LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE DU SOUFFRETEUX.
££°°« Où pris argent, qui n’en a point ?£Remède est vivre d’avantaige.£Qui n’a ne robbe ne pourpoint,£Que pourroit-il laisser pour gaige ?£Toutesfoys, qui aurait l’usaige£De dire quelque chansonnette£Qui peust deffrayer le passaige,£Le payement ne seroit qu’honneste. »£££<C>L’ACTEUR.</C>£££Ainsi parloit le Souffreteux,£Qui estoit fin de sa nature ;£Moytié triste, moytié joyeux.£Du Palays partit, bonne alleure,£En disant : « Qui ne s’adventure,£Il ne fera jamais beau fait, »£Pour pourchasser sa nourriture,£Car il estoit de faim deffaict.££Pour trouver quelque tromperie,£Le gallant se voulust haster :£En la meilleure hostellerie£Ou taverne s’alla bouter,£Et commença à demander£S’on avoit rien pour luy de bon ;£Car il vouloit léans disner,£Et faire chère de façon.££Lors on demanda quelle viande£Il falloit à ce pelerin.£Il respondit : « Je ne demande£Qu’une perdrix ou un poussin,£Avec une pinte de vin£De Beaulne, qui soit frais tirée.£Et puis après, pour faire fin,£Le cotteret et la bourrée. »££Tout ce qui luy fut convenable£Le varlet luy alla quérir.£Le gallant s’en va mettre à table,£Affin de mieulx se resjouyr,£Et disna là, tout à loisir,£Maschant le sens, trenchant du saige ;£Mais il fallut, ains que partir£Avoir ung morceau de formaige.££« Adonc dit le clerc : Mon amy,£Il fault compter, car vous devez,£Tout par tout, sept solz et demy,£Et convient que les me payez.£— Je ne sçay comment les aurez,£Dist le gallant, car, par sainct Gille !£Je veulx bien que vous le saichez,£Je ne soustiens ne croix ne pille.££— Qui n’a argent si laisse gaige ;£Ce n’est que le faict droicturier.£Vous voulez vivre d’avantaige,£Et n’avez maille ne denier !£Estes-vous larron ou meurtrier ?£Par Dieu, ains que d’icy je hobe,£Vous me payerez, pour abréger,£Ou vous y laisserez la robbe.££— Quant est d’argent, je n’en ay point,£Affin de le dire tout hault.£Comment ! m’en iray-je en pourpoint,£Et desnué comme ung marault ?£Dieu mercy ! je n’ay pas trop chault ;£Mais, s’il vous plaisoit m’employer,£Je vous serviray, sans deffault,£Jusques à mon escot payer.££— Et comment ? Que sçavez-vous faire ?£Dites-le moy tout plainement.£— Quoy ? toute chose nécessaire.£Point ne fault demander comment ;£Je gaige que, tout maintenant,£Je vous chanteray ung couplet,£Si hault et si cler, je me vant,£Que vous direz : « Cela me plaist ! »£££<C>L’ACTEUR.<C>£££Lors, le varlet, voyant cecy,£Fut content de ceste gaigeure,£Et pensa en luy-mesme ainsi,£Qu’il attendroit ceste adventure ;£Et s’il chantoit bien d’adventure,£Il lui diroit, pour tous desbats,£Qu’il payast l’escot, bon alleure,£Car son chant ne lui plaisoit pas.£L’accord fut dit, l’accord fut faict,£Devant tous, non pas en arrière.£Lors le gallant tire, de faict,£De dedens sa gibecière£Une bourse, d’argent legière,£Qui estoit pleine de mereaulx,£Et chanta, par bonne manière,£Haultement, ces mots tout nouveaulx :££De sa bourse dessus la table£Frappa, affin que je le notte,£Et, comme chose convenable,£Chanta ainsi à haulte notte :£« Faut payer ton hoste, ton hoste ! »£Tout au long chanta ce couplet.£Le varlet, estant coste à coste,£Respondit : « Cela bien me plaist ! »££°°Toutesfoys, il n’entendoit pas£Qu’il ne fust de l’escot payé,£Parquoy il failloit sur ce pas.£De son sens fut moult desvoyé.£Devant tous fut notiffié£Qu’il estoit gentil compaignon,£Et qu’il avoit, par son traicté,£Bien disné pour une chanson.££°°C’est bien disné, quand on eschappe£Sans desbourser pas ung denier,£Et dire adieu au tavernier£En torchant son nez à la nappe.£££