fut pas joyeux,£...................£Cuydant qu’il fust mathelineux.££Quand le varlet se desbanda,£La tromperie peut bien congnoistre :£Fut estonné quand regarda,£Et vit bien que c’estoit son maistre.£Pensez qu’il en eut belle lettre,£Car il parla lors à bas ton,£Et, pour sa peine, sans rien mettre,£Il eut quatre coups de baston.££°°Ainsi furent, sans rien payer,£Les povres gallans délivrez£De la maison du tavernier,£Ou ilz s’estoyent presque enyvrez£Des vins qu’on leur avoit livrez£Pour boire à plain gobelet,£Que paya le povre varlet.£°°Et que ce soit vray ou certain,£Ainsi que m’ont dit cinq ou six,£Le cas advint au Plat d’estain,£Près Sainct-Pierre-des-Arsis.£Bien eschéoit ung grant mercis,£A tout le moins, pour ce repas,£Et si ne le payèrent pas.££°°Aussi fut si bien aveuglé,£Le povre varlet malheureux,£Qui fut de tout l’escot sanglé,£Et fallust qu’il payast pour eulx ;£Et s’en allèrent tous joyeux£Les mignons, torchant leur visaige,£Qui avoyent disné d’advantaige.£££
£Pour entretenir mes amours£Colorer me fault maints fins tours ;£Car ma bourse est très mal garnie£Pour fourrer le poignet tousjours.££Ung jour demande haults atours,£Et l’autre ung grant bort de velours,£Et je respons : « Or bien, m’amye, »£Pour entretenir mes amours.££Veez-vous ce donneur de bonjours ?£Il a faict en el tant de cours,£Practiqué l’art de baverie,£Qu’il scet moult bien, sans ce qu’il rie,£Dire sa pensée à rebours.£Pour entretenir mes amours£Colorer me fault maints fins tours.££
£Tu te brusles à la chandelle !£Helas ! mon cueur, ne vois tu pas£Que danger est tousjours au pas,£Qui fait à tous guerre mortelle ?£Soyes seur que tu l’auras belle£Se tu n’y vas bien par compas ;£Tu te brusles à la chandelle.££Sont-ce chastaignes qu’on y pelle,£A ton advis, pour ton repas ?£Nennil. Retrais toy tout le pas,£Ains qu’on te frape au cul la pelle.£Tu te brusles à la chandelle.££
£Adieu vous dy la lerme à l’œil ;£Adieu, ma très gente mignonne,£Adieu, sur toutes la plus bonne,£Adieu vous dy, qui m’est grand dueil.££Adieu, adieu, m’amour, mon vueil ;£Mon povre cueur vous laisse et donne.£Adieu vous dy la lerme à l’œil.££Adieu, par qui du mal recueil£Mille fois plus que mot ne sonne ;£Adieu, du monde la personne£Dont plus me loue et plus me dueil.£Adieu vous dy la lerme à l’œil.££
£Quelque chose qu’Amours ordonne,£Force m’est que vous habandonne£Pour pourchasser ailleurs mon bien ;£Car, sur ma foy, je congnois bien£Que vous m’estes pire que bonne.££Trop a de cueur qui vous en donne ;£Pour ce jà Dieu ne me pardonne£Se vous avez jamais le mien,£Quelque chose qu’Amours ordonne.££Si n’aymeray je jà personne£Que vous, quoy que l’on me sermonne,£En tout ce monde terrien ;£Mais maintenant je n’en fais rien,£Et sers selon qu’on me guerdonne.£Quelque chose qu’Amours ordonne,£Force m’est que vous habandonne.££
£Hahay ! estes vous rencherie,£Dieux y ait part, puis devant hier ?£Ma dame, c’est pour enrager !£Le faictes-vous par mocquerie ?££Mais venez cà, je vous en prie :£Est le cuir devenu si cher ?£Hahay ! estes vous rencherie ?££Et dea ! et ne sçavez-vous mie£Que mon père est cordouennier ?£Vous voulez bazanne priser£Plus que cordouen la moitié.£Hahay ! estes vous rencherie ?££
£Au plus offrant ma dame est mise£Et dernier encherisseur.£Je ne sçay se c’est par honneur,£Mais je n’en prise pas la guise.£Elle m’avoit sa foy promise,£Mais je voy qu’elle a mis son cueur£Au plus offrant.££Et pour ce je quitte la prinse£D’estre nommé son serviteur,£Car donner me porte malheur.£Ainsi j’ay laissé l’entreprise£Au plus offrant.££
£Entens à moy, vray dieu d’amours,£Et faiz que la mort ait son cours£Hastivement,££Car j’ay mal employé mes jours.£Je meurs en aymant par amours£Certainement.££Languir me fault en griefs doulours.££
£S’en mes maulx me peusse esjoyr£Tant que tristesse me feust joye£Par me doulouser et gemir,£Voulentiers je me complaindroye ;£Car, s’au plaisir Dieu, hors j’estoye,£J’ay espoir qu’au temps advenir£A grant honneur venir pourroye£Une fois avant que mourir.£Pourtant, s’ay eu moult à souffrir£Par fortune, dont je larmoye,£Et que n’ay pas peu obtenir£N’avoir ce que je pretendoye,£Au temps advenir je vouldroye£Voulentiers bon chemin tenir£Pour acquerir honneur et joye£Une fois avant que mourir.££Sans plus loin exemple querir,£Par moy mesme juger pourroye£Que meschief nul ne peult fouyr,£S’ainsi est qu’advenir luy doye.£C’est jeunesse qui tout desvoye ;£Nul ne s’en doit trop esbahyr.£Si juste n’est qui ne fourvoye£Une fois avant que mourir.£Prince, s’aucun povoir avoye£Sur ceulx qui me font cy tenir,£Voulentiers vengeance en prendroye£Une fois avant que mourir.££
Plaisant assez, et des biens de fortuneUng peu garny, me trouvay amoureux,Voire si bien, que, tant aymay fort une,Que nuit et jour j’en estois langoureux.Mais tant y a, que je fus si heureuxQue, moyennant vingt escus à la rose,Je fis cela que chacun bien suppose.Alors je dis, connoissant ce passage :« Au fait d’amours, babil est peu de chose ;Riche amoureux a tousjours l’advantage. » Or est ainsy que, durant ma pecune,Je fus traite comme amy precieux ;Mais, tost après, sans dire chose aucune,Cette vilaine alla jetter les yeulxSur un vieillard riche, mais chassieux,Laid et hideux trop plus qu’on ne propose.Ce neantmoins, il en jouit sa pose,Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,Dessus ce texte allay bouter en glose :Riche amoureux a tousjours l’advantage. Or elle a tort, car noyse ny rancuneN’eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,Que, s’elle eust dit : « Donne-moy de la lune »,J’eusse entrepris de monter jusqu’aux cieulx ;Et, nonobstant, son corps tant vicieuxAu service de ce vieillard expose.Dont, ce voyant, un rondeau je compose,Que luy transmets ; mais, en pou de langage,Me respond franc : « Povreté te depose :Riche amoureux a tousjours l’advantage ! »ENVOI. Prince tout bel, trop mieux parlant qu’Orose,Si vous n’avez toujours bourse desclose,Vous abusez : car Meung, docteur très sage,Nous a descrit que, pour cueillir la rose,Riche amoureux a tousjours l’advantage.
£Comme moy vous aurez voz gages.£J’en fuz bien payé au partir :£Plain de dueil jusques au partir,£Ne sont-ce plaisans advantages ?££Servez amours entre vous sages :£Il vous en fera repentir ;£Comme moy vous aurez vos gages.£Repeuz serez de doulx langaiges£Pour vous garder de departir.£Quant est à moy, j’en suys martir.£Bien tard congnoistrez telz ouvrages ;£Comme moy vous aurez vos gages.££
£Il n’est danger que de vilain,£N’orgueil que de povre enrichy,£Ne si seur chemin que le plain,£Ne secours que de vray amy,£Ne desespoir que jalousie,£N’angoisse que cueur convoiteux,£Ne puissance où il n’ait envie,£Ne chère que d’homme joyeulx ;££Ne servir qu’au roy souverain,£Ne lait nom que d’homme ahonty,£Ne manger fors quant on a faim,£N’emprise que d’homme hardy,£Ne povreté que maladie,£Ne hanter que les bons et preux,£Ne maison que la bien garnie,£Ne chère que d’homme joyeulx ;££Ne richesse que d’estre sain,£N’en amours tel bien que mercy,£Ne de la mort rien plus certain,£Ne meilleur chastoy que de luy ;£Ne tel tresor que preudhommye,£. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .£Ne paistre qu’en grant seigneurie,£Ne chère que d’homme joyeulx ;££<C>ENVOI.</C>££Que voulez-vous que je vous die ?£Il n’est parler que gracieulx,£Ne louer gens qu’après leur vie,£Ne chère que d’homme joyeulx.££
£°°D’une dague forte et aigüe£Soit-il frappé parmy l’eschine,£Et ait tousjours une sansue£Attachée à sa poitrine,£Et attainct d’une coulevrine£Entre le nez et le menton,£Ou qu’en prison vive en famine,£Qui autruy blasme sans raison.££°°Son giste soit emmy la rue,£Tout nud qluand il fera bruyne,£Sur pel de heriçon pointue,£Couvert d’une clère estamine ;£De vent de bise sa courtine,£Et soit mors d’ung escorpion,£Ou qu’en prison vive en famine,£Qui autruy blasme sans raison.££°°Sa chair soit detrenchée menue£Plus qu’au moulin n’est la farine,£Ou de gros nerfz soit bien batue,£Ou couche nud sur tas d’espine :£Et affin que plus tost il fine,£Son corps soit remply de poison,£Ou qu’en prison vive en famine,£Qui autruy blasme sans raison.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, soit mis en la gehaine£Dix fois le jour comme ung larron,£Ou qu’en prison vive en famine,£Qui autruy blasme sans raison.£££
£°°J’ay ung arbre de la plante d’amours,£Enraciné en mon cueur proprement,£Qui ne porte fruits, sinon de dolours,£Fueilles d’ennuy et fleurs d’encombrement ;£Mais, puis qu’il fut planté premièrement,£Il est tant creu, de racine et de branche,£Que son umbre, qui me porte nuysance,£Fait au dessoubs toute joye seichier,£Et si ne puis, pour toute ma puissance,£Autre planter, ne celuy arrachier.££°°De si long-temps est arrosé de plours£Et de lermes tant douloureusement,£Et si n’en sont les fruits de rien meillours :£Ne je n’y truys guères d’amendement.£Je les recueill’ pourtant soigneusement.£C’est de mon cueur l’amère soustenance,£Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance£Que porter fruits qui le dussent blecier ;£Mais pas ne veult amoureuse ordonnance,£Autre planter, ne celuy arrachier.£S’en ce printemps, queles feuilles et flours£Et arbrynceaux percent nouvellement,£Amours vouloit moy faire ce secours,£Que les branches qui font empeschement,£Il retranchast du tout entierement,£Pour y enter ung rynceau de plaisance,£Il gecteroit bourgeons de souffisance ;£Joye en istroit, dont il n’est rien plus chier ;£Et ne fauldroit jà, par desesperance,£Autre planter, ne celuy arrachier.££<C>ENVOI.</C>££°°Ma princesse, ma première esperance,£Mon cueur vous sert en dure pénitence.£Faictes le mal qui l’acqueult retranchier,£Et ne souffrez en vostre souvenance£Autre planter, ne celuy arrachier.££
£°°Qui en amours veut estre heureux,£Faut tenir train de seigneurie,£Estre prompt et advantureux£Quand vient à monstrer l’armarie :£Porter drap d’or, orfaverie,£Car cela les dames esmeut.£Tout sert ; mais, par saincte Marie !£Il ne fait pas ce tour qui veult.££°°Je fus naguères amoureux£D’une dame cointe et jolie,£Qui me dit, en mots gracieux :£« Mon amour est en vous ravie ;£Mais il faut qu’el soit desservie£Par cinquante escus d’or, s’on peut.£— Cinquante escus ! Bon gré ma vie !£Il ne fait pas ce tour qui veult. »££°°Alors luy donnay sur les lieux£Où elle feisoit l’endormie :£Quatre venues, de cœur joyeux,£Luy fis en moins d’heure et demie.£Lors me dit, à voix espasmie :£« Encore un coup ! le cœur me deult.£— Encore un coup ! Hélas ! m’amye,£Il ne fait pas ce tour qui veult ! »££<C>ENVOI.</C>££°°Prince d’amours, je te supplie,£Si plus ainsi elle m’accuelt,£Que ma lance jamais ne plie :£Il ne fait pas ce tour qui veult !££
£D’ung gect de dart, d’une lance asserée,£D’ung grant faussart, d’une grosse massue,£D’une guisarme, d’une flèche ferrée,£D’ung bracquemart, d’une hache esmolue,£D’ung grand penart et d’une bisagüe,£D’ung fort espieu et d’une saqueboute ;£De maulx briguans puissent trouver tel route£Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,£Le cueur fendu, desciré par monceaulx,£Le col couppé d’ung bon branc acherin,£Descirez soient de truye et de pourceaulx£Les taverniers qui brouillent nostre vin.££°°D’ung arc turcquois, d’une espée affilée£Ayent les paillars la brouaille cousue,£De feu gregoys la perrucque bruslée,£Et par tempeste la cervelle espandue,£Au grand gibet leur charongne pendue,£Et briefvement puissent mourir de goutte,£Ou je requiers et pry que l’on leur boute£Parmy leur corps force d’ardans barreaulx ;£Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,£Et puis bouillir en huille le matin,£Desmembrez soient à quatre grans chevaux,£Les taverniers qui brouillent nostre vin.££D’un gros canon la tête escarbouillée£Et de tonnerre acablez en la rue£Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,£De gros mastins bien garnye et pourvue,£De forz esclers puissent perdre la veue,£Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,£Avecques ce ilz aient la pluye toute£Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,£Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,£Et puis traisnez jusques en l’eau du Rin ;£Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx£Les taverniers qui brouillent nostre vin.£°°Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,£Et crever puissent par force de venin£Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,£Les taverniers qui brouillent nostre vin.££
C’est à meshuy ! J’ay beau corner !Or ça, il s’en fault retourner,Maulgré ses dentz, en sa maisonSi ne vis-je pieça saisonOù j’eusse si hardy couraigeQue j’ay ! Par la morbieu ! j’enraigeQue je n’ay à qui me combatre…Y a-il homme qui à quatre,Dy-je, y a-il quatre qui vueillentCombatre à moy ? Se tost recueillentMon gantelet ; vela pour gaige !Par le sang bleu ! je ne crains paige,S’il n’a point plus de quatorze ans.J’ay autresfoys tenu les rencz,Dieu Mercy ! et gaigné le prixContre cinq Angloys que je pris,Povres prisonniers desnuez,Si tost que je les euz ruez.Ce fust au siège d’Alençon.Les troys se misrent à rançon,Et le quatriesme s’enfuyt.Incontinent que l’autre ouytCe bruit, il me print à la gorge.Se je n’eusse crié : Sainct George !Combien que je suys bon Françoys,Sang bleu ! il m’eust tué ançoysQue personne m’eust secouru.Et quand je me senty feruD’une bouteille, qu’il cassaSur ma teste : « Venez ça, ça !Dis-je lors. Que chascun s’appaise !Je ne quiers point faire de noise,Ventre bleu ! et buvons ensemble.Posé soit ores que je tremble,Sang bleu ! je ne vous crains pas maille. »<i>Cy dit ung quidem, par derrière les gens</i> :Coquericoq. Qu’esse cy ? J’ay oüy poullailleChanter chez quelque bonne vieille ;Il convient que je la resveille.Poullaille font icy leurs nidz !C’est du demourant d’Ancenys,Par ma foy ! ou du Champ-Toursé…Helas ! que je me vis courséDe la mort d’ung de mes nepveux !J’euz d’ung canon par les cheveux,Qui me vint cheoir tout droit en barbe :Mais je m’escriay : « Saincte Barbe !Vueille-moy ayder à ce coup,Et je t’ayderay l’autre coup ! »Adonc le canon m’esbranla,Et vint ceste fortune-làQuand nous eusmes le fort conquis.Le Baronnet et le Marquis,Craon, Cures, l’Aigle et Bressoire,Accoururent pour veoir l’histoire ;La Rochefouquault, l’Amiral,Aussi Beuil et son attirail,Pontièvre, tous les capitaines,Y deschaussèrent leurs mitainesDe fer, de paour de m’affoler,Et si me vindrent acolerA terre, où j’estoye meshaigné,De paour de dire : « Il n’a daigné ! »Combien que je fusse malade,Je mis la main à la salade,Car el m’estouffoit le visaige.« Ha ! dist le Marquis, ton oultraigeTe fera une foys mourir ! »Car il m’avoit bien veu courir,Oultre l’ost, devant le chasteau.Hélas ! j’y perdy mon manteau,Car je cuidoye d’une poterneQue ce fust l’huys d’une taverne.Et moy tantost de pietonner,Car, quand on oyt clarons sonner,Il n’est courage qui ne croisse.Tout aussitost : « Où esse ? Où esse ? »Et, à brief parler, je m’y fourre,Ne plus ne moins qu‘en une bourre.Si ce n’eust esté la brairieDu costé devers la prairie,De nos gens, qui crioient trestous,Disant : « Pierre, que faictes-vous ?N’assaillez pas la basse courtTout seul ! » je l’eusse prins tout court,Certes ; mais c’eust esté outraige.Et se ce n’eust esté ung paigeQui nous vint trencher le chemin,Mon frère d’armes GuilleminEt moy, Dieu lui pardoint, pourtant !Car, quoy ? il nous en pend autantÀ l’œil, eussions, sans nulle faille,Frappé au travers la batailleDes Bretons ; mais nous apaisamesNos couraiges et recullames…Que dy-je ? non pas reculer,Chose dont on ne doibt parler…Ung rien, jusque au Lyon d’Angiers.Je ne craignoye que les dangiers,Moy ; je n’avoye paour d’aultre chose.Et quand la bataille fut close,D’artillerie grosse et gresleVous eussez ouy, pesle-mesle :Tip, tap, sip, sap, à la barrière,Aux esles, devant et derrière.J’en eus d’ung parmy la cuirace.Les dames qu’estoient en la placeSi ne craignoyent que le couillart.Certes, j’estoye ung bon paillart ;J’en avoye ung si portatif,Se je n’eusse esté si hastifDe mettre le feu en la pouldre,J’eusse destruit et mis en fouldre,Tout quanqu’avoit de damoiselles.Il porte deux pierres jumelles,Mon couillart : jamais n’en a meins.Et dames de joindre les mains,Quand ilz virent donner l’assault.Les ungs se servoyent du courtaultSi dru, si net, si sec que terre.Et puis, quoy ? parmy ce tonnerre,Eussez ouy sonner trompilles,Pour faire dancer jeunes fillesAu son du courtault, haultement.Quand j’y pense, par mon serment !C’est vaine guerre qu’avec femmes ;J’avoye toujours pitié des dames.Veu qu’ung courtault tresperce ung mur,Ilz auroyent le ventre bien dur,S’il ne passoit oultre… PensezQu’on leur eust faict du mal assez,Se l’en n’eust eu noble couraige ;Mesmes ces pehons de villaige,J’entens pehons de plat pays,Ne se fussent point esbahisDe leur mal faire ; mais nous sommesTousjours, entre nous gentilz hommes,Au guet dessus la villenaille.J’estoye pardeça la bataille,Tousjours la lance ou la bouteilleSur la cuisse : c’estoit merveille,Merveille de me regarder.Il vint ung Breton estrader,Qui faisoit rage d’une lance ;Mais il avoit, de jeune enfance,Les reins rompus ; c’estoit dommaige.Il vint tout seul, par son oultraige,Estrader par mont et par val ;Pour bien pourbondir un chevalIl faisoit feu et voire flambe.Mais je lui trenchay une jambe,D’ung revers, jusques à la hanche ;Et fis ce coup-là ung dimenche,Que dy-je ? ung lundy matin.Il ne s’armoit que de satin,Tant craignoit à grever ses reins.Voulentiers frappoit aux chanfrainsD’ung cheval, quand venoit en jouste,Ou droit à la queue, sans doubte.Point il ne frappoit son roussin,Pource qu’il avoit le farcin,Que d’ung baston court et noailleux,Dessus sa teste et ses cheveulx,De paour de le faire clocher.Aussi, de paour de tresbucher,Il alloit son beau pas, <i>tric, trac</i>,Et ung grant panon de bissacVoulentiers portoit sur sa teste.D’ung tel homme fault faire festeAutant que d’ung million d’or.Gens d’armes ! c’est ung grant tresor ;S’il vault riens il ne fault pas dire.J’ay fait raige avecques La Hire :Je l’ay servy trestout mon aage.Je fus gros vallet, et puis page,Archier, et puis je pris la lance,Et la vous portoye sur la panse,Tousjours troussé comme une poche.Et puis, monseigneur de la Roche,Que Dieu pardoint, me print pour paige.J’estoye gent et beau de visaige,Je chantoye et brouilloye des flustes,Et si tiroye entre deux butes.À brief parler, j’estoye ainsiMignon comme cest enfant-cy ;Je n’avoys pas gramment plus d’aage…Or ça, ça, par où assauldray-jeCe cocq que j’ay ouy chanter ?À peu besongner bien vanter ;Il fault assaillir cest hostel.<i>Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail dechenevière, faict en façon d’ung gendarme,croix blanche devant et croix noirederrière, en sa main tenantune arbaleste</i>.(À part.) Ha ! le Sacrement de l’autel !Je suis affoibly ! Qu’esse-cy ?(À l’espoventail.)Ha ! Monseigneur, pour Dieu, mercy !Hault le trait, qu’aye la vie franche !Je voy bien, à vostre croix blanche,Que nous sommes tout d’ung party.(À part.)D’ond, tous les diables ! est-il sorty,Tout seul et ainsi effroyé ?(À l’espoventail.)Comment ! Estes-vous desvoyé ?Mettez jus, je gage l’amende.Et, pour Dieu, mon amy, desbendeAu hault ou au loing ton baston !<i>Adonc il advise sa croix noire</i>. Par le sang bieu ! c’est ung Breton,Et je dy que je suis Francoys !…Il est fait de toy, ceste fois,Perrenet ; c’est ung parti contraire !(À l’espoventail.)Hen, Dieu ! et où voulez-vous traire ?Vous ne sçavez pas que vous faictes.Dea ! je suis Breton, si vous l’estes.Vive sainct Denis ou sainct Yve !Ne m’en chault qui, mais que je vive !Par ma foi ! Monseigneur mon maistre,Se vous voulez sçavoir mon estre,Ma mère fut née d’Anjou,Et mon père je ne sçay d’où,Sinon que j’ouy revelerQu’il fut natif de Lantriquer.Comment sçauray-je vostre nom ?Monseigneur Rollant, ou Yvon,Mort seray quand il vous plaira !(À part.)Et comment ! il ne cesseraMeshuy de me persecuter,Et si ne me veult escouter !(À l’espoventail.)En l’honneur de la PassionDe Dieu, que j’aye confession,Car je me sens jà fort malade !Or, tenez, velà ma salade,Qui n’est froissée ne couppée ;Je la vous rens, et mon espée,Et faictes prier Dieu pour moy.Je vous laisse, sur vostre foy,Ung vœu que je doibs à sainct Jacques.Pour le faire, prendrez mon jacques,Et ma ceinture et mon cornet.(À part.)Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,Voire maulgré toi et à force !(Au public.)Puis qu’endurer fault et à force,Priez pour l’ame, s’il vous plaist,Du Franc Archier de Baignolet,Et m’escripvez, à ung paraphe,Sur moy ce petit epitaphe : </i>Cy gist Pernet le Franc Archier,Qui cy mourut sans desmarcher,Car de fuyr n’eut onc espace,Lequel Dieu, par sa saincte grace,Mette ès cieulx, avecques les amesDes francs archiers et des gens d’armes,Arrière des arbalestriers.Je les hay tous : ce sont meurdriers !Je les congnois bien de pieça.Et mourut l’an qu’il trespassa</i>. Velà tout ; les mots sont très beaux.Or, vous me lairrez mes houseaulx,Car, se j’alloye en paradisÀ cheval, comme fist jadisSainct Martin, et aussi sainct George,J’en seroye bien plus prest… Or jeVous laisse gantelet et dague :Car, au surplus, je n’ay plus bagueDe quoy je me puisse deffendre.(À l’espouventail.)Attendez ! me voulez-vous prendreEn desaroy ? Je me confesseÀ Dieu, tandis qu’il n’y a presse,À la Vierge et à tous sainctz.(À part.)Or meurs-je les membres tous sainsEt tout en bon point, ce me semble.Je n’ay mal, sinon que je trembleDe paour et de malle froidure,Et de mes cinq sens de nature…Cinq cens ! Où prins, qui ne les embie ?Je n’en veiz onc cinq cens ensemble,Par ma foy ! n’en or, n’en monnoye.Pour néant m’en confesseroye :Oncques ensemble n’en veiz deux.Et de mes sept pechez morteuxIl fault bien que m’en supportez :Sur moy je les ay trop portez ;Je les metz jus, avec mon jacques.J’eusse attendu jusques à Pasques,Mais vecy ung advancement.Et du premier commendementDe la Loy, qui dit qu’on doibt croire(Non pas l’estoc quand on va boire,Cela s’entend) en ung seul Dieu,Jamais ne me trouvay en lieuOù j’y creusse mieulx qu’à ceste heure,Mais qu’à ce besoing me sequeure.(À l’espoventail.)Ne desbendez ? Je ne me fuys !(À part.)Hélas ! je suis mort où je suis.Je suis aussi simple, aussi coyComme une pucelle ; car, quoyDit le second commendement ?Qu’on ne jure Dieu vainement.Non ay—je en vain, mais très ferme,Ainsi que fait ung bon genderme,Car il n’est rien craint, s’il ne jure.Le tiers nous enjoingt et procure,Et advertist et admoneste,Que l’en doit bien garder la feste,Autant en hyver qu'en esté :J’ay tousjours voulentiers festé,De ce ne mentiray-je point,Et le quatriesme nous enjointQu’on doit honnorer père et mère :J’ay tousjours honoré mon père,En moy congnoissant gentilhommeDe son costé, combien qu’en sommeSois villain et de villenaille.(À l’espoventail.)Et, pour Dieu, mon amy, que j'ailleJusques amen ; misericorde !Relevez ung peu vostre corde ;Ferez que le traict ne me blesse.(À part.)Item, morbieu ! je me confesseDu cinquiesme, sequentement :Deffend-il pas expressémentQue nul si ne soit point meurtrier ?(À l’espoventail.)Las ! Monseigneur l’arbalestrier,Gardez bien ce commendement ;Quant est à moy, par mon serment,Meurdre ne fis onc qu’en poulaille.(À part.)L’aultre commendement nous bailleQu’on n’emble rien ; ce ne fis oncque,Car en lieu n’en place quelconqueJe n’euz loysir de rien embler.J’ay assez à qui ressemblerEn ce point ; je n’ay point meffait,Car, se l’en m’eust pris sur le fait,Dieu scet comme il me fust mescheu !<i>Cy laisse tomber à terre l’espoventail, celluy qui le tient</i>.(À l’espoventail.) Las ! monseigneur ! Vous estes cheu !…Jésus ! et qui vous abouté,Dictes ? Ce n’ay-je pas esté,Vrayement, ou diable ne m’emporte,Au cas, dictes ? Je m’en rapporteÀ tous ceulx qui sont cy, beau sire,Affin que ne vueillez pas direQue c’est demain ou pour demain.Au fort, baillez-moy vostre main,Je vous ayderay à lever.Mais ne me vueillez pas grever :J’ai pitié de vostre fortune.<i>Cy apperçoyt le Franc Archier, de l’espoventail, que cen’est pas ung homme</i>. Par le corps bieu ! j’en ay pour une !Il n’a pié ne main ; il ne hobe ;Par le corps bieu ! c’est une robePlaine, de quoy ? charbieu ! de paille !Qu’esse-cy ? morbieu ! on se raille,Ce cuiday-je, des gens de guerre…Que la fièvre quartaine serreCelluy qui vous a mis icy !Je le feray le plus marry,Par la vertu bieu ! qu’il fut oncques.Se mocque on de moy quelconques ?Et ce n’est, j’advoue sainct Pierre !Qu’espoventail de chenevière,Que le vent a cy abatu !…La mort bieu ! vous serez batu,Tout au travers, de ceste espée…Quand la robbe seroit couppée,Ce seroit ung très grand dommaige.Je vous emporteray pour gaige,Toutesfoys, après tout hutin.Au fort, ce sera mon butin,Que je rapporte de la guerre.On s’est bien raillé de toi, Pierre,La charbieu saincte et beniste !Vous eussiez eu l’assault bien viste,Se j’eusse sceu vostre prouesse :Vous eussiez tost eu la renverse,Voir, quelque paour que j’en eusse.Or pleust à Jésus que je fusse,À tout cecy, en ma maison !Qu’il poise ! Mengié a foisonDe paille : elle chiet par derrière.C’est paine pour la chamberière,De la porter hors de ce lieu.(Au public.)Seigneurs, je vous commande à Dieu ;Et se l’on vous vient demanderQu’est devenu le Franc Archier,Dictes qu’il n’est pas mort encor,Et qu’il emporte dague et cor,Et reviendra par cy de brief.Adieu ; je m’en vois au relief.FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET.
M. Hée, Monsieur de Baillevent ! B. QuoyDe neuf ? M. On nous tient en aboy,Comme despourveuz, malureux.B. Si j’avoye autant que je doy,Sang bieu ! je seroye chez le Roy,Un page après moy ! M. Voire deux !B. Nous sommes francs… M. Adventureux.B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.M. Voire, de souhaits. B. C’est assez.M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.B. Par l’huys. M. Du joly SouffreteuxHeritiers. B. De gaiges cassez.M. Nous sommes, puis troys ans passezSi minces. B. Si mal compassez.M. Si simples. B. Legiers comme vent.M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,De donner pour Dieu dispensez,Car nous jeusnons assez souvent.M. Hée, monsieur de Baillevent,Qui peult trouver, soubz quelque amant,Deux ou troys mille escus, quel proye !B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.B. Le quartier en vault l’arpent,Pardieu ! Monsieur de Mallepaye !M. J’escripz contre ces murs. B. Je raye,Puis de charbon et puis de craye.M. Je raille. B. Je fays chère à tous.M. Nous avons beau coucher en raye,L’oreille au vent, la gueulle baye,On ne faict point prochas de nous.B. Helas ! serons-nous jamais soulx ?M. Il ne fault que deux ou trois coupsPour nous remonter. B. Doux. M. Droictz.B. Druz.M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.M. Gens… B. A dire : D’ond venez-vous ?M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.B. De serjens sommes tous recreux,Et si n’avons nulz bien acreuz.M. Nous debvons. B. On nous doibt.M. Fourraige.B. Entretenus. M. Comme poux creux.B. Jurons sang bieu, nous serons creuz :Arrière, piettons de village !M. Ne suis-je pas beau personnaige ?B. J’ay train de seigneur. M. Pas de saige.B. Ressourdant. M. Comme bel alun.B. Pathelin en main. M. Dire raige.B. Et, par la mort bieu ! c’est dommaige,Que ne mettons vilains en run.M. Hée ! cinq cens escus ! B. C’est esgrun.M. Quand j’en ay j’en offre à chascun,Et suis bien aise quand j’en preste.B. Mes rentes sont sur le commun ;M. Mais povres gens n’en ont pas ung ;B. J’y romproye pour néant la teste.M. S’il povoyt venir quelque enqueste,Quelque mandement ou requeste,Ou quelque bonne commission !B. Mais en quelque banquet honneste,Faire accroire à cest ou à cesteLa Pragmatique Sanction !M. Et si elle y croit ? B. Promision.M. Se elle promet ? B. Monition.M. Se on l’admoneste ? B. Qu’on marchande.M. Se on faict marché ? B. Fruiction.M. Se on fruict ? B. La PetitionEn façon de belle demandeD’ung beau cent escus. M. Quelle viande !B. Qui l’auroit quand on la demande,On feroit… M. Quoi ? B. Feu. M. SainctJehan, voire !B. On tauxeroit bien grosse amendeSur le faict de ceste demande,Se j’en quictoye le petitoire.M. Quel bien ! B. Quel heur ! M. Quel accessoire !B. Je me raffroichiz la memoireQuand il m’en souvient. M. Quel plaisir !B. Se on nous bailloit par inventoireDeux mil escuz en une armoire,Ilz n’auroient garde d’y moysir.M. Qui peut prendre ! B. Qui peut choisir !M. Gaigner ! B. Espargner ! M. Se saisir !Nous serions partout bienvenuz.B. Ung songe ! M. Mais quel ? B. De plaisir.M. Nous prendrons si bien le loisirDe compter ne sçay quantz escuz.B. Nous sommes bien entretenuz.M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz…B. De nos parens. M. De bonne race.B. Rentes assez et revenuz,Et s’à présent n’en avons nulz,Ce n’est que malheur qui nous chasse.M. Je n’en fais compte. B. Je raimasse.M. Je volle par coups. B. Je tracasse,Puis au poil et puis à la plume.M. Je gaudis, et si je rimasse,Que voulez-vous ! il ne tient qu’à ceQue je ne l’ay pas de coustume.B. D’honneur assez. M. Chascun en hume.B. Je destains le feu. M. Je l’allume.B. Je m’esbas. M. Je passe mon dueil.B. Le plus souvent, quand je me fume,Je batteroye comme fer d’enclume,Si je me trouvoye tout seul.M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.M. Je donne à quelqu’une ung guin d’œil.B. Je m’esbas à je ne sçay quoy.M. J’entretiens. B. Je fais bel accueil.M. On me fait tout ce que je vueil,Quand nous sommes mon paige et moy.B. Je ne demande qu’avoir dequoy,Belle amye, et vivre à requoy,Faire tousjours bonne entreprise,Belles armes, loyal au Roy.M. Mais trois poulx rempans en aboyPour le gibier de la chemise !B. Je porteroye pour ma deviseLa marguerite en or assiseEt le houx partout estandu.M. Vostre cry, quel ? B. Nouvelle guise.M. Riens en recepte, tant en mise,Et, toute somme, item perdu.B. Je vous seroye, au residu,Gorgias sur le hault verdiLe bel estomac d’alouette.M. Robbe ! B. De gris blanc, gris perdu,Bien emprunté et mal rendu,Payé d’une belle estiquette.M. Puis la chaîne d’or, la baguette,Le lacqs de soye, la cornette…B. De velours. M. C’est bel affiquet.B. Quand nous aurions fait nostre emplète,La porte seroit bien estroicteSe ne passions jusqu’au ticquet.M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.B. De vert ? M. Tousjours quelque bouquet.B. Selon la saison de l’année.M. Et de paige ? B. Quelque naquet.M. S’il vient hasart en ung banquet ?B. Le prendre entre bond et vollée.M. Aux survenans ? B. Chère meslée.M. Aux povres duppes ? B La havée.M. Et aux rustes ? B. Le jobelin.M. Aux mignons de court ? B. L’accollée.M. Aux gens de mesmes ? B. La risée.M. Et aux ouvriers ? B. Le pathelin.M. D’entretenir ? B. Damoiselin.M. Et saluer ? B. Bas comme lin.M. Et diviser ? B. Motz tous nouveaulx.Pour contenter le femynin.Nous ferions plus d’ung esclinQu’ung aultre de quinze royaulx.M. Hée, cueurs joyeux ! B. Hée, cueursloyaulx !M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux.M. Especiaulx.B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.M. Nous devrions passer aux sceaulxEnvers les officiers royaulx,Comme messieurs les despourveuz.B. De congnoissance bien pourveuzEt de sagesse. M. On nous a veuzSi gentilz et si francs. B. Si doulx.M. Helas ! cent escuz nous sont deubz.B. Au fort, si nous les eussions euz,On en tint plus compte de nous.M. Nous avons faict plaisir à tous.B. Chère à dire : D’ond venez-vous ?M. Esmerillonnez. B. Advenans.M. Cent escus, et juger des coups.On auroit beau mettre aux deux bouts,Se nous ne tenions des gaignans.B. Nous sommes deux si beaulx gallans.M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. ParlansM. Esmeuz de franche volunté.B. Aagez de sens. M. Et jeunes d’ans.B. Bien gays. M. Assez rescéans.B. Povres d'argent. M. Prou de santé.B. Chascun de nous est habité.M. Maison à Paris. B. Bien monté,Aussi bien aux champs qu’en la ville.M. Il y a ceste malheurtéQue de l’argent qu’avons prestéNous n’en arrons ne croix ne pille.B. Où sont les cens et deux cens milleEscus que nous avions en pile,Quand chascun avoit bien du sien ?M. Au fort, se nous n’en avons mille,Nous sommes, selon l’Evangile,Des bienheureux du temps ancien.B. J’aymasse mieulx qu’il n’en fust rien.M. Trouvons en par quelque moyen.B. Qui en a à present ? M. Je ne sçay.B. Hé, ung engin parisien…M. Art lombard. B. Franc praticien,Pour faire à present ung essay !M. Je vis le temps que j’avancayL’argent de chose, et adressayTel et tel et tel benefice.B. Et, pour moy, quand je compasséMonseigneur tel, et pourchasséMoy mesmes tout seul son office.M. J’estois tousjours à tous propice ;Mais je crains. B. Et quoy ? M. Qu’avariceNous surprint, si devenions riches.B. Riches, quoi ! Ceste faulce lisse,Pouvreté, nous tient en sa lice.M. C’est ce qui nous faict estre chiches.B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.B. Rebondis… M. Comme belles miches.B. Et fraysés… M. Comme beaulx ongnons.B. Aussi coustelez. M. Comme chiches.B. Adventureux. M. Comme SuyssesÀ Nancy, sur les Bourguygnons.B. Entre les gallans. M. Compaignons.B. Entre les gorgias. M. Mignons.B. Entre gens d’armes. M. Courageux.B. S’on barguigne. M. Nous barguignons.B. Heureulx. M. Comme beaux champignons.Mis sus en ung jour ou en deux.B. Nous sommes les adventureuxDespourveuz. M. D’argent. B. Plantureux.M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.M. Pour servir princes. B. Curieux.M. Et pour les mignons. B. Gracieux.M. Et pour le commun. B. Tant à tant.M. Hée, monsieur de Baillevent,Quand reviendra le bon temps ?B. Quand chascun aura ses souhaits.M. Cent mille escus argent comptant,Sur ma foy, je seroye contentQu’on ne parlast plus que de paix.B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. MaisFaulte d’argent et les grans prestz…M. Nous ont ung peu appaillardis.B. Abandonnez. M. Comme hardis.B. Requis. M. Comme les gras mardis.B. Et fiers. M. Comme ung beau pet enbaing.B. J’ay dueil que vieulx villains tarnysSoient d’or et d’argent si garnis,Et mignons en ont tant besoing.M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim.B. Soif. M. Soing.B. Nous tracassons. M. Çà. B. Là. M. Près.B. Loing.M. Sans prouffit. B. Sans quelque advan-taige.M. Mais, s’on nous fonçoit or au poing,Nous serions pour faire à ung coingNostre prouffit d’aultruy dommage.Avez-vous tousjours l’heritaigeDe Baillevent ? B. Ouy. M. J’enraigeQu’en Mallepaye n’a vins, blez, grains.B. Cent francs de rente et ung fromaige,Vous m’orriez dire de couraige :Vive le roy ! M. Ronfflez, villains !B. Qui a le vent ? M. Joyeulx mondains.B. Gré de dames ? M. Amoureux craints.B. Et l’argent, qui ? M. Qui plus embource.B. Qu’est-ce d’entre nous courtissains ?M. Nous prenons escus pour douzains,Franchement, et bourse pour bource.B. Ha ! Monseigneur ! M. Sang bieu, lamousseM’a trop cousté. B. Et pourquoy ? M. Pource.B. Hay ! hay ! tout est mal compassé.M.Comment ? B. On ne joue plus du poulce.M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse ;Autant vauldroit ung arc cassé.M. Monsieur mon pere eust amasséPlus d’escus qu’on eust entasséEn ung hospital de vermine.B. Mais nous avons si bien sassé,Le sang bieu ! que tout est passé,Gros et menu, par l’estamyne.M. Si vient guerre, mort ou famine,Dont Dieu nous gard, quel train, quel myneFerons nous pour gaigner le broust ?B. Quant à moy, je me determineD’entrer chez voisin et voisineEt d’aller voir si le pot bout.M. Mais regardons, à peu de coust,Quel train nous viendroit mieulx à goustPour amasser biens et honneurs.B. Le meilleur est prendre partout.M. De rendre, quoy ? B. On s’en absoult,Pour cinq solz, à ces pardonneurs.M. Allons servir quelques seigneurs.B. Aucuns sont si petitz d’honneursQu’on n’y a que peine et meschance.M. Et prouffit, quel ? B. Selons les heurs ;Mais entre nous, fins estradours,Il nous fault esplucher la chance.M. Servons marchans pour la pitance,Pour fructus ventris, pour la pance.B. On y gaigneroit ses despens.M. Et de foncer ? B. Bonne asseurance,Petite foy, large conscience ;Tu n’y scez riens et y aprens.M. De procès, quoy ? B. Si je m’y rens,Je veulx estre mis sur les rangs,S’ilz ont argent, si je n’en crocque.M. Quels gens sont-ce ? B. Gros marchesens,Qui se font bien servir des gens ;Mais de payer, querez qui bloque !M. Officiers, quoi ? C’est toute mocque :L’ung pourchasse, l’autre desroque,Et semble que tout soit pour eulx.B. Laissons-les là. M. Ho ! je n’y tocque.Il n’est point de pire defroqueQue de malheur à malheureux.B. Pour despourveuz adventureuxComme nous, encor c’est le mieulxDe faire l’ost et les gens d’armes.M. En fuite je suis couraigeux.B. Et à frapper ? M. Je suis piteux ;Je crains trop les coups, pour les armes.B. Servons donc Cordeliers ou Carmes,Et prenons leurs bissacs à fermes,Car il n’y a pas grand debit.M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,Et pleureroyent maintes lermesDevant que nous prinssions l’habit.B. Se en cest malheur et labitNous mourions, par quelque acabit,Âme n’y a qui bien nous face.M. J’ay ung vieil harnoys qu’on forbit,Sur lequel je fonde ung obit,Et du surplus, Dieu le parface !B. Hée, fault-il que Fortune effaceNostre bon bruyt ? M. Malheur nous chasse ; trasse.Mais il n’a nul bien qui n’endure.B. Prenons quelque train. M. SuyvonsB. Nous trassons, et quelqu’un nous trasse :À loups ravis grosse pasture.M. Allons ! B. Mais où ? M. À l’adventure.B. Qui nous admoneste ? M. Nature.B. Pour aller ? M. Où on nous attend.B. Par quel chemin ? M. Par soing ou cure.B. Logez où ? M. Près de la cloustureDe monsieur d’Angoulevent.B. Comment yrons ? M. Jusqu’à Claqdent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Et passerons par Mallepaye.B. Brief, c’est le plus expedientQue nous jetons la plume au vent :Qui ne peult mordre, si abaye.M. Où ung franc couraige s’employe,Il treuve à gaigner. B. Querons proye.M. Desquelz serons-nous ? B. Des plus forts.M. Il ne m’en chault, mais que j’en aye,Que la plume au vent on envoye.B. Puis après ? M. Alors comme alors.B. La plume au vent ! M. Sus. B. Là.M. Dehors !B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.Je me tiendray des mieulx venuz.B. On n’yra point, quand seront mors,Demander au roy les tresorsDe messieurs les despourveuz.La plume au vent ! M. Je le concluz.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Pour les povres de ceste année.B. Ne demeurons plus si confuz.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Au grat, la terre est degelée !M. Allons, suyvons quelque traînée.Devant ! vostre fievre est tremblée,Car nous sommes tous estourdiz.B. Dieu doint aux riches bonne année !M. Aux despourveuz grasse journée !B. Et aux femmes pesans mariz !Prenez en gré, grans et petiz.FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
£Vous qui cerchez les repeues franches,£Et, tant jours ouvriers que dimenches,£N’avez pas planté de monnoye,£Affin que chascun de vous oye£Comment on les peut recouvrer,£Vueillez vous au sermon trouver£Qui est escript dedans ce livre.£Mettez tous peine de le lire,£Entre vous, jeunes perrucatz,£Procureurs, nouveaulx advocatz,£Aprenans aux despens d’aultruy.£Venez-y tost, sans nul estrif,£Clercz, de praticque diligens,£Qui congnoissez si bien vos gens ;£Sergens à pied et à cheval,£Venez-y d’amont et d’aval,£Les hoirs du deffunct Pathelin,£Qui sçavez jargon jobelin ;£Capitaine du pont-à-Billon ;£Tous les subjetz Françoys Villon,£Soyez, à ce coup, reveillez.£Pas ne devez estre oubliez,£Tous gallans à pourpointz sans manches,£Qui ont besoing de repeues franches,£Et tous ceulx, tant yver qu’esté,£Qui en ont grant necessité.£Venez vous apprendre comment£Les maistres anciennement£Sçavoyent tous les tours de ce faire :£Messire Chascun Poicdenaire,£Qui de livres sçait les usaiges,£Et veult lire tous les passaiges,£De celuy en prins appetis ;£Venez-y donc, grans et petis,£Car, de la science sçavoir,£Vous ne povez que mieulx valoir.£Venez, chevaucheurs d’escuyrie,£Serviteurs de grant seigneurie,£Venez-y sans dilation,£Tous gens sotz et toutes gens sottes ;£Venez-y, bigotz et bigottes ;£Venez-y, povres Turlupins£Et Cordeliers et Jacopins ;£Venez aussi, toutes prestresses,£Qui sçavez piecà les adresses£Des presbitaires hault et bas ;£Gardez que vous n’y faillez pas !£Venez, gorriers et gorrières,£Qui faictes si bien les manières£Que c’est une chose terrible.£Pour bien faire tout le possible ;£Toutes manières de farseurs,£Anciens et jeunes mocqueurs ;£Venez-y tous, vrays macquereaulx£De tous estatz, vieulx et nouveaulx ;£Venez-y toutes, macquerelles,£Qui, par vos subtilles querelles,£Avez tousjours en vos maisons£Pour avoir en toutes saisons,£Tant jours ouvriers que dimenches,£Souvent les bonnes repeues franches.£Venez-y tous, bons pardonneurs,£Qui sçavez faire les honneurs,£Aux villages, de bons pastez,£Avecques ces gras curatez,£Qui ayment bien vostre venue£Pour avoir la franche repeue ;£Affin que chascun d’eulx enhorte£Les paroissiens, qu’on apporte£Des biens aux pardons de ce lieu,£Et qu’on face du bien pour Dieu.£Tant que le pardonneur s’en aille,£Le curé ne despendra maille,£Et aura maistre Jehan Laurens£Fermement payé les despens£Et quarte de vin, simplement,£Au curé, à son partement.£°°De tout estat, soit bas ou hault,£Venez-y, qu’il n’y ait deffault ;£Venez-y, varletz, chamberières,£Qui sçavez si bien les manières,£°°En disant mainte bonne bave,£D’avoir du meilleur de la cave,£Et puis joyeusement preschez,£Après que vos gens sont couchez.£Ceulx qui cerchent banquets ou festes£Pour dire quelques chansonnettes,£Affin d’atrapper la repeue,£Que chascun de vous se remue£D’y venir bien legièrement ;£Et vous pourrez ouyr comment£Ung grant tas de bonnes commères£Sçavent bien trouver les manières£De faire leurs marys coqus.£Venez·y, et n’attendez plus,£Entre vous, prebstres sans séjour,£Qui dictes deux messes par jour£A Sainct-Innocent, ou ailleurs ;£Venez-y, pour sçavoir plusieurs£Des passaiges et des adresses£De maintes petites finesses£Que l’en faict facillement£Qu’advient, par faulte d’argent,£En maint lieu, la franche repeue,£Qui ne doit à nul estre teue.£Par tel, cil qui veue ne l’aura,£Paiera, et celuy qui fera£De ceste repeue le present,£De l’escot s’en yra exempt,£Moyennant qu’il monstre ce livre :£Par ce moyen sera delivre ;£En lieu où n’aura esté veu£Il sera franchement repeu,£Ainsi qu’on orra plus à plain,£Qui de l’entendre prendra soing.£££