£°°Rencontré soit de bestes feu gectans,£Que Jason vit, querant la Toison d’or ;£Ou transmué d’homme en beste, sept ans,£Ainsi que fut Nabugodonosor ;£Ou bien ait perte aussi griefve et villaine£Que les Troyens pour la prinse d’Heleine ;£Ou avallé soit avec Tantalus£Et Proserpine aux infernaulx pallus,£Ou plus que Job soit en griefve souffrance,£Tenant prison en la court Dedalus,£Qui mal vouldroit au royaume de France !££°°Quatre mois soit en un vivier chantant,£La teste au fons, ainsi que le butor ;£Ou au Grand-Turc vendu argent contant,£Pour estre mis au harnois comme un tor ;£Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,£Sans vestir drap de linge ne de laine ;£Ou noyé soit, comme fut Narcisus ;£Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,£Ou comme fut Judas par desperance,£Ou puist mourir comme Simon Magus,£Qui mal vouldroit au royaume de France !££D’Octovien puisse venir le temps :£C’est qu’on luy coule au ventre son trésor ;£Ou qu’il soit mis entre meules flotans ;£En un moulin, comme fut saint Victor ;£Ou transgloutis en la mer, sans haleine,£Pis que Jonas au corps de la baleine ;£Ou soit banny de la clarté Phœbus,£Des biens Juno et du soulas Venus,£Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,£Ainsi que fut roy Sardanapalus,£Qui mal vouldroit au royaume de France !£<C>ENVOI.</C>££°°Prince, porté soit des clers Eolus,£En la forest où domine Glocus,£Ou privé soit de paix et d’espérance,£Car digne n’est de posseder vertus,£Qui mal vouldroit au royaume de France !£££
£°°Que dites-yous de mon appel,£Garnier ? Feis-je sens ou follie ?£Toute beste garde sa pel ;£Qui la contrainct, efforce ou lye,£S’elle peult, elle se deslie.£Quand à ceste peine arbitraire£On me jugea par tricherie,£Estoit-il lors temps de me taire ?££°°Se fusse des hoirs Hue Capel,£Qui fut extraict de boucherie,£On ne m’eust, parmy ce drapel,£Faict boyre à celle escorcherie :£Vous entendez bien joncherie ?£Ce fut son plaisir voluntaire£De me juger par fausserie.£Etoit-il lors temps de me taire ?££°°Cuidez-vous que soubz mon cappel£N’y eust tant de philosophie£Comme de dire : « J’en appel » ?£Si avoit, je vous certifie,£Combien que point trop ne m’y fie.£Quand on me dit, présent notaire :£« Pendu serez ! » je vous affie,£Estoit-il lors temps de me taire ?££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, si j’eusse eu la pepie,£Pieça je fusse où est Clotaire,£Aux champs debout comme ung espie.£Estoit-il lors temps de me taire ?££
£°°Je congnois bien mouches en laict ;£Je congnois à la robe l’homme ;£Je congnois le beau temps du laid ;£Je congnois au pommier la pomme ;£Je congnois l’arbre à veoir la gomme ;£Je congnois quand tout est de mesme ;£Je congnois qui besongne ou chomme ;£Je congnois tout, fors que moy-mesme.££°°Je congnois pourpoinct au collet ;£Je congnois le moyne à la gonne ;£Je congnois le maistre au valet ;£Je congnois au voyle la nonne ;£Je congnois quand piqueur jargonne ;£Je congnois folz nourriz de cresme ;£Je congnois le vin à la tonne ;£Je congnois tout, fors que moy-mesme.££Je congnois cheval du mulet ;£Je congnois leur charge et leur somme ;£Je congnois Bietrix et Bellet ;£Je congnois gect qui nombre et somme ;£Je congnois vision en somme ;£Je congnois la faulte des Boesmes ;£Je congnois filz, varlet et homme ;£Je congnois tout, fors que moy-mesme.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, je congnois tout en somme ;£Je congnois coulorez et blesmes ;£Je congnois mort qui nous consomme ;£Je congnois tout, fors que moy-mesme.£££
£°°On parle des champs labourer,£De porter chaulme contre vent,£Et aussi de se marier£A femme qui tance souvent ;£De moyne de povre couvent,£De gens qui vont souvent sur mer ;£De ceulx qui vont les bleds semer,£Et de celluy qui l’asne maine ;£Mais, à trestout considérer,£Povres housseurs ont assez peine.££°°A petis enfans gouverner,£Dieu sçait se c’est esbatement !£De gens d’armes doit-on parler ?£De faire leur commandement ?£De servir Malchus chauldement ?£De servir dames et aymer ?£De guerrier et bouhourder£Et de jouster à la quintaine ?£Mais, à trestout considérer,£Povres housseurs ont assez peine.££°°Ce n’est que jeu de bled soyer,£Et de prez faulcher, vrayement ;£Ne d’orge battre, ne vanner,£Ne de plaider en Parlement ;£A danger emprunter argent ;£A maignans leurs poisles mener ;£Et à charretiers desjeuner,£Et de jeusner la quarantaine ;£Mais, à trestout considérer,£Povres housseurs ont assez peine.£££
£°°Tant grate chèvre que mal gist ;£Tant va le pot à l’eau qu’il brise ;£Tant chauffe-on le fer qu’il rougist ;£Tant le maille-on qu’il se debrise ;£Tant vault l’homme comme on le prise ;£Tant s’eslongne-il qu’il n’en souvient ;£Tant mauvais est qu’on le desprise ;£Tant crie l’on Noel qu’il vient.££°°Tant raille-on que plus on en rit ;£Tant despend-on qu’on n’a chemise ;£Tant est-on franc que tout se frit ;£Tant vault tien que chose promise ;£Tant ayme-on Dieu qu’on suyt l’Eglise ;£Tant donne-on qu’emprunter convient ;£Tant tourne vent qu’il chet en bise ;£Tant crie l’on Noel qu’il vient.££°°Tant ayme-on chien qu’on le nourrist ;£Tant court chanson qu’elle est apprise ;£Tant garde-on fruict qu’il se pourrist ;£Tant bat-on place qu’elle est prise ;£Tant tarde-on qu’on fault à l’emprise ;£Tant se haste-on que mal advient ;£Tant embrasse-on que chet la prise ;£Tant crie l’on Noel qu’il vient ;££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, tant vit fol qu’il s’advise ;£Tant va-t-il qu’après il revient ;£Tant le matte-on qu’il se radvise ;£Tant crie l’on Noel qu’il vient.£££
£°°Je meurs de soif auprès de la fontaine,£Chauld comme feu, et tremble dent à dent,£En mon païs suis en terre loingtaine ;£Lez un brazier friçonne tout ardent ;£Nu comme ung ver, vestu en president ;£Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;£Confort reprens en triste desespoir ;£Je m’esjouys et n’ay plaisir aucun ;£Puissant je suis sans force et sans povoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££°°Rien ne m’est seur que la chose incertaine,£Obscur, fors ce qui est tout evident ;£Doubte ne fais, fors en chose certaine ;£Science tiens à soudain accident ;£Je gaigne tout, et demeure perdent ;£Au point du jour, diz : « Dieu vous doint bon soir ! »£Gisant envers, j’ay grant paour de cheoir ;£J’ay bien de quoy, et si n’en ay pas un ;£Eschoicte attens, et d’homme ne suis hoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££°°De riens n’ay soing, si metz toute ma paine£D’acquerir biens, et n’y suis pretendant ;£Qui mieulx medit, c’est cil qui plus m’attaine,£Et qui plus vray, lors plus me va bourdant ;£Mon ami est qui me fait entendant£D’ung cygne blanc que c’est ung corbeau noir ;£Et qui me nuyst, croy qu’il m’aide à povoir.£Verité, bourde, aujourd’uy m’est tout un.£Je retiens tout ; riens ne sçay concepvoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££L’<C>ENVOI££°°Prince clement, or vous plaise savoir£Que j’entens moult et n’ay sens ne sçavoir ;£Parcial suis, à toutes lois commun.£Que fais-je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.£££
£°°Combien que j’ay leu en ung Dit :£<i>Inimicum putes, y a,£Qui te presentem laudabit</i>,£Toutesfois, non obstant cela,£Oncques vray homme ne cela£En son courage aucun grant bien,£Qui ne le montrast cà et là :£On doit dire du bien le bien.££°°Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,£Quant l’Aignel de Dieu descela.£En ce faisant pas ne meffist,£Dont sa voix ès tourbes vola ;£De quoy saint André Dieu loua,£Qui de luy cy ne sçavoit rien,£Et au Fils de Dieu s’aloua :£On doit dire du bien le bien.££ Envoyée de Jhesucrist,£Rappelles sà jus, par deçà,£Les povres que Rigueur proscript£Et que Fortune betourna.£Cy sçay bien comment y m’en va !£De Dieu, de vous, vie je tien…£Benoist celle qui vous porta !£On doit dire du bien le bien.££°°Cy, devant Dieu, fais congnoissance,£Que creature feusse morte,£Ne feust vostre doulce naissance,£En charité puissant et forte,£Qui ressuscite et reconforte£Ce que Mort avoit prins pour sien.£Vostre présence me conforte :£On doit dire du bien le bien.££°°Cy vous rens toute obéissance,£A ce faire Raison m’exorte,£De toute ma povre puissance ;£Plus n’est deul qui me desconforte,£N’autre ennuy de quelque sorte.£Vostre je suis et non plus mien ;£Ad ce droit et devoir m’enhorte :£On doit dire du bien le bien.££°°O grace et pitié très immense,£L’entrée de paix et la porte,£Some et benigne clemence,£Qui noz faultes toult et supporte,£Sy de vous louer me deporte,£Ingrat suis, et je le maintien,£Dont en ce refrain me transporte :£On doit dire du bien le bien.££<C>ENVOI.</C>££°°Princesse, ce loz je vous porte,£Que sans vous je ne feusse rien.£A vous et à vous m’en rapporte,£On doit dire du bien le bien.££££°°Euvre de Dieu, digne, louée£Autant que nulle créature,£De tous biens et vertuz douée,£Tant d’esperit que de nature,£Que de ceulx qu’on dit, d’adventure,£Plus nobles que rubis balais ;£Selon de Caton l’escripture :£<i>Patrem insequitur proles</i>.££°°Port assuré, maintient rassiz,£Plus que ne peut nature humaine,£Et, eussiez des ans trente six,£Enfance en rien ne vous demaine.£Que jour ne le die et sepmaine,£Je ne sçay qui me le deffend…£A ce propos ung dit ramaine :£De saige mère saige enfant.££Dont resume ce que j’ay dit :£<i>Nora progenies cœlo</i>,£Car c’est du poëte le dit,£<i>Jamjam demittitur alto</i>.£Saige Cassandre, belle Echo,£Digne Judith, caste Lucresse,£Je vous congnois, noble Dido,£A ma seule dame et maitresse.££°°En priant Dieu, digne pucelle,£Que vous doint longue et bonne vie ;£Qui vous ayme, MADEMOISELLE,£Jà ne coure sur luy envie.£Entière dame et assouvie,£J’espoir de vous servir ainçoys,£Certes, se Dieu plaist, que devie£Vostre povre escolier FRANÇOYS.£££
£°°Ayez pitié, ayez pitié de moy,£À tout le moins, si vous plaist, mes amis !£En fosse giz, non pas soubz houx ne may,£En cest exil ouquel je suis transmis£Par fortune, comme Dieu l’a permis.£Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx ;£Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,£Vifs comme dars, aguz comme aguillon ;£Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,£Le lesserez là, le povre Villon ?££°°Chantres chantans à plaisance, sans loy ;£Galans, rians, plaisans en faictz et diz,£Coureux, allans, francs de faulx or, d’aloy ;£Gens d’esperit, ung petit estourdiz ;£Trop demourez, car il meurt entandiz.£Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,£Quand mort sera vous lui ferez chaudeaux.£Il n’entre, où gist, n’escler ne tourbillon ;£De murs espoix on luy a fait bandeaux :£Le lesserez là, le povre Villon ?££°°Venez le veoir en ce piteux arroy,£Nobles hommes, francs de quars et de dix,£Qui ne tenez d’empereur ne de roy,£Mais seulement de Dieu de Paradiz :£Jeuner lui fault dimanches et mardiz£Dond les dens a plus longues que ratteaux,£Après pain sec, non pas après gasteaux ;£En ses boyaulx verse eau à gros bouillon ;£Bas enterré, table n’a, ne tresteaulx :£Le lesserez là, le povre Villon ?££<C>ENVOI.</C>££°°Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,£Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,£Et me montez en quelque corbillon.£Ainsi se font l’un à l’autre pourceaux,£Car, où l’un brait, ilz fuyent à monceaux.£Le lesserez là, le povre Villon ?£££
£°°Frères humains, qui après nous vivez,£N’ayez les cueurs contre nous endurciz,£Car, si pitié de nous pouvres avez,£Dieu en aura plustost de vous merciz.£Vous nous voyez cy attachez cinq, six :£Quant de la chair, que trop avons nourrie,£Elle est pieça devorée et pourrie,£Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.£De nostre mal personne ne s’en rie,£Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !££°°Se vous clamons, frères, pas n’en devez£Avoir desdaing, quoyque fusmes occis£Par justice. Toutesfois, vous sçavez£Que tous les hommes n’ont pas bon sens assis ;£Intercedez doncques, de cueur rassis,£Envers le Filz de la Vierge Marie,£Que sa grace ne soit pour nous tarie,£Nous preservant de l’infernale fouldre.£Nous sommes mors, ame ne nous harie ;£Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !££°°La pluye nous a debuez et lavez,£Et le soleil dessechez et noirciz ;£Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,£Et arrachez la barbe et les sourcilz.£Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis ;£Puis çà, puis là, comme le vent varie,£A son plaisir sans cesser nous charie,£Plus becquetez d’oyseaulx que dez à couldre.£Ne soyez donc de nostre confrairie,£Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !££<C>ENVOI.</C>££°°Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,£Garde qu’Enfer n’ayt de nous la maistrie :£A luy n’ayons que faire ne que souldre.£Hommes, icy n’usez de mocquerie£Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !£££
£°°Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,£Le nez, et vous, le sensitif, aussi ;£Tous mes membres où il y a reprouche,£En son endroit ung chascun die ainsi :£« Court souverain, par qui sommes icy,£Vous nous avez gardé de desconfire ;£Or, la langue ne eut assez suffire£À vous rendre suffisantes louenges :£Si prions tous, fille au souverain Sire,£Mère des bons, et sœur des benoistz anges ! »££°°Cueur, fendez-vous, ou percez d’une broche,£Et ne soyez, au moins, plus endurcy£Qu’au desert fut la forte bise roche£Dont le peuple des Juifs fut adoulcy ;£Fondez larmes, et venez à mercy,£Comme humble cueur qui tendrement souspire :£Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,£L’heur des Françoys, le confort des estranges,£Procreée la sus au ciel empire,£Mère des bons, et sœur des benoistz anges !££°°Et vous, mes dentz, chascune si s’esloche ;£Saillez avant, rendez toutes mercy,£Plus haultement qu’orgue, trompe, ne cloche,£Et de mascher n’ayez ores soulcy ;£Considerez que je fusse transy,£Foye, pommon, et rate qui respire ;£Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire£Qu’ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,£Louez la Court, avant qu’il vous empire,£Mère des bons, et sœur des benoistz anges !££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, trois jours ne vueillez m’escondire,£Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire ;£Sans eulx, argent je n’ay, icy n’aux changes.£Court triumphant, <i>fiat</i>, sans me desdire ;£Mère des bons, et sœur des benoistz anges !£££
£°°Le mien seigneur et prince redoubté,£Fleuron de Lys, royale geniture,£Françoys Villon, que travail a dompté£A coups orbes, par force de batture,£Vous supplie, par cette humble escripture,£Que luy faciez quelque gracieux prest.£De s’obliger en toutes cours est prest ;£Si ne doubtez que bien ne vous contente.£Sans y avoir dommage n’interest,£Vous n’y perdrez seulement que l’attente.££A prince n’a ung denier emprunté,£Fors à vous seul, vostre humble creature.£Des six escus que lui avez presté,£Cela pieça, il mist en nourriture ;£Tout se payera ensemble, c’est droicture,£Mais ce sera légèrement et prest :£Car, se du gland rencontre en la forest£D’entour Patay, et chastaignes ont vente,£Payé serez sans delay ny arrest :£Vous n’y perdrez seulement que l’attente.££°°Si je pensois vendre de ma santé£A ung Lombard, usurier par nature,£Faulte d’argent m’a si fort enchanté,£Que j’en prendrois, ce croy-je, l’adventure.£Argent ne pend à gippon ne ceincture ;£Beau sire Dieux ! je m’esbahyz que c’est,£Que devant moy croix ne se comparoist,£Sinon de bois ou pierre, que ne mente ;£Mais s’une fois la vraye m’apparoist,£Vous n’y perdrez seulement que l’attente.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince du Lys, qui à tout bien complaist,£Que cuidez-vous, comment il me desplaist£Quand je ne puis venir à mon entente ?£Bien m’entendez, aydez moi, s’il vous plaist :£Vous n’y perdrez seulement que l’attente.££SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE££°°<i>Allez, Lettres, faictes un sault,£Combien que n’ayez pied ne langue :£Remonstrez, en vostre harengue,£Que faulte d’argent si m’assault</i>.££
£Qu’est-ce que j’oy ? — Ce suis-je. — Qui ? — Ton cueur,£Qui ne tient mais qu’à ung petit filet,£Force n’ay plus, substance ne liqueur,£Quand je te voy retraict ainsi seulet,£Com pouvre chien tappy en recullet.£—°°°°°Pourquoy est-ce ? — Pour ta folle plaisance.£—°°°°°Que t’en chault-il ? — J’en ai la desplaisance.£—°°°°°Laisse m’en paix ! — Pourquoi ? — J’y penseray.£—°°°°°Quand sera-ce ? — Quant seray hors d’enfance.£—°°°°°Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.££—°°°°°Que penses-tu ? — Estre homme de valeur.£—°°°°°Tu as trente ans. — C’est l’aage d’ung mullet.£—°°°°°Est-ce enfance ? — Nenny. — C’est donc folleur£Qui te saisit ? — Par où ? — Par le collet.£Rien ne congnois. — Si fais : mouches en laict :£L’ung est blanc, l’autre est noir, c’est la distance.£—°°°°°Est-ce doncq tout ? — Que veulx-tu que je tance ?£Si n’est assez, je recommenceray.£—°°°°°Tu es perdu ! — J’y mettray resistance.£—°°°°°Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.£—°°°°°J’en ay le dueil ; toi, le mal et douleur.£Si fusse ung povre ydiot et folet,£Au cueur eusses de t’excuser couleur :£Se n’as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,££Ou la teste as plus dure qu’ung jalet,£Ou mieulx te plaist qu’honneur ceste meschance !£Que respondras à ceste conséquence ?£—°°°°°J’en seray hors quand je trespasseray.£—°°°°°Dieu, quel confort ! — Quelle saige eloquence !£—°°°°°Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.££— D’ond vient ce mal ? — Il vient de mon malheur.£Quand Saturne me feit mon fardelet,£Ces maulx y mist, je le croy. — C’est foleur :£Son seigneur es, et te tiens son valet£Voy que Salmon escript en son roulet :£« Homme sage, ce dit-il, a puissance£Sur les planètes et sur leur influence. »£—°°°°°Je n’en croy rien ; tel qu’ilz m’ont faict seray.£—°°°°°Que dis-tu ? — Rien. — Certe, c’est ma créance.£Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.££<C>ENVOI.</C>££— Veux-tu vivre ? — Dieu m’en doint la puissance !£—°°°°°Il te fault… — Quoy ? — Remors de conscience ;£Lire sans fin. — Et en quoy ? — En science ;£Laisse les folz ! — Bien, j’y adviseray.£—°°°°°Or le retiens. — J’en ay bien souvenance.£—°°°°°N’attends pas tant que tourne à desplaisance.£Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.£££
£°°O louée Conception,£Envoiée sà jus des cieulx ;</C>£Du noble Lys digne syon ;£Don de Jhésus très précieux,£MARIE, nom très gracieux,£Font de pitié, source de grace,££°°La joye, confort de mes yeulx,£Qui nostre paix batist et brasse !££°°La paix, c’est assavoir, des riches,£Des povres le substantement,£Le rebours des felons et chiches,£Très necessaire enfantement,£Conceu, porté honnestement,£Hors le pechié originel,£Que dire je puis sainctement£Souverain bien, Dieu éternel !££°°Nom recouvré, joye de peuple,£Confort des bons, de maulx retraicte ;£Du doux Seigneur première et seule£Fille, de son cler sang extraicte,£Du dextre costé Clovis traicte,£Glorieuse ymage en tous fais,£Ou hault ciel créée et pourtaicte,£Pour esjouyr et donner paix !££°°En l’amour et crainte de Dieu,£Es nobles flancs Cesar conceue ;£Des petis et grans, en tout lieu,£A très grande joye receue ;£De l’amour Dieu traicte, tissue,£Pour les discordez ralier,£Et aux encloz donner yssue,£Leurs lians et fers deslier.££°°Aucunes gens, qui bien peu sentent,£Nourriz en simplesse et confiz,£Contre le vouloir Dieu attentent,£Par ignorance desconfiz,£Désirans que feussiez ung filz ;£Mais qu’ainsy soit, ainsi m’aist Dieux,£Je croy que ce soit grans proufiz ;£Raison : Dieu fait tout pour le mieulx.££Du Psalmiste je prens les dictz :£<i>Delectasti me, Domine,£In factura sua !</i> Je diz :£« Noble enfant, de bonne heure né,£A toute doulceur destiné,£Manna du Ciel, celeste don,£De tous bienfais le guerdonné,£Et de nos maulx le vray pardon ! »£££
£<C>BALLADE I.</C>££Parouart, la grand Mathe Gaudie,£Où accollez sont duppez et noirciz,£De par angels suyvans la paillardie,£Sont greffiz et prins cinq ou six.£Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis£Pour l’evagie, et bien hault mis au vent.£Escevez-moy tost ces coffres massis !£Ces vendengeurs, des ances circoncis,£S’embrouent du tout à néant…£Eschec, eschec, pour le fardis !££°°Brouez-moy sur ces gours passans,£Advisez-moy bien tost le blanc,£Et pictonnez au large sur les champs :£Qu’au mariage ne soyez sur le banc£Plus qu’un sac de plastre n’est blanc.£Si gruppez estes des carireux,£Rebignez-moy tost ces enterveux,£Et leur montrez des trois le bris :£Que clavés ne soyez deux et deux…£Eschec, eschec, pour le fardis !££°°Plantez aux hurmes vos picons,£De paour des bisans si très-durs,£Et, aussi, d’estre sur les joncs,£En mahe, en coffres, en gros murs.£Escharricez, ne soyez durs,£Que le grand Can ne vous fasse essorer.£Songears ne soyez pour dorer,£Et babignez tousjours aux ys£Des sires, pour les debouser…..£Eschec, eschec, pour le fardis !££<C>ENVOI.</C>££°°Prince Froart, dit des Arques Petis,£L’un des sires si ne soit endormis,£Levez au bec, que ne soyez griffis,£Et que vous n’en ayez du pis…..£Eschec, eschec, pour le fardis ! ££<C>BALLADE II.</C>££°°Coquillars, narvans à Ruel,£Men ys vous chante que gardez£Que n’y laissez et corps et pel,£Com fist Colin de l’Escaillier,£Devant la roe babiller£Il babigna, pour son salut.£Pas ne sçavoit oingnons peller,£Dont Lamboureur lui rompt le suc.££°°Changez, andossez souvent,£Et tirez tout droit au tremble,£Et eschicquez tost en brouant,£Qu’en la jarte ne soyez ample.£Montigny y fut, par exemple,£Bien estaché au halle-grup,£Et y jargonnast-il le temple,£Dont Lamboureur lui rompt le suc.££°°Gailleurs, bien faitz en piperie,£Pour ruer les ninars au loing,£A l’assault tost, sans suerie !£Que les mignons ne soient au gaing,£Tout farcis d’un plumas à coing,£Qui griefve et garde le duc,£Et de la dure si très loing,£Dont Lamboureur luy rompt le suc.££<C>ENVOI.</C>££Prince, arrière de Ruel,£Et n’eussiez vous denier ne pluc,£Que au giffle ne laissez la pel,£Pour Lamboureur, qui rompt le suc.££<C>BALLADE III.</C>££°°Spélicans,£Qui, en tous temps,£Avancez dedans le pogois,£Gourde piarde,£Et sur la tarde,£Desboursez les pauvres nyais,£Et pour soustenir vostre pois,£Les duppes sont privez de caire,£Sans faire haire,£Ne hault braiere,£Mais plantez ils sont comme joncz,£Pour les sires qui sont si longs.££Souvent aux arques,£À leurs marques,£Se laissent tous desbouser£Pour ruer,£Et enterver£Pour leur contre que lors faisons.£La fée aux Arques vous respond,£Et rue deux coups, ou bien troys,£Aux gallois.£Deux, ou troys£Mineront trestout aux frontz,£Pour les sires qui sont si longs.££Et pour ce, benards,£Coquillars,£Rebecquez-vous de la montjoye,£Qui desvoye£Votre proye,£Et vous fera de tout brouer ;£°°Par joncher£Et enterver,£Qui est aux pigeons bien cher :£Pour rifler£Et placquer£°°Les angels de mal tous rondz,£Pour les sires qui sont si longs.££<C>ENVOI.</C>££De paour des hurmes£Et des grumes,£Rassurez-vous en droguerie£Et faerie,£Et ne soyez plus sur les joncz,£Pour les sires qui sont si longs.££<C>BALLADE IV.</C>££°°Saupicquetz frouans des gours arques,£Pour deshouser, beau sire dieux,£Allez ailleurs planter vos marques !£Benards, vous estes rouges gueux.£Berard s’en va chez les joncheux£Et babigne qu’il a plongis.£Mes frères, soiez embrayeux£Et gardez les coffres massis.££°°Se gruppez estes, desgrappes£De ces angels si graveliffes ;£Incontinent, manteaulx et cappes,£Pour l’emboue ferez eclipses ;£De vos sarges serez besifles,£Tout debout et non pas assis.£Pour ce, gardez d’estre griffes£Dedens ces gros coffres massis.££°°Nyais qui seront attrapez,£Bientost s’en brouent au Halle,£Plus ne vault que tost ne happez£La baudrouse de quatre talle.£Des tires fait la hairenalle,£Quand le gosser est assiegis,£Et si hurcque la pirenalle,£Au saillir des coffres massis.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince des gayeulx, à leurs marques,£Que voz contres ne soient griffis.£Pour doubte de frouer aux arques,£Gardez-vous des coffres massis.££<C>BALLADE V.</C>££°°Joncheurs, jonchans en joncherie,£Rebignez bien où joncherez ;£Qu’Ostac n’embroue vostre arrerie,£Où acollez sont vos ainsnez.£Poussez de la quille et brouez,£Car tost seriez roupieux.£Eschet qu’acollez ne soyez,£Par la poe du marieux.£Bendez-vous contre la faerie,£Quanques vous aurez desbousez,£N’estant à juc la riflerie£Des angelz et leurs assosez.£Berard, se povez, renversez,£Si greffir laissez voz carieux ;£La dure bientost renversez,£Pour la poe du marieux.££°°Entervez à la floterie,£Chantez-leur trois, sans point songer.£Qu’en artes ne soyez en surie,£Blanchir vos cuirs et essurger.£Bignez la mathe, sans targer ;£Que vos ans ne soyent ruppieux !£Plantez ailleurs contre assiéger,£Pour la poe du marieux.££<C>ENVOI.</C>££°°Prince Benard en Esterie,£Querez coupans pour Lamboureux£Et autour de vos ys tuerie,£Pour la poe du marieux.££<C>BALLADE VI.</C>££°°Contres de la gaudisserie,£Entervez tousjours blanc pour bis,£Et frappez, en la hurterie,£Sur les beaulx sires bas assis.£Ruez de feuilles cinq ou six,£Et vous gardez bien de la roe,£Qui aux sires plante du gris,£En leur faisant faire la moe.££°°La giffle gardez de rurie,£Que vos corps n’en ayent du pis,£Et que point, à la turterie,£En la hurme ne soyez assis.£Prenez du blanc, laissez du bis,£Ruez par les fondes la poe,£Car le bizac, à voir advis,£Faict aux Beroars faire la moe.££°°Plantez de la mouargie,£Puis ça, puis là, pour l’artis,£Et n’espargnez point la flogue£Des doulx dieux sur les patis.£Vos ens soyent assez hardis,£Pour leur avancer la droe ;£Mais scient memorandis,£Qu’on ne vous face la moe.£££<C>ENVOI.</C>££°°Prince, qui n’a bauderie£Pour eschever de la soe,£Danger du grup, en arderie,£Faict aux sires faire la moe.££
£Fortune fuz par clercz jadis nommée,£Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.£S’il y a hom d’aucune renommée£Meilleur que toy, faiz user en plastrière,£Par povreté, et fouyr en carrière,£S’a honte viz, te dois tu doncques plaindre ?£Tu n’es pas seul ; si ne te dois complaindre.£Regarde et voy de mes faitz de jadis,£Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,£Et n’eusses-tu envers eulx ung soullon,£Appaise-toy, et mectz fin en tes diz :£Par mon conseil prends tout en gré, Villon !££°°Contre grans roys je me suis bien armée,£Le temps qui est passé ; car, en arrière,£Priame occis et toute son armée ;£Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.£Et Hannibal, demoura-il derrière ?£En Cartaige, par moy, le feiz actaindre ;£Et Scypion l’Affricquain feiz estaindre ;£Julius Cesar au senat je vendiz ;£En Egipte Pompée je perdiz ;£En mer noyay Jazon en ung boullon ;£Et, une fois, Romme et Rommains ardiz…£Par mon conseil prends tout en gré, Villon !££°°Alexandre, qui tant fist de hamée,£Qui voulut voir l’estoille poucynière,£Sa personne par moy fut inhumée.£Alphasar roy, en champ, sous la bannière,£Ruay jus mort ; cela est ma manière.£Ainsi l’ay fait, ainsi le maintendray ;£Autre cause ne raison n’en rendray.£Holofernes, l’ydolastre mauldiz,£Qu’occist Judic (et dormoit entandiz !)£De son poignart, dedens son pavillon ;£Absallon, quoy ! en fuyant suspendis…£Par mon conseil prends tout en gré, Villon !££<C>ENVOI.</C>££°°Povre Françoys, escoute que tu dis :£Se rien peusse sans Dieu de paradiz,£A toy n’aultre ne demourroit haillon :£Car pour ung mal lors j’en feroye dix :£Par mon conseil prends tout en gré, Villon !£££